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Charlotte Gainsbourg sur la voix du père

Dans la foulée de son bel album «Rest», la fille de Serge et Jane joue lundi soir au Montreux Jazz Lab. Interview en liberté.

Créature médiatique depuis son enfance, Charlotte Gainsbourg ne craint pas de s’afficher très naturelle.
Créature médiatique depuis son enfance, Charlotte Gainsbourg ne craint pas de s’afficher très naturelle.
KEYSTONE/Britta Pedersen

La fille de. Mais plus que ça. Après un 5e album studio, le très réussi «Rest», Charlotte Gainsbourg passe par Montreux en égérie contemporaine miroitant d’un alliage d’encre et d’évanescence qui n’appartient qu’à elle. Vendredi, interview téléphonique au naturel d’une chanteuse qui ne craint même pas la qualification de «variétés», là où son père voyait un art mineur face à la grandeur de la musique classique.

– À quel moment décidez-vous de laisser le cinéma pour la musique?

– J’ai beaucoup lâché le cinéma ces derniers temps, sauf pour le film «La promesse de l’aube». À part ça, j’en ai fait peu, même si mon album, démarré il y a 4 ans, a tout de même été jonché de tournages… Depuis que je me suis installée à New York (ndlr: il y a 4 ans environ), cela a commencé à prendre forme. Avec la tournée maintenant, la musique prend la part principale. Mais j’ai déjà un film prévu à la rentrée avec Yvan (ndlr: Attal, son mari) et nous avons prévu de bien nous amuser.

– Cela se fait petit à petit en s’accélérant à la fin

– Il n’y a pas de méthode. Mais «Rest» a pris naissance de manière différente. Quand je travaillais avec Beck, sur «IRM», il gardait les rênes. C’est lui qui guidait les séances, leur fréquence. Vu nos emplois du temps respectifs, il fallait s’organiser. Dans ce dernier projet, j’ai pris les choses en main, même si SebastiAn, le producteur, m’a beaucoup aidée. J’avais plus que mon mot à dire, ce n’était pas comme avec Beck, Air ou Nigel Godrich. Au fond, le processus a été relativement rapide. L’album représente moins d’un an de travail. Habiter à New York m’a aussi donné une grande impression de liberté. Mon seul vice était de vouloir sans cesse réenregistrer. Je ne voulais pas écrire le mot «fin».

– C’est ce sentiment de liberté qui vous a aussi donné la possibilité d’écrire des paroles en français?

– Avant, je ne voulais pas établir de rapport dans l’écriture avec mon père, que je mets sur un piédestal. Mes textes ne pouvaient qu’être moins bien que les siens, en génie que je ne pouvais égaler. L’anglais était une échappatoire. Là, j’ai repris plein de textes que j’avais mis de côté, aussi des journaux très personnels. Je savais que je voulais les signer, me trouver derrière chaque mot, sans me faire aider. Je crois que le français m’a conféré une sincérité. Loin de Paris, après le drame énorme de la perte de ma sœur, je me foutais de savoir si j’étais bonne ou pas assez. J’aimais mes maladresses, mes erreurs. J’ai trouvé le déclic de qui j’étais.

– Cette liberté se traduit-elle aussi par des titres, comme «I’m a Lie» qui n’ont pas peur d’évoquer la façon de votre père?

– Je le ressens plus dans «Les Oxalis» où je l’entendais parler. J’essayais de la chanter, mais je n’y arrivais pas. Il y avait une obligation à la «parler». SebastiAn se marrait, cela me détendait. Et quand je pars dans les aigus, je finis par ressembler à ma mère! Je suis très fière d’eux et cela m’amuse aussi car je pense avoir ma patte. Au début, je n’osais pas chanter «Charlotte For Ever» ou «Lemon Incest» sur scène. Maintenant, je le fais. Aujourd’hui, je sais que je peux m’amuser avec ce qu’il m’a donné, cette complicité.

– L’album déploie des ambiances très cinématographiques.

– C’était mon envie de départ, m’inspirer de musiques de films autant que des films eux-mêmes. J’aimais bien l’idée de films d’horreur. «Jaws», «Les dents de la mer», par exemple. C’est l’un des premiers films que j’ai vu, à l’âge de 4 ans, parce que ma mère pensait que c’était pour les enfants! Je suis restée traumatisée à vie, la bande originale est hallucinante! Plus tard, il y a eu «Shining», très lourd, mais aussi Hitchcock, plus orchestré et hollywoodien. Ou encore «Carrie», «Midnight Express», ce qui nous mène à la musique de Moroder. L’idée était de voir comment marier une musique angoissante, lourde, avec ma voix qui n’est pas grosse. L’alchimie pouvait-elle fonctionner? SebastiAn a réalisé un travail d’orfèvrerie.

– Est-ce que vous êtes aussi l’actrice de vos chansons?

– C’est plus difficile d’amener ce côté «showman», alors que l’on devrait se mettre en condition. J’ai trop l’impression de n’être que moi-même, c’est ce qui fait que je me dégonfle. C’est plutôt par manque de confiance que je ne me fabrique pas de personnage sur scène. Ce qui me porte, c’est la sincérité, le sentiment d’être habitée par la musique. Je ne me cache pas sur scène, mais j’ai compris les lumières. Il y a beaucoup de noir, de pénombre. Une fois, j’ai dû jouer sur une scène extérieure, à la lumière du jour: je me sentais piégée comme une souris.

– Il n’y a pas de personnage Charlotte Gainsbourg?

– Non, à l’âge que j’ai, je suis encore à me chercher avec l’espoir de pouvoir m’asseoir sur de l’acquis. Mais je n’ai pas assez de bagage musical. Peut-être que dans 3-4 tournées, je serai plus sûre de qui je suis et de qui j’essaie de mettre en scène. Je me sens plutôt démunie, mais très protégée par la musique. Pour en prendre une plus grande part, je joue du piano sur scène.

– Il y a tout de même le mythe familial…

– Depuis que je ne suis plus à Paris, je suis beaucoup moins confrontée au regard des gens, à leurs commentaires. En tournée, j’entends plus ce qui se dit, surtout chez les francophones. Ils m’aiment moins, mais ils aiment ma famille. C’est un lot que j’ai hérité (rires)!

– À Montreux allez-vous suivre des concerts?

– Hélas, non. Je pars tout de suite après jouer à Copenhague et, juste avant, je tourne une pub à Paris.

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