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Givenchy est parti habiller sa muse

Le couturier oscarisé pour avoir griffé l’élégance d’Audrey Hepburn est mort lundi, à 91 ans. Dernier géant.

Hubert de Givenchy à Madrid au musée Thyssen-Bornemisza en 2014.
Hubert de Givenchy à Madrid au musée Thyssen-Bornemisza en 2014.
KIKI HUESCA

L’an dernier en mai, Hubert de Givenchy savourait ses souvenirs à Morges où s’exposait en rétrospective mondiale une cinquantaine de robes créées pour sa muse, Audrey Hepburn. «Le téléphone sonnait souvent le matin, se souvenait le créateur. Je savais que c’était elle. «Juste pour te dire que je t’aime, je ne te dérange pas plus», et elle raccrochait.» Entre ces deux-là, «l’élégance comme concept» se pratiquait au saut du lit. Comme dans un film de la drôle de frimousse.

Sur «Drôle de frimousse», de Stanley Donen, en 1956, Hubert de Givenchy et Audrey Hepburn à Paris.
Sur «Drôle de frimousse», de Stanley Donen, en 1956, Hubert de Givenchy et Audrey Hepburn à Paris.

Le couturier, décédé hier à 91 ans, visiteur régulier de l’actrice retraitée en Suisse, avouait avec tendresse que leur histoire, «c’était une sorte de mariage». La petite brune et le créateur de la petite robe qu’elle allait immortaliser dans Diamants sur canapé s’étaient connus en pleine jeunesse, sur le tournage de Sabrina. Elle affichait 23 printemps ingénus, lui 26, «éternel apprenti» et gros bosseur qui rejoignait les petites mains dans les ateliers dès 7 h, tous les matins sans exception. La rencontre se passe mal. Il prépare une collection, s’attendait à voir Miss Kate Hepburn, découvre une gamine au physique de souricette. Il refuse, elle insiste.

Leur complicité va durer jusqu’au bout de la vie, des premiers éclats de la gloire à l’apothéose ponctuée d’un Oscar pour l’ensemble de sa contribution cinématographique. Jusqu’au regret aussi, de voir disparaître peu à peu l’empire de la mode au profit des «bulldozers industriels», de voir glisser dans l’oubli ses impératrices telle Mme Grès, et ses princes, comme Cristobal Balenciaga.

Noblesse de la fringue

Givenchy, c’est la blouse dite «Bettina» dès son entrée en matière en 1952. C’est la ligne Baby Doll au début des années 60, les manteaux Ballon, la robe-short, la robe-chemise, la robe-sac. Le couturier s’inspire chez les peintres, brode ses manteaux siglés Braque ou Miró. Ses visions effervescentes s’insinuent dans la décoration d’hôtels, de voitures. Comme s’il incarnait, dès la particule, une noblesse de la fringue, le Parisien de Givenchy exerce une fascination profonde sur les célébrités roturières. D’un regard, héritage d’une éducation protestante, il les épure de tout falbala carnavalesque.

Les plus capricieuses stars hollywoodiennes, Lauren Bacall, Elizabeth Taylor, les Dietrich ou Garbo, se laisseront épingler en papillons dociles par le créateur. Les têtes couronnées, les femmes puissantes obéissent à ses exigences, comme la princesse Grace de Monaco, Jackie Kennedy Onassis ou même l’indomptable Wallis Simpson, pour qui il crée le «bleu Wallis».

Aucune de ces classieuses n’arrivera jamais à la cheville d’Audrey Hepburn. «Son allure féline reste jeune et moderne, rappelait-il encore. Elle savait bouger. Mieux, elle avait un grand cœur.» Elle résumait: «Hubert de Givenchy m’a donné un look, un genre, une silhouette. Habillée par lui, je n’ai peur de rien.»

Ainsi, par-delà la mort d’Audrey Hepburn en 1993, l’aristocrate lui restait fidèle. Il avait tourné la page, abandonné la gestion de sa maison cédée au conglomérat LVMH en 1988. Mais acceptait encore de sortir au grand jour pour parler de son amie, à qui il dédiera son dernier ouvrage. «Le grand», comme le surnommaient ses pairs, y avait rassemblé quelque 300 croquis, son œuvre en revue. Comme un testament, ou une promesse de retrouvailles. Ainsi du titre, To Audrey with Love.

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