Heureux qui prolonge le voyage d’Ulysse

Théâtre A Vidy, «Cinéma Apollo», de Langhoff, fend les vagues de ses multiples références, du mythe homérique à Hollywood.

Pour «Cinéma Apollo»,  Matthias Langhoff (à dr.) a travaillé avec son fils Caspar  sur un texte co-écrit avec Michel Deutsch.

Pour «Cinéma Apollo», Matthias Langhoff (à dr.) a travaillé avec son fils Caspar sur un texte co-écrit avec Michel Deutsch. Image: Odile Meylan

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Sur un texte coécrit avec Michel Deutsch, le metteur en scène Matthias Langhoff, aidé de son fils Caspar, vient de mettre sur orbite la pièce Cinéma Apollo, samedi à Vidy. Brassant le mythe d’Ulysse (et un peu de bière) avec les échos qu’en a donnés Alberto Moravia dans Le Mépris et, après lui, Jean-Luc Godard, cette production maison promise à un bel avenir (Genève, tournée en France) sort victorieuse de sa jonglerie mythologique.

La logique mise en œuvre est composite, mêlant cinéma et théâtre. Tout commence d’ailleurs sur un écran par des bribes de séquences imprécises: miettes de souvenirs, trouées de mythe, fragments d’un vieux tournage? Puis, le court-métrage Encore une bière se profile en une sorte de making of assez potache avec Manfred Karge, complice historique de Matthias Langhoff en créateur d’une œuvre qui pourrait être la pièce qui va suivre…

Dans le foyer d’un vieux cinéma de Novare, un vieux scénariste romain venu visionner une scène du Retour d’Ulysse, film de Rheingold (clin d’œil à Wagner) auquel il a jadis collaboré, fait la connaissance d’une ouvreuse-barmaid flanquée d’une armée de pop-corn. Le plateau se transforme en tableau de Hopper et la magie scénique peut prendre ses aises sur des airs de comédie. Mais Cinéma Apollo ne va pas s’affairer à nouer tous les fils sortis de la pelote. Le théâtre de Langhoff déroute toute tentation totalitaire et multiplie les passerelles, entremêle les résonances. A l’image de Pénélope, femme d’Ulysse tissant sans fin sa tapisserie dans l’attente de son époux, le metteur en scène garde son œuvre ouverte, baroque dans ses circonvolutions infinies.

A travers la rencontre bien rythmée de deux êtres un peu perdus, hantés à des degrés divers par le (ur) passé, Cinéma Apollo aborde – si ce n’est réunit – des thèmes très divers. Les amours perdues et les fantômes qu’elles génèrent. L’héroïsme et sa contrepartie, la lâcheté, qui appelle le mépris. La durée, l’impermanence (la fin de l’âge des héros) et donc une certaine nostalgie… Mais, dans le gobelet en plastique sorti d’une machine, le néant d’un mauvais café menace toujours. La ruse «ulyssienne» mène aussi tout droit aux artifices de la représentation, véhicule du mythe. A ce jeu, le théâtre rivalise avec le cinéma, concurrent désormais plutôt malheureux quand il s’agit de tenir dignement sa place. On peut quitter la salle, mais la seule issue n’a rien d’un secours. Elle est mortelle. Et très belle puisqu’elle veut «vous apprendre à danser».

Créé: 18.01.2015, 19h14

Articles en relation

La pièce «Lapidée» fait salle comble à Paris

Théâtre Limité à trois représentations au lieu des trente prévues, le drame de Jean Chollet s’est joué sans accroc. Plus...

Un troublant et sauvage exercice régressif vers les origines du théâtre

Critique Après les grands singes, Guillaume Béguin met en scène des êtres primitifs, jusqu'au 1er février à Vidy. Plus...

Langhoff de père en fils à Vidy

Théâtre Matthias, 73 ans, et Caspar, 31 ans, créent à Vidy «Cinéma Apollo», tiré du «Mépris» de Moravia. Rencontre avec le tandem. Plus...

Ils ont gagné leur ticket pour Vidy

Scène Le metteur en scène Guillaume Béguin fait partie de la nouvelle garde de créateurs programmés dans le théâtre lausannois, après avoir fait ses armes à l’Arsenic ou ailleurs en Suisse romande Plus...

Pratique

Lausanne, Théâtre de Vidy
Jusqu’au sa 7 février
Rens.: 021 619 45 45
Link

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.