Où le glamour fait illusion

Festival de LocarnoÀ Locarno, les stars défilent, telle Meg Ryan. Mais ce sont bien les films qui dominent.

Meg Ryan, ex-icône des comédies romantiques, a reçu un trophée pour l’ensemble de sa carrière.

Meg Ryan, ex-icône des comédies romantiques, a reçu un trophée pour l’ensemble de sa carrière. Image: Keystone

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À Locarno, les paradoxes ont la vie dure. Le grand écart que crée le glamour mis en scène chaque soir sur la Piazza et ce cinéma de l’engagement et du réel qui se donne à voir dans les différentes sections en constitue un. Durant son règne, Olivier Père, directeur de 2010 à 2012, a su attirer les stars. Tradition maintenue par Carlo Chatrian jusqu’à cette année. D’où cette impression d’un défilé de prix honorifiques récompensant des vedettes ayant accepté l’invitation tessinoise. Croire que c’est ce qui intéresse le festivalier est une erreur. Il vient ici pour les films, et rien d’autre. Mais le tapis rouge que foulent chaque soir people et invités apporte une touche de glamour plaisante, sans parler de la couverture médiatique que cela engendre.

Stars et lieux communs

La venue de Meg Ryan ce week-end était tout à fait symptomatique. Pas d’interviews, juste de petites tables rondes, pas de rencontres avec le public, une montée des marches symbolique et quelques propos qui laissent songeur. «Je suis vraiment heureuse de faire partie de la grande tradition des comédies romantiques», déclarait-elle sans entrain au «Locarno Daily», quotidien du festival. Faire tout ce chemin pour énoncer de tels lieux communs et singer l’étonnement en recevant son trophée, c’est un peu mince et d’une générosité discutable. Sa présence cette année ressort en effet d’une filiation entre les classiques de Leo McCarey, réalisateur star de la rétrospective locarnaise, auteur par exemple du sublime «An Affair to Remember» (1957), et les films à succès que Meg Ryan interpréta il y a deux décennies tels «Nuits blanches à Seattle» (1993) ou «You’ve Got Mail» (1998). Entre ces titres, il y a des liens de parenté indéniables et donc des passerelles que le Locarno Festival permet de traverser allègrement. Tout en donnant un coup de projecteur sur une star qui ne travaille plus énormément et pour laquelle la gloire fait un peu partie du passé. Pour honorer sa carrière, le festival a choisi de montrer sur la Piazza un film de Jane Campion de 2003, pas le plus connu de la cinéaste, «In the Cut». Bon choix!

Autre vedette invitée au Tessin, le Belge Jérémie Renier, héros de «L’ordre des médecins» de David Roux, rappelle qu’il est aussi crédible en blouse blanche qu’en Claude François («Cloclo», c’était lui). «Je viens de l’école des Dardenne, nous disait-il en interview. Lorsqu’il faut faire de la soudure, on doit exercer le métier de soudeur avant.» Pour présenter le film, il a été rejoint par Marthe Keller, sa partenaire dans le film, qui, pour l’heure, ne veut plus parler à la presse suisse (rumeurs ou info? On lui demandera la prochaine fois) mais dont la cote de popularité ici demeure intacte.

Tout cela est bien joli, mais le festival ne se réduit heureusement pas, on le sait, à un défilé de stars venues recevoir un prix honorifique ou défendre un film applaudi sur la Piazza. La vérité est en effet ailleurs, du moins à Locarno. Et se niche souvent dans les recoins sombres des diverses salles accueillant les sections du festival. Les vraies rencontres, ce sont donc celles qui s’accomplissent entre un film et un public qui le reçoit de plein fouet sans forcément s’y attendre.

«Genèse», premier choc

Un tel moment est survenu ce week-end, avec la présentation en compétition de «Genèse», du Québécois Philippe Lesage. Sous l’angle thématique revendiqué des premières amours, le cinéaste situe son intrigue dans un collège privé de garçons. Il suit d’abord en parallèle un frère, qui réalise être tombé amoureux de son meilleur ami, et une sœur, dont la relation libre avec son boyfriend va tout détruire. Puis, sans crier gare, il déplace son action dans un camp d’été où un jeune garçon s’éprend d’une jeune femme.

L’incessant tourbillon, les hésitations, les indécisions, les premières souffrances et les troubles liés à l’éveil des sens, tout ici est miraculeusement en place. Le film tient la route jusque dans ses accidents et ses défauts, faisant corps avec ce qu’il raconte de façon magistrale. On en parle comme du Léopard d’or et c’est tout à fait crédible.

Dans la section Cinéastes du présent, on a également eu le coup de foudre pour «L’époque», documentaire saisissant sur l’après-Charlie tel que vécu par les jeunes, la nuit. Signé par Matthieu Bareyre, ce premier long est à la fois sage et sauvage, d’une fougue émouvante, d’une vérité inclassable dans sa manière de renvoyer nos générations, les aînés, dans les cordes. Espérons qu’un distributeur suisse ait l’envie de sortir ce film. «L’époque» mérite d’être vu et vécu.

(24 heures)

Créé: 06.08.2018, 08h08

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