La femme-oiseau Géraldine Fasnacht s’est brièvement posée pour faire son nid

La rencontreDepuis l’arrivée du petit Odin, en décembre, la pilote de wingsuit plane comme jamais. Son dernier film, le deuxième épisode de «Line&Air», sort ce samedi en ligne.

Géraldine Fasnacht plane en permanence depuis la naissance de son fils, Odin.

Géraldine Fasnacht plane en permanence depuis la naissance de son fils, Odin. Image: Chantal Dervey

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Désormais, pour trouver l’aventurière Géraldine Fasnacht dans son bar à jus frais favori au centre de Verbier — «si je suis en aussi bonne forme et si ma grossesse s’est si bien passée, je le dois aussi à leurs délicieux jus plein de bonnes choses» —, on ne cherche plus seulement son snowboard, mais son pousse-pousse.

Seules les lunettes miroir et le bonnet dépassent d’un profond fauteuil rouge. Protégés par deux hauts accoudoirs, Odin et sa maman partagent un doux moment d’intimité. L’heure du repas. Après une matinée à rider pour l’une et à gazouiller pour l’autre. Cela fait maintenant deux mois que celle qu’on surnomme la «femme-oiseau» a accueilli son fils dans le nid de Verbier qu’elle partage avec son mari, Simon Wandeler, ancien vice-champion du monde d’escalade sur glace dont le père est Suisse alémanique et la mère de Sainte-Lucie. Avant d’être trois, ils ont sillonné ensemble les contrées nordiques, volant notamment au-dessus de la terre de Baffin (Canada). Le 27 décembre, le quotidien de la Vaudoise a changé, mais pas sa philosophie de vie.

Devenir maman, c’était un but en soi ou une suite logique quand on trouve enfin la bonne personne?

J’ai 39 ans. Ça aurait été trop triste de ne pas vivre ça. Jusqu’à maintenant, je n’avais justement pas rencontré la bonne personne qui me donne envie de fonder une famille. Faire un bébé, c’est quelque chose qui se vit à deux. Je n’aurais pas été assez forte pour élever un enfant seule. Je m’étais donc préparée à renoncer à la maternité. Mais, là, le papa est juste trop génial. Maintenant qu’Odin (ndlr: le nom du Dieu viking de la sagesse et des éléments, préféré aux prénoms inuits, aux consonances trop dures) est là, on se demande bien pourquoi on a hésité avant de devenir parents. On nage dans le bonheur, on plane total...

Vous avez déjà repris le sport. Ça vous manquait à ce point?

J’ai recommencé le yoga assez vite et, dès sa sortie de la maternité, j’ai emmené Odin faire de longues balades en écharpe, pour profiter du grand air, du soleil. Il est tout zen. Je pense qu’il a déjà été habitué à tout ça dans mon ventre, puisqu’il a déjà sauté en wingsuit, fait pas mal de snowboard et même dormi sur le glacier du Trient. Cette nuit-là, je me croyais seule, je ne savais pas encore que j’étais enceinte!

Mais, pour revenir à votre question, j’avais besoin de retrouver les éléments que j’aime tant. Mais c’est si difficile de quitter la maison et de laisser mon bébé derrière. Finalement, c’est Simon qui m’a mise dehors. Et c’est tout à fait gérable: j’allaite Odin à 7 heures, Simon lui donne le biberon à 11 heures et je suis de retour pour la tétée de 15 heures. Ma famille, c’est mon cocon de bonheur. Et, comme pour tout le reste de ma vie, j’y vais au feeling.

Devenir parent, ça fait réfléchir au sens de la vie, à ce qu’on veut transmettre...

C’est vrai que ça pousse à prendre un peu de recul. Je comprends encore plus la chance que nous avons de vivre dans un endroit magique où, avec de la volonté, on a les moyens de réaliser nos rêves. C’est cette mentalité que je veux transmettre à mon fils: tout est possible avec de la passion.

Et je ne parle pas seulement de gravir des sommets, de tirer des lignes dans la poudreuse, de voler. J’adorais mon boulot à Swissair, à Genève, par exemple. Tout ce qu’on entreprend, il faut le faire à fond. À travers ma fondation (ndlr: Mountain Line Foundation, qui a pour but d’aider de jeunes talents prometteurs en ski-snowboard freeride ou VTT descente), je donne les moyens à des jeunes de bénéficier des conseils des meilleurs coachs, mais aussi simplement de les défrayer pour des compétitions. J’utilise mon image et mes contacts pour récolter des fonds, pour faire bouger les choses. Et, à Verbier, il y a une vraie communauté de riders qui accueille les enfants. Donc, dans ce rôle-là, comme celui de maman, je veux transmettre ma détermination et ma passion. C’est tout simple.

Cela veut-il dire qu’Odin va vite connaître les joies de la glisse ou même du vol?

Non. Je veux qu’Odin fasse ce qui lui plaît. Qu’il soit libre. Moi-même, je me suis toujours laissé guider par mes sensations. Je voulais participer à l’Xtreme de Verbier parce que cette épreuve me faisait rêver. Pour moi, monter sur le podium aurait déjà été incroyable. Jamais je n’aurais pensé gagner (ndlr: lors de sa première participation en 2002, puis deux fois encore) puis finalement pouvoir vivre de mon sport.

Dans chaque interview, on vous parle de risque, de sécurité, de danger. Votre rapport à tout cela a-t-il changé maintenant que vous êtes responsable de quelqu’un d’autre?

Non, parce que j’étais déjà prudente avant d’être mère. Je n’ai jamais pris de risques inconsidérés. Le papa d’Odin non plus. Simplement, quand les conditions sont trop risquées, je ne vais plus perdre mon temps à aller découper des pentes, j’y renonce déjà si j’ai un doute en la regardant. Redescendre n’est pas une défaite.

Vous donniez l’impression d’être quelqu’un qui a la bougeotte, une soif permanente de nouvelles aventures, de sensations fortes. Et pourtant, à vous voir là, on se dit que votre cœur bat aussi fort lovée dans un fauteuil, votre petit contre vous...

C’est vrai que je suis plus impatiente que jamais de rentrer à la maison. Je ne veux plus traîner en route, m’attarder pour regarder le paysage ou parler à quelqu’un. Simplement parce qu’il me manque et que je veux passer le plus de temps possible avec lui. Ce qui ne veut pas dire que je ne profite pas à fond de mes moments en pleine nature. Je déborde d’énergie. J’avais très peur de manquer de sommeil, moi qui dors énormément, mais ce n’est pas du tout le cas. Certainement que beaucoup de mamans le disent, mais mon bébé en pleine santé est superfacile. Un vrai cadeau.

Créé: 29.02.2020, 12h56

«Line&Air», ou la liberté d’enfin remonter

Géraldine, vous occupez les réseaux même en pouponnant? J’ai tourné les images pour le deuxième épisode de «Line&Air», si on peut l’appeler comme ça, avant d’être très enceinte. L’idée est de sortir trois petits films de sept à douze minutes sur YouTube, puis un grand film de vingt-six minutes qui pourra être projeté en salle.

Cette fois-ci, vos ailes sont bien celles d’un petit avion. C’est vrai. J’adore voler. Sous toutes ses formes. Et j’ai toujours été fasciné par ces «bush pilots» qui survolent les grands espaces avec leur engin ultraléger et décident de se poser où bon leur semble. Mais cette liberté nécessite un bagage incroyable au niveau du pilotage.

Pour la première fois, vous avez la possibilité de remonter. Ce qui n’était évidemment pas le cas en wingsuit ou en parapente... Exact, et c’est vraiment cool. Cette petite machine, que je pensais au premier abord être un avion, mais qui en fait est un ULM autorisé à voler en Suisse, me permet de coupler mes deux passions: le vol et la montagne. Mon rêve a toujours été de devenir pilote d’avion. Grâce à ces petits engins, ce rêve est devenu accessible financièrement. J’ai donc passé ma licence de pilote ULM il y a neuf ans maintenant. Puis finalement ma PPL (pilote privé) en 2016.

Il y a beau avoir un moteur, guider ce planeur ultraléger demande de la finesse, non? Exactement. À chaque vol, je m’aperçois à quel point mon expérience de freerideuse pour analyser la pente et les courants en montagne m’est précieuse. Quand je survole la neige de près, je sais exactement comment elle sera au toucher. Ma connaissance des thermiques grâce à la wingsuit me permet un pilotage très fin. C’est beaucoup plus facile de voler en montagne avec un appareil puissant, dont la force du moteur permet de compenser les éventuelles erreurs, auxquelles moi, je n’ai pas droit: chaque atterrissage sur le glacier doit être parfait. Lui et moi (ndlr: Géraldine a baptisé son petit avion orange «Roméo»), on forme une superéquipe. Je l’adore.

Bio Express

1980 Naissance à Lausanne le 18 juin. Elle grandit à Poliez-le-Grand. Chausse ses premiers skis à 2 ans et monte sur un snowboard sept ans plus tard, en 1989.

1999 Termine son apprentissage de commerce chez Swissair, à l’aéroport de Genève.

2002 Réussit l’exploit de remporter l’Xtreme de Verbier – en snowboard – pour sa première participation. Elle domptera de nouveau le Bec des Rosses mieux que personne en 2003 et en 2009.

2006 Son mari, le guide de montagne Sébastien Gay, disparaît tragiquement dans un accident de speedflying.

2014 Saute en wingsuit depuis le sommet du Cervin avec le Neuchâtelois Julien Meyer. Première mondiale.

2019 Simon Wandeler et Géraldine deviennent les heureux parents d’Odin (prononcer «Odine», à la norvégienne) le 27 décembre. Depuis son arrivée, le couple s’est déjà offert des sorties de glisse ou en parapente: «On se bouscule pour nous le garder!»

2020 Sortie du deuxième volet (sur trois) de «Line&Air» sur YouTube aujourd’hui, 29 février.

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