Les gars de Puts Marie payent à nouveau leurs fractures

DisqueLes Biennois inclassables livrent une pépite de rock fragmenté, traversé de leurs expériences

Vingt bouts de Puts Marie, puzzle visuel pour disque fracturé. La bouche du chanteur Max Usata est la première à gauche, mais rien de certain.

Vingt bouts de Puts Marie, puzzle visuel pour disque fracturé. La bouche du chanteur Max Usata est la première à gauche, mais rien de certain.

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Italien de naissance, le chanteur de Puts Marie décroche son téléphone depuis le Tessin et répond en français. Sur disque, il chante en anglais des histoires du Mexique et d’Espagne. N’en jetez plus. Un point géographique ancre à Bienne la naissance du groupe, mais c’est tout. Pour le reste, le quartette parmi les plus inspirés du rock suisse ventile ses inspirations au-delà de toutes les frontières, bohémiens hors des modes que réunit un nouveau disque d’une beauté âpre, fissurée comme le béton des infrastructures olympiques qui font le décor de «Catalan Heat».

Né dans la cité bilingue avec le nouveau siècle, Puts Marie s’est insinué en douce, lentement mais sûrement. Pas assez étrange pour s’aliéner l’accès à un large public, trop radical pour séduire les masses, le groupe navigue entre sensation branchée et aventure collective, sophistication et simplicité, intellect et tripes, douceur et brutalité, Suisse et reste du monde. Les dix premières années de sa vie, il publie quatre albums et s’impose comme un nom qui compte outre-Sarine, tourne en Europe en camping-car, joue à Mexico City et en Amérique du Sud. En 2009, les musiciens s’éparpillent aux quatre vents avant de revenir fin 2013 par la porte francophone, via le label lausannois Two Gentlemen et un disque qui séduit large, «Masoch I - II». «On n’avait pas joué ensemble pendant trois ans, explique Max Usata. J’avais fait une école de théâtre à New York, les autres avaient aussi vécu leurs expériences. Il fallait alors se redécouvrir. Pour «Catalan Heat», au contraire, on sortait d’une très longue période de concerts et il a fallu se retrouver d’une autre façon, pour ne surtout pas se répéter ou se parodier.»

Les sept titres de l’album reflètent cette réussite, en une musique très cinématographique détaillant des paysages aussi finement qu’une caméra grand angle, les sensations en plus. Nerveuse et belle à la fois. On cite souvent dEUS comme influence de Puts Marie, à raison: entre frappe jazz, guitares acides et volantes, touché impressionniste, les Biennois partagent avec les Belges le don du pointillisme sonore. Sur ce tapis mouvant, Max Usata alterne chant flegmatique et rap de contrebande. «J’avais envie de ce challenge rythmique. Le guitariste me disait qu’il n’avait pas envie de faire un album de hip-hop — moi non plus. Mais le fait de si bien nous connaître nous a permis de trouver un compromis, une voie médiane qui nous satisfait tous.»

Pornstars et mariachis

Avant de revenir sur un même disque, les Biennois ont fait vivre la scène helvétique via des projets aussi divers que Mister Milano, un hommage à l’eurodisco ritale et eighties mené par Max Usata, ou la folk boisée de Nick Porsche, histoire d’écluser toutes leurs fantaisies. Les musiciens ne se privent de rien, au contraire — les interdits les amusent, et ce n’est pas le succès en 2014 du tordu «Pornstar», friponnerie clippesque dans une boîte à fesses, qui émoussera leur goût des plaisirs salaces. Le groupe se nourrit de ses fantasmes autant que de ses traumatismes, comme le raconte Usata sur «Garibaldi».

Parmi les sommets du nouvel opus, la chanson emprunte la densité du rock pour condenser des images nocturnes poisseuses en diable. «C’est un souvenir de la place Garibaldi, à Mexico City. Le soir, des dizaines de joueurs de mariachi attendent comme des putes qu’on vienne les choisir. On les emmène chez soi et ils jouent contre de l’argent, souvent des chansons sur les narcotrafiquants. Ce sont des mecs très vieux, très usés, qui font ce métier de père en fils.» Et dont on fait les chansons.


«Catalan Heat» Puts Marie Two Gentlemen (24 heures)

Créé: 09.10.2018, 21h48

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