Le genre de Buvette où l’on voit passer les étoiles

DisqueDepuis son aventure parisienne et derrière son pseudo étrange, le Vaudois sert une quatrième rasade d’electropop qui appelle à l’enivrement. Dégustation samedi au Romandie

Buvette, trentenaire aventureux de la musique.(CREDIT:Charles Negre)

Buvette, trentenaire aventureux de la musique.(CREDIT:Charles Negre) Image: Charles Negre

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Chez Buvette, la longueur des cheveux varie à chaque album. La forme de sa musique, un peu. Sa détermination, jamais. Dix ans et plus que son estaminet est ouvert à tous les vents, terrasse face à l’azur, avec à son menu des mignardises moelleuses et des cocktails aux couleurs vives et chaudes. En décidant de devenir le chef de son propre établissement musical, Cédric Streuli s’est autorisé une vadrouille permanente, rendue plus aisée encore par les ingrédients chiches qui composent la recette de son electro-pop. Une quatrième cuvée en présente les saveurs: «4EVER», album en lettres majuscules au milieu de dizaines de singles dont il a parsemé YouTube, comme si le natif de Leysin avait décidé de marquer le coup et de crier un peu plus fort dans le tumulte digital des productions contemporaines.

Venu à la musique dans un format rock, cogneur de fûts chez The Mondrians, Buvette a attrapé son pseudo sur le comptoir, quand il glanait quelques sous en barman avant de se décider à lâcher les amarres, vers 2008. «On écoutait pas mal de trucs différents dans le groupe mais j’en avais assez de jouer la sainte Trinité Kinks-Who-Velvet. J’avais des envies d’autres sonorités. J’ai commencé à bricoler ma propre musique sur un clavier, en posant mes voix sur des rythmiques et des couches synthétiques. L’élément déclencheur est venu d’un voyage à New York. J’y suis parti avec tout mon matériel dans une seule valise, pour trois dates obtenues dans des bars via Myspace. Sur place, j’ai trouvé six concerts supplémentaires, dans des ateliers, chez des gens. Je me suis senti très libre, c’était un appel d’air.»

«J’avais envie de lâcher prise et de confronter mon inspiration à celle d’un autre musicien»

Le courant ascendant l’a porté en Inde, au Mexique (deux années de résidence), en France, où le double national a osé s’installer depuis quatre ans pour s’essayer à un statut professionnel d’intermittent du spectacle et publier dans les meilleures conditions possibles «4EVER», album onirique préférant les textures sensorielles aux pulsations rythmiques qui faisaient l’ossature de son disque précédent, «Elasticity». «Il avait été enregistré avec un tas d’instruments, dont moi à la batterie, et j’avais monté un groupe pour le tourner, se souvient le trentenaire. Pour «4EVER», au contraire, j’avais envie de lâcher prise et de confronter mon inspiration à celle d’un autre musicien, comme un effet miroir.» Le reflet est venu d’Apollo Noir, Parisien lui aussi bricoleur sur claviers analogiques et laptops «stevejobsiens» d’electro-pop soyeuse et rêveuse. «Il m’a amené vers des territoires techniques que je ne maîtrisais pas seul. Je lui apportais des idées enregistrées en MIDI (ndlr: protocole d’enregistrement informatique rudimentaire) et on bossait dessus à quatre mains, en bougeant des manettes.»

Le résultat porte aux sens par la rotondité analogique des sonorités déployées, carcan chaud et épais enveloppant les songes que Buvette met en voix et en notes. La prononciation anglaise frise parfois le code, et les mélodies éthérées oscillent (trop) souvent sur un même fil, mais cette homogénéité participe au charme de «4EVER», dont on apprécie tout particulièrement les longues et épaisses épopées soniques. Son mode de production comme ses références sont old school (de Tangerine Dream à Beck, pour scanner large) bien que le musicien refuse tout passéisme – mais depuis dix ans que la décadence chic des années 80 est (re)devenue le phare sonore et visuel des artistes en vogue, mater dans le rétro revient à regarder devant soi. Buvette a un boulevard face à lui.

Créé: 29.01.2020, 18h07

Infos utiles

Lausanne, Le Romandie
Samedi 1er février (21h)

www.leromandie.ch

«4EVER» (Pan European Recording)

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