François Debluë assemble les «Fragments d’un homme ordinaire»

LittératureL’écrivain raconte toute une vie en soixante-neuf minuscules chapitres. Un ouvrage plein d’une délicate ironie.

François Debluë sur son terreau vaudois. La photo date de 2010.

François Debluë sur son terreau vaudois. La photo date de 2010. Image: Florian Cella

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Il a connu son heure de gloire en 1999. Cette année-là, la Romandie traditionnelle s’était précipitée à Vevey. Il s’agissait de voir, et même d’entendre, le Fête des vignerons, écrite par François Debluë. Un événement qui se produit trois ou quatre fois par siècle. La précédente nouba folklorique remontait ainsi à 1977. Coïncidence? Le livret était alors dû à Henri Debluë, l’oncle de François.

François Debluë a beaucoup écrit depuis lors. De la poésie surtout. Le Vaudois, né en 1950, a également reçu plusieurs récompenses. Il a obtenu la Bourse culturelle Leenaards en 2002. Le Prix Schiller pour l’ensemble de son œuvre en 2004. Il fait donc partie des notables de la littérature suisse francophone. Notons par ailleurs que l’homme constitue un nomade éditorial. Ses livres paraissent aussi bien chez Empreintes que chez Seghers, chez Zoé ou à l’Age d’homme.

Quelques mots par page

Debluë sort aujourd’hui deux ouvrages parallèles. «Par ailleurs» constitue de la poésie dure. Il n’y a là que quelques mots quintessenciés par page, apposés dans une publication très soignée sur le plan formel. «Fragments d’un homme ordinaire» se présente comme un roman. Un roman composé de miettes. Chacun des soixante-neuf chapitres garde la brièveté d’une image.

De quoi s’agit-il? De toute une vie. Celle d’«il». Debluë conserve en effet une certaine distance vis-à-vis de son personnage. «Il» naît à la première page. «L’horloge indiquait 11 heures 28 précises. Depuis lors, il a toujours aimé la précision.» Le petit se situe au milieu d’une vraie fratrie. Cinq garçons. Il deviendra enfant de chœur, interne dans un collège, mauvais troufion, puis «homme affairé». «Le temps libre, lorsqu’il en repère à l’horizon, il l’organise aussitôt comme il s’agissait d’une menace: il le balise, l’ordonne, y fixe des rendez-vous inutiles, des projets de détente structurés.»

le sens de la formule

Son existence restera cependant tiède. Terne. Plate. «Il» fait partie jusqu’au bout des hommes ordinaires. Même sa mort, car tout se termine bien sûr par le grand saut, demeure banale. Et l’enterrement sans relief. «De lui, il ne reste qu’un petit tas de cendres. Cela ne pèse pas lourd. Quelques centaines de grammes, peut-être. Il ne sait plus. Il n’a jamais su. Il ne saura jamais.»

Disons-le tout de suite. «Fragment d’un homme ordinaire» est un bon livre. Ou plutôt un joli livre. C’est très bien écrit. Très bien dit. Il y a un vrai sens de la formule chez Debluë. Une certaine ironie aussi. Mais gentille. Légère. Subtile.

Une constatation cependant, qui n’a rien d’un bémol. L’ouvrage, qui se passe à l’heure actuelle, semble d’un autre âge. Le lecteur se croit avant la guerre, voire au XIXe siècle. C’est avec surprise qu’il voit surgir, au détour d’une phrase, un ordinateur. Un objet presque incongru. La chose n’a rien que de courant dans la littérature romande. Les auteurs dans la soixantaine (ou un peu plus) maintiennent sous perfusion un univers disparu. Un monde sans immigrés. Replié sur lui-même. La Suisse tranquille comme l’imaginent, finalement, les étrangers. La même remarque s’impose en effet pour un roman comme «Les souffleurs de mots» d’Edith Habersaat. D’où une certaine impression de tour d’ivoire.

Pratique

«Fragments d’un homme ordinaire», de François Debluë aux Editions L’Age d’Homme, 146 pages. «Par ailleurs», de François Debluë, aux Editions Empreintes, 99 pages.

Créé: 27.11.2012, 10h51

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