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Fils du rock sans rivaux

Au Montreux Jazz lundi, Rival Sons a offert plus qu'un somptueux étalage de guitares d'époque

Jay Buchanan, sur le fil.
Jay Buchanan, sur le fil.
Lionel Flusin

Il reste peu de guitares dans les festivals et, coup de bol, elles étaient toutes lundi au Stravinski. De quoi rendre un collectionneur fou de jalousie devant l'étalage des laques écaillées de Fender sixties, de Gretsch antédiluviennes aux chromes rutilants, de Gibson Firebird tendues vers le plafond comme des armes de guerre (celle du Vietnam) ou quelques menaçants totems phalliques. Entre les doigts manucurés de Scott Holiday - qui, outre le talent, a reçu un nom de star dès sa naissance - l'ensemble n'a rien d'un dépôt pour antiquaire: slidées, pincées, effleurées, frottées, les six cordes de Rival Sons ont fait du Montreux Jazz l'antre organique du "classic rock" le plus élégant.

«Tu brilles comme un miroir de bordel», glissait, admiratif et vaguement inquiet, Henry Fonda à Terence Hill dans l'inégalé «Mon nom est personne». Exactement l'impression visuelle devant ce groupe où tout est hommage à l'impérialisme rock des années 70, quand Led Zeppelin régnait sur les foules. Chapeaux comme il faut, moustaches gominées, immenses barbes parfumées, foulard de gandins hâbleurs, boots cirées, colifichets gitans, du sur-mesure que Rival Sons peut s'offrir, désormais dans la cour des grands après avoir ouvert aux Etats Unis pour tous ses idoles bientôt cacochymes, de Deep Purple à Black Sabbath. Les Californiens décapsulaient d'ailleurs la soirée, d'une certaine manière, pour Slash et son galurin, l'un et l'autre ex-Guns & Roses qui viendront inonder la salle de solis en mode automatique deux heures plus tard.

Pour l'instant, il est question du dernier disque de Rival Sons, ce «Feral Roots» sorti en début d'année qui, insidieusement, distille des chansons que l'on confond avec des classiques. Bien sûr, Led Zep' est ici partout. Mais les quadras imposent à leur musique une grâce et une profondeur (et un groove) allant bien au-delà de la réplique. Le chanteur Jay Buchanan pourrait agacer avec ses mimiques affectées et sa façon de doser sa virtuosité en éloignant le micro de sa bouche et emplissant le Strav de sa seule puissance vocale. Mais il ne triche en aucun cas, et sa lecture de «Jordan», aux teintes blues, doublé d'un touchant message d'explication sur cette chanson, emporte la salle à moitié pleine aux plus profond de ses eaux.

Stravinski et loi helvétique anti-db oblige, le son n'a hélas pas de puissance: la batterie sonne «derrière» le groupe et prive le concert de tout impact. On reste donc à savourer en haussant les épaules, par lassitude devant l'imbécilité législative qui dénature sous nos climats l'expérience physique du rock depuis plus de 20 ans, ce concert réduit à un beau tableaux de textures sonores. Les riffs de Holiday emportent l'adhésion autant que sa virtuosité, dégainant sans en abuser toutes les techniques de l'artilleur électrique, osant même la Gibson double manche du père Page. Tricotant «Feral Roots» sur les 18 cordes combinées de l'instrument fameux de «Stairway to Heaven», il propulse une dernière fois le Strav vers les étoiles lointaines d'une décennie fantasmée. La beauté était servie. La puissance, elle, attendra l'orage sur le Léman.

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