Festival dans le festival, la Ruche bourdonne

PaléoAu bout du terrain prospère une oasis alternative et militante dévolue aux arts de la rue, aux bizarreries musicales et à des spectacles bariolés. Reportage dans cet autre Paléo.

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Abat-jour en déco et gais lurons qui proposent de vous «brumiser» à grandes giclées. Dès l’entrée, la Ruche marque sa différence. Situé au fond du terrain, à l’opposé de l’entrée du Paléo, ce lieu étrange et merveilleux se positionne depuis 2008 comme un festival dans le festival, univers parallèle à celui des décibels avoisinants qui met au centre de ses préoccupations les arts de la rue, le cirque, les performances et toutes les fantasmagories qui ont l’heur de plaire au saltimbanque en chef, Patrick Chambaz.

«Nous avions toujours eu des animations musicales, se souvient le responsable. En 1989, j’ai programmé ma première compagnie professionnelle – les Crazy Idiots – qui m’avait coûté la moitié de mon budget de l’époque, mais avait marqué les esprits. L’année suivante, on déménageait à l’Asse et il fallait trouver des plus pour le public: mon budget triplait.» Aujourd’hui, la Ruche butine pour environ 300 000 fr. par année.

Passé le chemin serpentin cadré de palissades en bois, la manifestation alternative se déploie sur un petit terrain qui privilégie la convivialité mais où les scènes pullulent, entourées de gradins ou sous un chapiteau. Parfois, l’herbe et la poussière suffisent pour poser son séant quand il n’est pas sommé de s’agiter. C’est le cas du T.S.F. Soundsystem de Les Oeils, mur boisé d’appareils radios vintage qui diffusent des DJ sets sans aucun respect pour les musiques à la mode: swing et vieux rock se bousculent dans les haut-parleurs d’époque. Et ça marche! Dès la fin d’après-midi, les danseurs s’en donnent à cœur joie, remuant des nuées terreuses. A la Ruche, capsule temporelle qui semble garder l’état d’esprit historique du festival, l’ambiance demeure festive et participative, jeunes et vieux mêlés. Ici, Paléo n’a pas tout à fait 40?ans.

Franchis le tipi où Mercedes Riedy expose ses photographies de l’endroit et l’alvéole du bar – sa bière blonde au miel –, il y a la queue devant la tente de la Cie d’Outre-Rue et sa pancarte avertissant des risques de «prise de conscience». A raison de quatre spectateurs à la fois, les Belges ne font pas dans la finesse, mais leur burlesque crucifié divertit sans forcément convertir. Petit enfant Jésus! On n’en dira pas plus, mais le prix d’entrée de 1 fr. se justifie par la promesse d’une photo souvenir…

La Cie Qualité Street présente «La Beauté du Monde», monologue délirant du protagoniste Mickaël Robinet (Gildas Puget) qui croise science-fiction et souci écologique. La terre réussira-t-elle son examen intergalactique? Les amours terroristes de ce Robinet très en verve ouvrent des perspectives. A la Ruche, le théâtre militant ne fait pas que pointer le bout de son nez. «On y est, assume Patrick Chambaz, mais tout est dans la manière.»

Moment fort de la cuvée 2015, le «Quatre soleils» de la Cie Lucamoros prend, en musique, des tournures visuelles spectaculaires. Avec leur échafaudage de toiles sur lesquelles les artistes peignent à la vitesse de la lumière, les Français se lancent dans un plaidoyer pour le regard non assujetti à la domination des photos de téléphones portables. Les couleurs virevoltent, les lettres aussi, les projections animent les dessins et inversement. Les visages du public, capturés par une caméra, se retrouvent bariolés comme une litho de Warhol. Malgré quelques jointures un peu verbeuses, ces visions mouvantes, ce feu d’artifice pictorial alternatif emportent. Mais, on est où là? Au Paléo, pardi!, heureux festival qui a su garder en vie sa propre réserve d’Indiens.

Créé: 23.07.2015, 10h43

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