Les héritiers s’écharpent autour du testament du peintre Zao Wou-Ki

ExclusifLes attaques du fils de l’artiste décédé en avril à Nyon redoublent de violence. Sa veuve estime que la coupe est pleine. Révélations

La succession du peintre établi à Nyon se décidera devant le juge

La succession du peintre établi à Nyon se décidera devant le juge Image: DR

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Il s’est paisiblement éteint à l’Hôpital de Nyon, le 9 avril dernier, à l’âge de 93 ans. Le peintre Zao Wou-Ki, d’origine chinoise, naturalisé français par André Malraux en 1964, était un maître de l’abstraction lyrique. Marié depuis 1977 à Françoise Marquet, ancienne conservatrice au Musée d’art moderne de Paris, Zao Wou-Ki s’est installé sur les rives du Léman, à Dully, en 2011.

Et c’est ce moment-là que le fils d’un premier lit du peintre choisit pour faire irruption dans la vie du couple. Jia-Ling Zhao, 69 ans, a toujours eu des rapports distants avec son père, voire pas de rapports du tout pendant plusieurs années. Pourtant, peu après l’emménagement en Suisse de Françoise Marquet et de son mari, diminué par la maladie d’Alzheimer depuis 2006, il a multiplié les actions en justice: requête de mise sous tutelle, plaintes pénales contre sa belle-mère, l’accusant d’abus de faiblesse, d’usage illicite de l’œuvre de Zao Wou-Ki et, au lendemain de son décès, d’avoir «laissé mourir» le peintre (24 heures du 30 avril 2013).

«Qui a tué Zao Wou-Ki?»
La dernière salve, désormais, fait l’objet de dix pages dans l’édition française du magazine Vanity Fair du mois d’octobre, dans un article intitulé «Mais qui a tué Zao Wou-Ki ?». Pour Françoise Marquet, qui voue une reconnaissance sans bornes au personnel de l’Hôpital de Nyon, une telle supposition est insultante: «Nous étions trois autour de son lit: Jia-Ling Zhao, ma belle-fille Sin-May et moi, dit-elle dans un souffle. Wou-Ki avait 93 ans, il était malade depuis longtemps, il avait d’énormes difficultés respiratoires, il avait été intubé, et admirablement soigné. Affirmer qu’on l’a aidé à mourir est tout simplement odieux!»

«Nous avons toujours voulu éviter de nous exprimer publiquement, considérant que cette affaire devait rester privée, intervient son avocate lausannoise, Graziella Burnand. Mais la campagne de dénigrement systématique que mène le beau-fils de ma cliente dans la presse nous oblige désormais à sortir de notre réserve, en rappelant des faits dont, curieusement, il ne fait jamais état.» Parmi ceux-ci, l’ultime version du testament de Zao Wou-Ki, ouvert juste avant l’été. Le texte, écrit de la main de l’artiste le 10 décembre 1997, à Paris, institue Françoise Marquet légataire universelle de son mari. La volonté du peintre a donc été d’exclure son fils de la succession. Toutefois, à titre subsidiaire, il a prévu que «pour le cas où la réduction de ce legs serait demandée, je lègue à ma femme la plus forte quotité disponible entre époux permise par la loi.» Zao Wou-Ki va encore plus loin: «Je lègue à ma femme le droit moral sur mon œuvre, écrit-il. L’ensemble des droits susvisés resteront acquis à ma femme, en leur intégralité, en cas de remariage.»

Dans ces circonstances, comment expliquer l’obstination de Jia-Ling Zhao et de son avocat, dont les procédures en justice compromettent l’organisation d’expositions et la diffusion de l’œuvre de son père? «Il s’agit sans doute d’une volonté de revanche, d’une envie de prendre une place qu’il n’a jamais eue auprès de lui, dit Françoise Marquet. Il est resté en Chine quand Zao Wou-ki est venu en France, en 1948, il a vécu des années difficiles pendant la Révolution culturelle, et même quand mon mari lui a permis de venir en France, en 1978, leurs liens ne se sont pas resserrés. Vous savez, il est assez rare que les grands artistes, mondialement connus, s’occupent convenablement de leur famille.»

Le juge tranchera
Les deux parties, qui viennent de déposer chacune une action en partage - celle de Françoise Marquet, auprès du Tribunal d’arrondissement de La Côte, intervenant trois jours avant celle de son beau-fils, à Paris - attendent donc qu’un juge se prononce, et se préparent mutuellement à contester la compétence du tribunal saisi par la partie adverse. «Ce qui est inexplicable, conclut Me Burnand, c’est la stratégie de Jia-Ling Zhao. A la suite de l’ouverture du testament, ma cliente a fait le choix, parmi les différentes possibilités qui s’offraient à elle, d’un quart des biens en propriété, trois quarts en usufruit. Elle jouira donc, sa vie durant, de la totalité des biens de la succession, soit en pleine propriété, soit en usufruit. S’il veut lui aussi en bénéficier, Jia-Ling Zhao est le premier à avoir intérêt à s’entendre avec sa belle-mère.»

L’avocat parisien du fils du peintre, Jean-Philippe Hugot, nous a fait savoir par écrit qu’à ce stade, il ne pouvait pas «s’exprimer sur le sujet».

Créé: 08.10.2013, 08h36

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