Ils ont gagné leur ticket pour Vidy

ScèneLe metteur en scène Guillaume Béguin fait partie de la nouvelle garde de créateurs programmés dans le théâtre lausannois, après avoir fait ses armes à l’Arsenic ou ailleurs en Suisse romande

Le metteur en scène Guillaume Béguin emboîte le pas à Massimo Furlan ou Marielle Pinsard, tous habitués de l’Arsenic, et présente pour la première fois une création à Vidy. Dans <i>Le théâtre sauvage</i>, six comédiens (dont Joëlle Fontannaz) cherchent par le corps et les mots les origines du théâtre dans la plus primitive des sociétés.

Le metteur en scène Guillaume Béguin emboîte le pas à Massimo Furlan ou Marielle Pinsard, tous habitués de l’Arsenic, et présente pour la première fois une création à Vidy. Dans Le théâtre sauvage, six comédiens (dont Joëlle Fontannaz) cherchent par le corps et les mots les origines du théâtre dans la plus primitive des sociétés. Image: DR

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Guillaume Béguin est un habitué de l’Arsenic ou d’autres plateaux (souvent confidentiels) dédiés au théâtre contemporain. Depuis hier soir, le metteur en scène fait, à trente-neuf ans, le grand saut du côté de Vidy. Avec sa nouvelle création, Le théâtre sauvage, et la reprise de deux spectacles dont Le baiser et la morsure – une fascinante performance scénique créée en 2013 avec quatre comédiens dans la peau de grands singes primitifs –, le Lausannois se confronte jusqu’au 1er février à un nouveau public. Plus «classique», plus institutionnel, plus âgé aussi.

A l’instar des Vaudois Massimo Furlan et Marielle Pinsard l’automne passé, du Valaisan Mathieu Bertholet en mai prochain, des Genevois Foofwa d’Imobilité dans deux semaines ou du trio Schick/Gremaud/Pavillon en mars, cet ancien comédien fait partie des «régionaux de l’étape» programmés par le directeur Vincent Baudriller. Une «jeune» garde intéressée à renouveler les formes théâtrales et repérée parfois depuis longtemps par l’ancien directeur du Festival d’Avignon. Celui-ci souhaite donner un coup de pied dans les habitudes du vénérable théâtre installé au bord du lac. Dans sa première saison, rares sont les artistes (jeunes ou confirmés) à avoir déjà connu les planches de Vidy du temps de l’ancienne direction.

«J’avais déjà programmé Massimo Furlan à Avignon. J’ai, par contre, découvert le travail de Guillaume Béguin en arrivant ici, observe Vincent Baudriller. Il fait partie de ces artistes dont le langage, les recherches et les exigences artistiques me semblent intéressants. J’ai envie de parier, avec eux, sur leurs nouvelles créations, mais aussi d’encourager le public à découvrir leur travail. Car si l’art théâtral s’inscrit dans le présent, son lien avec le territoire est tout aussi important: soutenir la scène locale fait partie de la mission de Vidy. Cela permet également à ces artistes de se confronter à la scène internationale.»

Outre le coup de projecteur certain et les moyens financiers conséquents de l’institution, cette collaboration leur permet de profiter des avantages d’une grande maison, de ses infrastructures ou de ses contacts. Marielle Pinsard a pu remonter sous le chapiteau l’un de ses anciens spectacles et le rôder avant qu’il ne monte à Paris.

Massimo Furlan a pu, quant à lui, accéder à la salle Charles Apothéloz et ses 400 spectateurs, contre les 150 de l’Arsenic. Quand l’argent est venu à manquer pour boucler le budget des représentations de sa dernière performance, Un jour, prévues dans la Ville Lumière, c’est le réseau du directeur de Vidy qui s’est mis en branle. Pour sa part, Guillaume Béguin a pu goûter, pour la première fois, au luxe d’accéder au plateau déjà cinq semaines avant une première. Une évolution qui n’est toutefois jamais gage de consécration. «Quoi qu’il arrive, c’est la force de leurs œuvres qui écrira la suite de l’aventure», rappelle Vincent Baudriller.

Collaboration renforcée

Directrice de l’Arsenic, Sandrine Kuster n’en veut pas à son confrère de puiser dans son vivier: «Ce changement d’environnement arrive au bon moment dans la carrière et l’évolution de ces artistes que nous accompagnons depuis longtemps. Ils sont aujourd’hui parmi les meilleurs de leur génération en Suisse romande, et je ne suis pas étonnée de les voir entrer dans le viseur de Vincent Baudriller. Avant son arrivée, un tel relais n’existait pas à Lausanne.» Aujourd’hui, les passerelles entre les deux théâtres sont multiples et vont se renforcer. Du 18 au 29 mars, entre autres, ils vont proposer la première édition de Programme commun, douze jours de spectacles en tout genre qui ambitionnent de faire de Lausanne «la capitale des arts de la scène».

Créé: 09.01.2015, 11h21

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Interview.

Le metteur en scène lausannois Guillaume Béguin se confronte depuis hier soir à un nouveau public à Vidy, avec sa création Le Théâtre Sauvage et la reprise du Baiser et la morsure, son précédent spectacle.

Que représente dans votre carrière l’accès à l’un des plateaux du Théâtre de Vidy? Est-ce une consécration?

Il y a évidemment une pression, car c’est plus exposé et je dois faire mes preuves. Mais je n’imagine pas une carrière comme une espèce d’ascension, au cours de laquelle on gravirait des échelons de plus en plus hauts!

En passant de l’Arsenic à Vidy, n’êtes-vous pas tout de même en train de changer de famille théâtrale?

Non, pas du tout. Des passerelles entre les deux théâtres sont justement en train de se développer, et j’aime l’idée d’allers-retours. A Vidy, je découvre un formidable outil, avec beaucoup d’employés et un accompagnement artistique poussé de la part du directeur et de son équipe. Nous avons également pu avoir le plateau à notre disposition déjà cinq semaines avant la première. Un tel luxe est très rare en Suisse romande.

Craignez-vous la confrontation avec les spectateurs de Vidy, plus «classiques» que ceux d’un centre d’art scénique contemporain?

Je suis surtout très content de toucher à un nouveau public. J’aime quand ça brasse! Je trouve toujours triste quand les gens ont les mêmes baskets sur scène que du côté des spectateurs. Si on ne parle qu’entre convaincus, il n’y a plus aucune confrontation. Celle-ci constitue tout de même l’utopie originelle du théâtre.

Votre nouvelle création cherche justement à définir ce qui a prévalu à l’apparition du théâtre dans notre société…

Le but du spectacle est de réconcilier le monde des pulsions avec celui de la société. Dans ma précédente création,(ndlr: «Le baiser et la morsure»,également joué à Vidy dès le 14 janvier), je montrais comment l’apparition de la parole avait fini par isoler l’homme. DansLe théâtre sauvage, je m’intéresse au passage d’un stade de meute à celui d’une société organisée, avec une multitude d’individus. Je cherche à comprendre ce que l’on a gagné et perdu au cours de ce processus. Peut-être est-ce une thématique que j’aborde pour comprendre pourquoi je fais moi-même du théâtre.

Note:Lausanne, Théâtre de Vidy
Le théâtre sauvage: jusqu’au 1er février. Di à 18 h, me-sa à 19 h 30, sa 24 et sa 31 à 21 h.
Le baiser et la morsure: du 14 janvier au 1er février. Me-je-ve à 19 h 30, di à 15 h, sa à 18 h sauf sa 17 à 19 h 30.
Le manuscrit des chiens III, du 28 avril au 10 mai, dès 8 ans. Rens. : 021 619 45 45 www. vidy. ch

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