Un havre de paix aux relents japonais à La Tour-de-Peilz

ArchitectureAu lieu-dit La Becque ont fleuri des résidences artistes. Visite des lieux avant les portes ouvertes.

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Dans un cadre idyllique, les pieds dans l’eau, sur la Riviera, une parcelle bordée d’arbres majestueux a vu fleurir de petits pavillons modernes qui ont alimenté toutes sortes d’interrogations et de rumeurs dans la région. «Nous n’avons pas été secrets, mais discrets», sourit l’un des initiateurs. Des questions d’autant plus insistantes que ces bungalows sont vides depuis un moment. Mais plus pour très longtemps: en septembre auront lieu des portes ouvertes pour découvrir les lieux. À cette occasion seront aussi lancés des appels à candidature qui permettront de voir arriver – en principe dès le printemps – leurs occupants: des artistes du monde entier, toutes disciplines confondues. Ils résideront à deux pas de la chanteuse Shania Twain ou du nouveau directeur général de Nestlé, Mark Schneider.

Ce magnifique terrain a été légué par Françoise Siegfried-Meier (lire encadré) pour y ériger des résidences d’artistes, dans le cadre d’une fondation créée au nom de la bienfaitrice. La construction a pris plusieurs années et le Conseil de l’institution vient de désigner celui qui en prendra les commandes dès le 1er août: Luc Meier, actuel chef de projet de l’ArtLab de l’EPFL. Si son patronyme peut faire croire le contraire, il n’a aucun lien de parenté avec Françoise Siegfried-Meier.

Jeu sur l’ouverture

L’ambition est d’en faire rien de moins que «l’une des plus grandes résidences artistiques de Suisse, avec un rayonnement international, à l’image de la Villa Médicis ou de l’Institut suisse de Rome», souligne l’architecte Guy Nicollier, qui vient d’être nommé président de la fondation.

Il a réalisé, avec son bureau d’architecte Pont 12, cet ensemble «qui se devait d’être à la hauteur du site naturel exceptionnel où il prend place». L’aspect japonisant des quatre pavillons résonne avec le Catogne, mont valaisan qui – surtout légèrement enneigé – rappelle le Fuji-Yama. Les quatre pavillons abritent chacun deux appartements de 80 m2. Devant leurs terrasses, des panneaux de lamelles en bois mobiles permettent de jouer avec la vue et la lumière. «Nous avons voulu créer ce rapport mouvant tant entre l’intérieur et l’extérieur, qu’entre le proche et le lointain», explique Guy Nicollier. Les créateurs pourront soit s’immerger littéralement dans le paysage depuis leur logement, soit restreindre l’ouverture pour au contraire se tourner vers l’introspection. L’écrivain vaudois Jacques Chessex aurait apprécié, lui qui pensait que la contemplation du Léman risquait de le soustraire à l’écriture.

Ce jeu ouvert-fermé émerge ailleurs, notamment avec les arbustes qui ne délimitent pas totalement les bords de la propriété. Le visiteur pourra y voir une métaphore des synergies et partenariats souhaités, entre les artistes qui viendront ici et des créateurs, écoles ou institutions, à l’échelle tant régionale que nationale.

À l’intérieur des pavillons aussi le mouvement est de mise. Si les chambres, cuisines et salles de bain se situent à l’arrière, la pièce principale est modulable via une grande bibliothèque qui pivote sur un axe. «Outre des personnes seules, des collectifs peuvent aussi postuler pour des résidences. Les espaces de vie ainsi que les ateliers séparés sont de taille suffisante pour élaborer tout type de projet, aussi pour les arts de la scène et les performances», constate Luc Meier. Le soin apporté aux matériaux et aux détails impressionne. Une volonté de la donatrice. «C’est elle aussi qui n’a pas souhaité que cette parcelle soit davantage densifiée, alors qu’elle aurait pu l’être doublement», souligne Guy Nicollier.

Hormis les quatre pavillons de plain-pied, seuls deux bâtiments d’un étage supplémentaire trônent en amont, à deux pas de la route cantonale. Là, outre des salles communes (dont une bibliothèque), le parquet industriel de quatre hautes pièces permettra d’imaginer des travaux type sculpture, petite soudure ou gravure. Tout a été pensé: des douches à l’arrière, en cas de gros œuvre ou de peinture dispersée, à l’acoustique des ateliers. Un piano à queue sera disponible, car «le lien fort à la musique demeure, par le lien à la fondatrice. Le lieu est en revanche ouvert à toutes les formes d’art et à l’excellence dans leur pratique», promettent Luc Meier et Guy Nicollier. (24 heures)

Créé: 21.07.2018, 19h03

Le luxe aussi pour les artistes

Née en 1914 et héritière d’une fortune importante, Françoise Siegfried-Meier vivait trois ou quatre mois par an à La Tour-de-Peilz, dans la maison de son enfance, mais le reste de l’année à Zurich. Là, à la Tonhalle (la principale salle de concert symphonique de la ville), elle exerçait sa profession de violoniste. «Elle a connu une existence aisée mais a pu constater que la vie n’était pas toujours facile pour les artistes», relate Guy Nicollier, président de la Fondation Françoise Siegfried-Meier. Elle a donc souhaité léguer le terrain de son enfance pour y ériger des résidences d’artistes. Elle a participé au projet de son vivant mais souhaitait que l’ensemble ne se construise qu’après sa mort (le 25 décembre 2012). «Selon elle, il n’y avait pas de raison que le luxe ne leur soit pas accessible! affirme Guy Nicollier. Elle a voulu un projet de qualité, pour lequel nous avons eu la chance d’avoir le temps et de le faire exécuter par d’excellentes entreprises de la région.» Le tout à quel prix et pour quelle dotation de la fondation? Ces éléments sont tenus secrets.

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