Le guet sculpte l’espace avec mille bougies

PortraitRenato Häusler, artisan de la lumière

Renato Häusler est guet de la Cathédrale de Lausanne depuis 2002. Il crée aussi des illuminations à la bougie lors de concerts, la plupart du temps dans des lieux de culte.

Renato Häusler est guet de la Cathédrale de Lausanne depuis 2002. Il crée aussi des illuminations à la bougie lors de concerts, la plupart du temps dans des lieux de culte. Image: VANESSA CARDOSO

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Renato Häusler vit un mois de janvier intense. En trois semaines, il illuminera à la bougie quatre lieux de culte. Rien que pour la cathédrale de Lausanne, disposer près de 2000 flammes à l’occasion des représentations du Messie de Haendel, version Mozart, les 25 et 26 janvier, l’occupe trois jours. Et il est secondé en cela par douze bénévoles. En plein montage, cet «artisan de la lumière» (il récuse humblement le titre d’artiste) apparaît disponible et reposé, l’allure tonifiée par une écharpe rouge vif. Le Lausannois de longue date, né d’un père suisse allemand et d’une mère italienne, sourit avec douceur: «J’ai la chance de récupérer très vite. Six heures de sommeil suffisent, 5 heures ça peut même aller.»

Guet de la cathédrale depuis 2002, il scande l’heure de 22 h à 2 h, puis se couche dans son abri chauffé, tout près de Marie-Madeleine, la cloche principale de 6600 kilos qui tinte toutes les soixante minutes. «Je ne l’entends plus depuis longtemps.» A l’époque où, guet suppléant, il a repris le flambeau après le regretté Mix & Remix, il s’est mis à dormir dans le beffroi parce que rentrer chez lui à vélo décalait encore plus sa nuit. Et pour gagner du temps le matin, au moment de se rendre à son travail de maître de sport au Foyer des aveugles. La chambre du guet, sa deuxième maison, il préfère l’appeler «lieu de retraite», car il peut s’y retrouver et penser.

«Je crois en un principe qui dépasse la notion de Dieu et de religion»

Si, à Lausanne, le guet n’a pas de costume officiel, Renato Häusler a tenu à saluer cette tradition vieille de 600 ans par sa tenue. Il se promène avec un chapeau noir et une lanterne: «Une nuit, le reflet de la lampe sur un pilier m’a donné l’idée des illuminations. Pour moi, ce n’est pas le fruit du hasard, c’est comme un cadeau de l’au-delà. J’ai su à ce moment-là ce qu’il fallait faire. Je suis croyant, mais en un principe qui dépasse la notion de Dieu et de religion.» Il s’est d’ailleurs marié au Sri Lanka, où il a rencontré son épouse, selon le rite hindouiste. La religion qui, s’il devait en choisir une, serait la plus proche de ses convictions.

Pour sa première mise en lumière, en 2005, deux mille lueurs scintillantes, déjà, ont offert un visage inédit au chœur et à la nef de la cathédrale. Puis une bougie en a allumé une autre, jusqu’à lui faire lâcher son emploi au foyer pour créer sa société, Kalalumen. «Sans être pyromane, j’ai toujours aimé la flamme, c’est fascinant.» Si kala signifie beau en grec, c’est aussi le prénom de sa femme.

Même après avoir embrasé le Sacré-Cœur et les églises de Saint-Germain-des-Prés à Paris, les cathédrales de Monaco ou les jardins du château de Maintenon, sa première création lui apparaît encore parmi les plus folles. Il en rit et admet avoir gagné en expérience: «Pour le Sacré-Cœur, le plan d’illumination était fait en une demi-heure seulement.» Au fil des ans, il a développé des supports inédits afin de déployer son éclairage en hauteur, sa spécialité. Ce grand cycliste et écologiste a d’ailleurs dû se résoudre à acheter un véhicule pour transporter une partie des 5 tonnes de matériel à disposition dans son dépôt.

Avant de se créer de toutes pièces un métier, à 56 ans, il en a exercé divers autres, comme enseigner le français ou travailler dans un centre d’hébergement pour réfugiés. Ses filles de 21 et 24 ans, toutes deux étudiantes en droit, ont opéré un choix «plus carré» que son parcours sinueux, admet-il. «Mais ma nouvelle activité demande de la rigueur. Dans mon dépôt, tout est rangé au cordeau.» Bientôt, il scandera l’heure du haut de sa tour quatre soirs par semaine au lieu de cinq. Si cet horaire lui laisse assez de temps pour ses illuminations et pour profiter de la vie – en été, Renato Häusler aime partir à la cueillette de petits fruits et confectionner des confitures –, l’homme se voit bien continuer à «guetter» jusqu’à la retraite. (24 heures)

Créé: 13.01.2017, 09h19

Carte d’identité

Né le 15 décembre 1958 à Zurich.

Cinq dates importantes


1986 Part sept mois seul à vélo entre les Etats-Unis et le Venezuela.

1987 Guet suppléant à la cathédrale de Lausanne, puis titulaire dès 2002.

1991 Epouse Kala, au Sri Lanka. Le couple a deux filles, Dushana et Shayna.

1999 Fonde Action Recherche Enfant Sida, association aujourd’hui dissoute.

2014 Crée sa société, Kalalumen.

Le Sentier, temple

Messe de minuit pour Noël de Marc-Antoine Charpentier, di 15 janvier (17 h 30 et 19 h 30). Billets: www.myvalleedejoux.ch

Prochaines mises en lumière de concerts à Montreux, à Lausanne et à Genève:
www.kalalumen.ch

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actu croquée par nos dessinateurs, partie 5

Visite du pape en Suisse, paru le 21 juin.
(Image: Bénédicte) Plus...