Figaro frappe trois coups à Genève

Lyrique Le personnage de Beaumarchais rebondit dès ce soir à l’Opéra des Nations avec une trilogie inédite.

Une scène du «Barbier de Séville» de Gioachino Rossini, qui ouvre la trilogie dans la mise en scène de Sam Brown

Une scène du «Barbier de Séville» de Gioachino Rossini, qui ouvre la trilogie dans la mise en scène de Sam Brown Image: MAGALI DOUGADOS

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C’est un banquet musical gargantuesque, qui prendra forme à travers la représentation successive et sans trêve de trois pièces lyriques opulentes. Le Grand Théâtre ouvre ainsi sa saison avec une proposition de taille, en dirigeant ses projecteurs sur la figure de Figaro. Du Barbier de Séville de Rossini aux Noces de Figaro de Mozart, en terminant par Figaro Gets a Divorce, de la compositrice Elena Langer, la maison genevoise offre une exploration étendue et inédite d’une figure qui rime avec Beaumarchais, mais aussi avec quelques-unes des plus belles pages de l’histoire de l’opéra. Cette aventure, menée en coproduction avec l’Opéra national du Pays de Galles, porte aussi la signature de Tobias Richter, directeur du Grand Théâtre, qui soigne aussi la mise en scènes des Noces de Figaro. A la veille de la première, il évoque la nature de cette opération lyrique d’envergure.

– Ce cycle représente une grande première dans l’histoire des théâtres d’opéra. Comment a-t-il pris forme?

– Je connais depuis fort longtemps le directeur de l’Opéra national des Pays de Galles, David Pountney, c’est une figure qui aime approfondir certains filons dramaturgiques. Un jour, il m’a dit qu’il travaillait sur un livret portant sur Figaro et qu’il cherchait un format idéal pour constituer un troisième volet lyrique à l’histoire imaginée par Beaumarchais. Il entendait par là créer un lien entre ce personnage et notre contexte contemporain. Ce qui nous a réunis par la suite dans le choix des œuvres de la trilogie et dans l’élaboration du projet, c’est la communauté de contraintes techniques auxquelles nous sommes soumis. Le Millennium Theatre de Cardiff peut compter sur une grande salle, équipée de cintres, mais leurs productions sont jouées aussi sur d’autres scènes britanniques, bien moins équipées que celle de Cardiff et assez proches de l’Opéra des Nations.

– Dans quelle direction vous a poussé ce trait commun?

– Nous nous sommes dits: essayons de trouver un concept scénique qui serait quasi indépendant des particularités de la scène. Nous sommes ainsi revenus, d’une certaine manière, à la source du geste théâtral, en partant d’un espace vide. Ce qui représente un défi que seul une figure connaissant parfaitement l’art de la scène pouvait relever. Nous nous sommes adressés alors à un vétéran de la scénographie: Ralph Koltaï.

– Pour les équipes techniques, on imagine que ce projet n’est pas une mince affaire…

– Oui, en effet. Ici, nous ne sommes pas habitués à ce genre de rotations de spectacles. Pourtant, tout a fini par se faire. Les décors sont les mêmes mais ils sont habillés et disposés de manière différente selon les œuvres. A nous de faire illusion et de faire croire au public qu’il n’est pas dans le même dispositif que la veille.

– Après plusieurs années d’absence, vous revenez à la mise en scène, avec «Les Noces de Figaro». Qu’est-ce qui motive ce retour?

– A vrai dire je n’envisageais pas de m’y remettre. C’est David Pountney qui m’a remis sur cette voie. Je le fais pour une œuvre qui incarne une certaine perfection, qui illustre à mon sens la parabole d’une comédie humaine. Les Noces nous disent ceci notamment: au bonheur de sceller une histoire d’amour par le mariage s’oppose l’amertume de la suite. Voilà un point que le couple doit maîtriser. C’est un constat qui touche au plus profond et qui fait mal, même si la pièce s’achève sur une apothéose.

– En termes de coûts, que représente une opération de ce genre?

– Au niveau des coûts, surtout dans le volet technique, nous présentons trois spectacles pour le prix d’un.

– Ce qui veut dire à peu près un million de francs?

– Oui, c’est exact. Si on se penche du côté de l’artistique, la distribution opulente entre les deux scènes, de Cardiff et de Genève, représente une très grosse production. Les économies découlent surtout des coûts de production directs. Mais il faut aussi penser aux bénéfices artistiques. Ce genre de projets est appelé à se développer; on peut aussi imaginer que cette production soit reprise ailleurs. Nous avons enfin un point qui n’est pas anodin: les spectacles seront captés et diffusés par la chaîne Arte. Il y aura donc une résonance.

La trilogie de Figaro, Opéra des Nations, du 12 au 26 septembre. Rens. www.geneveopera.ch

(24 heures)

Créé: 14.09.2017, 08h27

Un divorce pour achever l’histoire

Aux deux grandes œuvres du répertoire lyrique mises à l’affiche de cette trilogie consacrée au personnage de Beaumarchais (Le Barbier de Séville et Les Noces de Figaro), les mélomanes pourront aussi se confronter à une pièce contemporaine dont le livret prolonge les péripéties du héros jusqu’à notre époque. Avec Figaro Gets a Divorce, Genève retrouvera tout d’abord la figure d’Elena Langer, jeune compositrice russe qui avait déjà œuvré en 2013 au Grand Théâtre en adoptant le conte lyrique de César Cui Le Chat Botté. Son univers musical se déploiera à travers un orchestre (le Sinfonietta de Bâle) calqué sur les dimensions et les structures internes imaginées par Mozart. Elena Langer n’a ajouté que quelques touches personnelles, au sein des percussions notamment, ou avec l’introduction d’un accordéon.

Et le livret? Il doit sa trame narrative à David Pountney, actuel directeur de l’Opéra national du Pays de Galles et déjà complice d’Elena Langer sur des projets scéniques. Dans ses lignes, on retrouve une émulsion de ce qu’a été le personnage de Figaro, à travers la plume de Beaumarchais, les œuvres de Mozart et de Rossini. Mais son regard s’est rivé aussi vers le dramaturge Ödön von Horváth, dont la pièce Figaro divorce connut un grand succès en Allemagne durant l’entre-deux-guerres. «Figaro Gets a Divorce forme un caléidoscope où on retrouve toutes les étapes du parcours de Figaro, note Tobias Richter. De sa trame se dégage une certaine mélancolie, proche de la tragédie et teinté de mélodrame. On trouve des problématiques tout à fait actuelles, comme la question de l’exil, du franchissement des frontières, qui est considéré comme un délit dans certaines parties du monde. Et à tout cela s’ajoutent des relations humaines qui se brisent et des rêves de jeunesse qui s’effondrent.» R.Z.

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