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Des femmes visibles dans la Nuit

Samedi, la Nuit des images multiplie le féminin dans le kaléidoscope des jardins de l’Élysée. Avant-goût avec la commissaire Pauline Martin et interview de l’artiste Shirin Neshat.

Déclinaison de femmes de la vidéo «Les passantes», de Charlotte Abramow.
Déclinaison de femmes de la vidéo «Les passantes», de Charlotte Abramow.
CHARLOTTE ABRAMOW

Les femmes prennent la lumière, même à la Nuit des images, rendez-vous annuel du Musée de l’Élysée en ses jardins lausannois, ouvert ce vendredi. Au cœur de cette 9e édition de la manifestation, elles sont fascinées par la figure de la chanteuse Oum Kalthoum, sportives au gré d’une collaboration avec le Musée olympique ou en deuil, comme Sarah Moon, la grande photographe issue de la mode, qui revient, dans son film «Les jours d’après», sur le décès de son époux. Elles font parfois partie de l’histoire de ce coin de pays: ainsi de Gertrude Fehr, fondatrice de l’École de photo de Vevey. Elles sont parfois aussi engagées et très combatives, à l’instar de Monica Bonvicini qui, dans sa vidéo «Hammering out (an old argument)» s’attaque doublement au patriarcat en abattant au marteau le Moïse de Michel-Ange… Ou encore ensorcelantes quand elles ouvrent le sabbat en musique – car la Nuit, c’est aussi des concerts – avec le duo Nâr ou la chanteuse Camilla Sparksss.

Pas de militantisme excessif

«Il y a une majorité de femmes, mais nous n’avons pas cherché à créer un événement militant», tempère Pauline Martin, commissaire de la Nuit des Images. «Les femmes ont toujours été présentes à l’Élysée, et différents fonds déposés au musée en témoignent, mais depuis une année ou deux il y a une prise de conscience qui se traduit par la volonté de leur donner une plus grande visibilité dans le monde de la culture. Nous nous inscrivons dans cette logique.»

Si les femmes imprègnent donc fortement ce nouveau chapitre des aventures nocturnes du Musée de l’Élysée, elles n’en sont pas les invitées exclusives. La Nuit des images demeure attachée à la diversité de ses propositions et son emplacement à ciel ouvert lui permet d’explorer d’autres formes que celles strictement muséographiques. Même si la photographie reste au cœur de la manifestation, elle se dilate sur les écrans, s’anime au gré de films et de vidéos ou prend des allures installatives. Il suffit de voir la dernière exposition en date, celle de Yann Mingard (visite en sa compagnie à 18 heures), jeu de pistes sur les dérèglements climatiques, pour s’en convaincre. Samedi, d’autres métamorphoses sont attendues, comme la performance de Liu Bolin, où le Chinois qui se camoufle dans ses clichés en fera une démonstration avec peinture de figurants sur le site, ou comme le projet «Collective Investigation» des étudiants de la HEAD, qui s’approprieront des pages tirées de la bibliothèque photographique de l’institution pour les projeter sous une forme originale dans la petite forêt avoisinante.

L’œil et les paroles

Outre son salon du livre «On Print» avec ses auteurs, ses éditeurs (une quinzaine d’annoncés), l’une des autres spécificités de la Nuit consiste à susciter des rencontres, à créer les conditions pour libérer la parole autour d’images qui appellent récits et débats. Des discussions sont organisées autour du thème «Femme, genre et sport» à l’égide de HERStory, un débat de circonstance à l’heure où la Coupe du monde féminine de football bat son plein.

Plusieurs artistes viennent aussi effectuer des présentations, comme Shirin Neshat ( lire encadré ) ou les photoreporters du magazine «6 mois», pour dévoiler les enjeux et les coulisses de leurs travaux. D’autres intègrent cette dimension de façon plus intrinsèque. L’écrivain lausannois Mathias Howald, Prix du Public RTS 2019, examinera en lecture les liens entre photos de famille et textes littéraires. Les jeux de la mémoire s’entrelacent parfois entre vieux albums et souvenirs rehaussés par l’écriture.

Dans ce foisonnement visuel polymorphe, il faudra choisir, car il est quasi impossible d’assister à l’entier de ce kaléidoscope où tourbillonnent les femmes, les légendes, les jeunes photographes, sur et hors des écrans, et où les interstices, les visions fortuites devraient rythmer toute déambulation curieuse. Le Musée de l’Élysée profite de l’occasion pour annoncer le lauréat de la troisième édition de son prix photographique. Mais les enfants devraient préférer un détour du côté d’«Une pluie de…», animation du photographe Giona Mottura qui tirera le portrait de ses visiteurs sous une «douche» d’objets en tout genre.

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Shirin Neshat met en scène sa fascination pour Oum Kalthoum

Exilée depuis les années 1970 aux États-Unis, l’artiste iranienne Shirin Neshat a commencé à se faire connaître dans les années 1990 par ses photos et ses vidéos, reconnues par les plus prestigieuses instances de l’art contemporain. Singulièrement, elle n’a eu aucune peine à étendre ses intérêts au cinéma. Entretien téléphonique avec celle qui présentera «Looking for Oum Kulthum» à la Nuit des images.

Comment s’est développée votre fascination pour Oum Kalthoum?

Cette femme, que l’on a appelée l’«Étoile de l’Orient», a pris une telle place dans la culture, jusqu’à devenir l’une des figures majeures du XXe siècle. Elle m’a fascinée en démontrant combien une femme pouvait être utile en dehors de toute revendication politique en s’adressant aussi bien aux gens religieux, aux riches comme aux pauvres, aux hommes comme aux femmes. J’admire le symbole.

À quand remontent vos premières impressions liées à la chanteuse Oum Kalthoum?

Je la connaissais dès ma jeunesse, par mes parents. Elle m’a fait une forte impression en tant que femme, puis a été très importante dans mon développement d’artiste préoccupée par l’exil, la prison. Elle agissait comme un défi qui me façonnait.

Elle tient le rôle d’un modèle?

Oui, avec sa capacité à se faire aimer au-delà des frontières par un public égyptien, israélien, syrien, turc, tunisien, iranien et même par l’Occident. Elle possédait quelque chose d’unifiant. Quand les gens l’écoutaient, ils tombaient en transe, oubliaient le temps et l’espace, un peu comme sous l’effet d’une drogue.

Vous avez tourné un film sur cette fascination, mais aussi deux vidéos, des photos. Ces œuvres sont complémentaires?

C’est toujours ainsi. Déjà quand j’ai tourné le film «Women Without Men» (ndlr: Lion d’argent à Venise en 2009), j’ai aussi produit des vidéos en parallèle. Les photographies et les vidéos ressemblent plus à des poèmes ou à des rêves, là où les films œuvrent dans une logique plus accessible.

En exilée aux États-Unis, vous avez toujours gardé un œil sur votre pays d’origine. Comment vivez-vous les tensions d’aujourd’hui?

Dans les vidéos que je suis en train de finir au Nouveau-Mexique pour ma prochaine exposition en octobre à Los Angeles (ndlr: «I Will Greet the Sun Again») – un film suivra –, on ne peut plus dire que je traite d’une question iranienne. En allant au contact de migrants, en collectant leurs rêves, je porte le regard d’une perspective iranienne sur ce qui se passe aux États-Unis. Par ce biais, je retrouve exactement les tensions qui défraient en ce moment l’actualité…

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