Les galeristes étrangers plongent dans les Bains

Art contemporainDes pointures du marché international exposent leurs artistes chez leurs pairs genevois. Vernissage des expos vendredi.

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Ce jeudi, un vent d’exotisme soufflera sur les vernissages communs de l’Association du Quartier des Bains à Genève. À l’occasion de cette édition du mois de mai, chacune des huit galeries fera découvrir un ou plusieurs artistes qu’elle ne représente pas d’ordinaire, en invitant un homologue étranger à disposer de ses cimaises le temps d’une exposition. L’occasion pour les visiteurs de profiter d’une éminente sélection internationale: venue de Berlin, la galerie König montre la Vaudoise Claudia Comte chez Joy de Rouvre (lire encadré), tandis qu’un solo show de l’artiste argentine Leonor Fini se voit mitonné par les galeries Weinstein (San Fransisco) et Minsky (Paris) sur invitation de Patrick Cramer. «Nous avions la volonté d’offrir quelque chose de différent, en présentant des artistes avec lesquels on n’a pas l’habitude de travailler, explique Barth Johnson, président de l’association. L’idée est de donner une visibilité internationale à l’événement, tout en lui insufflant un peu de fraîcheur et de dynamisme.» Celui qui dirige aussi Wilde prête ses murs à la jeune galerie parisienne Allen.

Tous ont joliment joué le jeu, certains avec davantage de hardiesse que d’autres. Comme Pierre-Henri Jaccaud, qui a confié les surfaces de Skopia au peintre Mbaye Diop, cofondateur de l’espace d’art collectif Gno Far à Saint-Louis (Sénégal). Le peintre a investi les parois avec une très belle installation en noir et blanc, plongeant le spectateur dans des scènes de vie quotidienne du port de pêche de Saint-Louis. «Son travail est génial, il a littéralement peint les murs, se réjouit Pierre-Henri Jaccaud. En plus, j’aime le fait qu’il s’agisse d’un artiste qui s’occupe d’autres artistes. C’est une amie qui dirige les Éditions Ripopée à Nyon qui me l’a fait découvrir.» Autant dire que le galeriste genevois opère là un grand écart, sa programmation puisant majoritairement dans le vivier de la création helvétique.

Établie à la rue des Bains, Laurence Bernard explore elle aussi d’autres terrains. Elle a approché le poids lourd parisien Kamel Mennour, qui lui a proposé des œuvres photographiques de Marie Bovo. L’accrochage s’articule autour de trois séries: des vues de plages prises à différentes heures du jour, des ciels saisis depuis des cours d’immeubles à Marseille et des paysages depuis des trains traversant l’Europe occidentale et la Russie. «La photo est un médium que je montre peu, souligne Laurence Bernard. Concevoir cette exposition à quatre mains a été une formidable expérience. Ça ouvre l’offre de la galerie et le champ pour les collectionneurs.»

D’autres sont demeurés plus fidèles à leur concept, comme Espace_L, qui se dédie depuis huit ans au dialogue entre l’Europe et le Brésil. «J’ai invité une toute nouvelle galerie ouverte par des Brésiliens à Lisbonne, explique Leticia Antunes Maciel. Elle propose une exposition collective sur le thème de la galaxie.» On y verra principalement des pièces de Daniel Mattar, dont les clichés évoquent la peinture. Contrairement à ses collègues des Bains, Leticia Antunes Maciel a déjà prévu un échange de bons procédés avec Brisa Galeria. La Genevoise ira présenter certains de ses artistes au Portugal: «Je vois les choses comme le début d’un processus collaboratif.»

Une prise de risque commerciale

Des expositions collectives sont aussi prévues chez Xippas et à la Galerie Mezzanin. Le premier a donné un blanc-seing au Belge Albert Baronian; l’accrochage, intitulé «Le choix d’Albert», entérine le début d’une association, puisque les deux enseignes viennent d’inaugurer un espace commun à Bruxelles. La seconde s’est adressée à Capitain Petzel, une pointure berlinoise avec laquelle sa directrice, Viennoise d’origine, entretient des liens d’amitié. «Ils m’ont fourni des œuvres absolument formidables, réagit Karin Handlbauer. Ce projet bénéficie à tous: galeristes, artistes, public et collectionneurs!» On y appréciera une dizaine d’auteurs majeurs, tels les Américains Sarah Morris, Seth Price ou Kelley Walker.

Cette expérience novatrice fera l’objet d’un petit bilan dans quelques semaines. «Commercialement parlant, c’est une prise de risque, commente Barth Johnson. Lorsqu’on change les habitudes, les ventes ne sont pas assurées. Et on sait qu’actuellement, les choses ne sont pas évidentes pour tout le monde.» Toutefois, on peut aussi y voir l’opportunité d’apporter un renouveau dans un quartier un peu nostalgique de l’âge d’or qu’il a vécu il y a une décennie. (24 heures)

Créé: 15.05.2019, 20h57

La Vaudoise Claudia Comte a la banane

Cela faisait un moment que la galeriste genevoise Joy de Rouvre, spécialisée dans les peintures murales, voulait donner carte blanche à Claudia Comte. D’autant plus que depuis son installation dans le Quartier des Bains, il y a un an et demi, seuls deux artistes, John Armleder et Guillaume Pilet, ont pu s’approprier l’ensemble des murs de sa galerie. «Il faut compter au moins deux semaines entre les expositions pour pouvoir mettre en place des wallpaintings», précise Joy de Rouvre. «Une pour repeindre en blanc, l’autre pour l’installation.» Un temps précieux que le rythme effréné de quatre vernissages communs annuels, imposé par l’Association du Quartier des Bains, laisse rarement aux artistes!

Mais, à l’occasion de la collaboration entre les galeries de l’association et leurs pendants internationaux, Joy de Rouvre a tenu à ce que cela marche! D’autant plus que pour l’artiste vaudoise représentée par l’allemande König Galerie, les peintures murales font partie intégrante de ses installations immersives. Afin de tout terminer à temps, elle et son équipe sont déjà arrivées le week-end dernier. Après avoir posé les premières couches de peinture noire, lundi matin, les techniciens s’affairaient à enlever les scotchs des murs, laissant ainsi apparaître les formes géométriques du motif «Zigzag», imaginé par l’artiste. Sur cette fresque murale d’inspiration op art, elle a découpé des formes rappelant ses sculptures en céramique, disposées aux quatre coins de la galerie. Au nombre de sept, elles découlent de la série «Italian Bunnies» (lapins italiens), entamée en 2016. «Je n’aime pas donner de définition claire car certains y voient des oreilles de lapin, d’autres des paires de jambes en l’air ou les doigts de la main. Ce qui m’intéresse, c’est ce contraste entre formes géométriques et organiques», note l’artiste. D’ailleurs, pour rendre ses créations encore plus vivantes, elle n’a pas hésité à leur donner des noms de célèbres sculpteurs italiens comme Michelangelo, Pietro ou Leonardo. Sans oublier Properzia de’ Rossi, seule femme sculptrice de la Renaissance.

Si c’est avec ses sculptures en bois réalisées à la tronçonneuse que la trentenaire s’était fait connaître en premier lieu, ses dernières créations en céramique s’en inspirent. Pour leur réalisation, l’artiste, vivant entre Grancy et Berlin, a fait appel à plusieurs technologies de pointe comme des scans 3D ou des machines spécialisées dans la découpe de haute précision. Une étape importante car cette modélisation en 3D lui permet de les décliner en plusieurs tailles, parfois monumentales, à l’image d’une énorme banane sculptée dans du marbre gris, fruit d’une commande privée. Outre l’exploration de nouveaux matériaux et techniques, Claudia Comte travaille depuis plusieurs années avec la fondation TBA21, fondée en 2002 par la collectionneuse et mécène Francesca Thyssen-Bornemisza, s’impliquant dans la mise en œuvre de projets artistiques liés aux enjeux de l’environnement.

C’est dans ce cadre que, récemment, la Vaudoise s’est envolée pour la Jamaïque où elle a suivi de près les recherches de biologistes marins. Il en résulte une nouvelle série de sculptures, inspirées par les formes du corail et que l’artiste présentera en 2020 lors d’une exposition au Musée Thyssen-Bornemisza, à Madrid. «Aujourd’hui, on ne peut pas être artiste et rester déconnecté des problématiques comme la déforestation ou la pollution des océans», conclut-elle. «Je suis persuadée que l’art peut être beau et ludique et passer des messages importants.» Andrea Machalova

Genève, Quartier des Bains

Vernissage des expos je 16 mai (18 h-21 h)

www.quartierdesbains.ch

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