Liam Gallagher gagne la coupe du monde du footage de gueule

CritiqueLe gars de Manchester et ex-Oasis a joint l'utile à l'agréable en jouant mercredi à Sion devant un écran géant diffusant la rencontre Croatie-Angleterre. Artistiquement moyen mais fort ludique

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Faire venir le public durant la coupe du Monde de foot est difficile. Faire monter sur scène un gosse de Manchester, surtout quand il s'appelle Liam Gallagher et qu'il doit jouer durant la demi-finale entre l'Angleterre et la Croatie, relève de l'exploit. Directeur de Sion sous les étoiles, qui a ouvert ses portes mercredi, Michael Drieberg imaginait le scénario où l'ex-Oasis réclamerait de retarder de trente minutes le début de son show. Finalement, la forte tête a pris son micro à l'heure prévue... mais avec le match diffusé en direct sur les écrans géants derrière lui! Résultat de la rencontre, pardon, du concert? Double défaite de l'Angleterre.

21h00: Liam et ses maracas arrivent sur scène. Petit trot d'échauffement, chaloupé et goguenard: le chanteur d'Oasis himself.

21h01: Au moment où le groupe lance "Rock'n'roll Star" dans un son vierge de toute guitare, l'Angleterre mène au score, 1 à 0. Liam marmonne quelques mots dans un sabir mancunien expliquant sans doute pourquoi 22 messieurs en cuissettes courent derrière lui, sur les écrans destinés à l'animation vidéos de ses shows. Le public avait compris l'idée, dans son ensemble, et applaudit en espérant très fort que l'Angleterre continue de gagner.

21h09: Alors que Kyle Walker reçoit un carton jaune, Liam démarre l'interprétation de son premier et excellent album solo. "Wall of Glass", "Greedy Soul", "For What It's Worth", scolaires et sans grande implication. Bien obligé de chanter dans son micro face au public, il jette néanmoins de réguliers coups de Ray Ban derrière lui, alors que ses cinq musiciens font l'effort de mater les spectateurs sédunois - lesquels regardent certainement plus le match que le groupe, juste retour des choses.

21h14: Un son de guitare tente de s'échapper en direction des enceintes, heureusement vite stoppé dans sa course par le sonorisateur.

21h17: Liam engueule les hauts parleurs de retour à ses pieds. Il y a quelques années, dans un couloir absolument vide de l'Olympia parisien, on l'avait surpris en train d'engueuler un mur. Tout va bien.

21h23: C'est le drame! Dans une clameur d'effroi, Ivan Perišic égalise pour la Croatie alors que "For What It's Worth" agonise sous le ciel valaisan. Liam contemple alternativement le public et l'écran, ébahi, ses maracas pendant au bout de ses bras terrassés. Les montagnes retiennent leur souffle. On craint les arrêts (définitifs) du jeu.

21h27: Nouveau cri de la foule: un avant-centre anglais frappe le poteau adverse. Les cinq musiciens se retournent comme si John Lennon était revenu des morts. Liam y croit à nouveau, il lance "Some Might Say" avec un sourire de conquérant requinqué.

21h34: Les guitares font (enfin) leur entrée sur le terrain. Large et serein, "Whatever" réconcilie momentanément le public, le groupe et la dent d'Hérens.

21h39: Le guitariste rythmique ouvre un oeil et réalise qu'il est en plein concert. Il le referme.

21h47: Mi mineur, sol, ré, la: les accords de "Wonderwall" valent en termes de clameur du public tous les buts cumulés depuis l'invention du football.

21h58: A Moscou, l'Angleterre reste poussée dans ses retranchements. Les prolongations menacent. A Sion, l'ambiance redevient morose. Oubliant strictement les quelques milliers de personnes devant lui, le groupe dépité joue "Live forever" planté face à l'écran, en une valse lente si déprimée qu'on est triste pour Liam Gallagher, ce qu'on ne pensait pas humainement possible.

22h04: Fin du temps obligatoire. Les musiciens aussi doivent au festival une poignée de minutes, dont ils s'acquittent rapidement, pressés d'aller suivre les prolongations dans les loges. Les écrans géants retrouvent durant deux chansons leur rôle de paravents clignotants et colorés d'une beauté bien plus sauvage qu'un gazon vert rempli de messieurs en short courant derrière un ballon.

22h08: Liam marmonne quelque chose au micro, au revoir, merci ou un gros mot, avant de quitter la scène pour ne pas y revenir. Quand l'Angleterre est éliminée sur un tir de Mario Mandzukic, la scène est vide. Vestiaire.

(24 heures)

Créé: 12.07.2018, 14h21

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