L’histoire du bâtiment industriel commence

1809 De la Filature à l’usine Gardy, en passant par Caran d’Ache, l’industrie a ses palais.

Le bâtiment de la Filature à Carouge, démoli avant 1932.

Le bâtiment de la Filature à Carouge, démoli avant 1932. Image: BIBLIOTHÈQUE DE GENÈVE

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Il y a deux siècles et dix ans, en 1809, un vaste bâtiment carougeois devient fabrique de fil de coton, à l’aube de la révolution industrielle. Sur la photo que nous publions ci-contre, la Filature ressemble davantage à l’hôtel de Saussure de la rue de la Tertasse qu’à une usine. Rien que de très normal, car sa vocation première était le logement, dans vingt-quatre appartements prévus pour les citadins d’une ville de Carouge en pleine expansion.

Le maître d’ouvrage est un certain Mouthon de Burdignin, opulent fonctionnaire sarde à Carouge. Commencé en 1788, son palais ne sera jamais achevé, comme en témoignent les balcons privés de balustrades et les pilastres aux chapiteaux à peine ébauchés. Des temps très durs sont arrivés depuis le début des travaux de construction. L’espoir de faire de cet édifice un luxueux immeuble de rapport s’est évaporé avec l’invasion de la Savoie par les troupes révolutionnaires françaises en 1792.

La Filature occupe 600 ouvriers

La cité promise à un grand destin par le roi de Sardaigne Victor-Amédée III restera française jusqu’en 1814. En 1807, un noble savoyard du nom d’Alexis Foncet de Montailleur achète la carcasse vide de cette grande maison pour y installer, avec son associé genevois Odier-Chevrier, une filature. Celle-ci utilise l’eau de l’Arve puisée à quelques centaines de mètres à l’aide d’une grande roue. Cette industrie occupera jusqu’à 600 ouvriers avant de déménager à Annecy. Telle est la volonté de Foncet de Montailleur, qui n’a pas voulu devenir Suisse après le départ des Français et la réunion de Carouge au nouveau canton de Genève.

La Filature a donné son nom à la rue au bout de laquelle le bâtiment se trouvait, sur l’emplacement actuel du giratoire de l’avenue Cardinal-Mermillod. On en voit les fondations sur une photo aérienne du quartier prise en 1932, preuve que la bâtisse était déjà tombée depuis quelque temps.

Au cours du XIXe siècle, et même au début du XXe, l’industrie a ses palais, un peu à l’image de celui de la Filature. On pense par exemple au Bâtiment des Forces Motrices, aujourd’hui BFM, construit dans le lit du Rhône de 1883 à 1892. Cette usine hydraulique, dont les turbines alimentent en eau la Genève d’alors, adopte un style beaux-arts monumental. Elle est ornée de statues représentant les figures mythologiques de Neptune, Cérès et Mercure. Comme à Versailles!

Les trams à l’heure américaine

Peu après, de 1893 à 1896, toujours sous la direction de l’ingénieur Théodore Turrettini, c’est l’usine hydroélectrique de Chèvres qui sort de terre à Vernier. Sans doute parce que nous sommes à la campagne, son style est moins grandiose que celui des Forces Motrices de la Coulouvrenière. Les bâtiments sont quand même ornés de parement de briques dignes des villas de la Belle Époque. Ils disparaissent en 1947, après que le barrage de Verbois a pris le relais de la fourniture d’électricité. Un autre bâtiment emblématique, même s’il ne s’agit pas d’une usine, est le siège de la Compagnie genevoise des tramways électriques (CGTE), aujourd’hui TPG, à la Jonction. Appelé «Bâtiment de l’horloge», cet édifice de 1899 ne manque pas d’allure. Il le peut, car son auteur est l’architecte américain Harvey Wiley Corbett, âgé alors de 26 ans, qui bâtira plus tard des gratte-ciel à New York et à Londres. Il a été recruté par les citoyens américains qui participent alors au développement du tramway à Genève.

Au cours du XXe siècle, l’apparence du bâti industriel change. Son architecture devient résolument moderne et dépouillée, sans pour autant renoncer à en imposer. Il faut montrer sa taille et son poids économique, tout en restant fonctionnel. Plus de fioritures au fronton des usines mais une majesté austère, à l’image de l’interminable façade de chez Gardy. Cette fabrique de matériel électrique s’offre en 1918 un nouveau bâtiment qui court aujourd’hui encore le long du côté pair de l’avenue de la Jonction. Près de 800 personnes y travaillent (voir ci-contre).

Quant à Caran d’Ache, certains se souviennent d’avoir admiré son crayon géant placé au bas de la parcelle que l’usine occupait à l’avenue Pictet-de-Rochemont. L’entreprise s’appelle la Fabrique genevoise de crayons lors de sa fondation en 1915. Elle devient Caran d’Ache en 1920 et quitte les Eaux-Vives en 1974 pour s’installer à Thônex.

Créé: 14.09.2019, 20h35

Une fabrique dans l’objectif

Exposition

Dans ce couloir du 1er étage de la Bibliothèque de Genève, on pourrait ne faire que passer. Ce n’est plus le cas depuis que la BGE y expose des images conservées au Centre d’iconographie genevoise.

Il a même été rebaptisé le «couloir des coups d’œil». Depuis ce printemps et pour quelques semaines encore, les photographies qu’on y voit représentent l’usine Gardy de 1918
à 1958. Cette florissante fabrique de matériel électrique porte le même nom que Frédéric Gardy, qui fut, de 1906 à 1937, le directeur de ce qu’on appelait alors la Bibliothèque publique et universitaire (BPU).

Cette parenthèse refermée, penchons-nous surce portrait photographique de l’usine Gardy, composé d’images d’ouvrières et d’ouvriers au travail ou au repos, de machines et d’équipements étranges. Il est l’œuvre de Max Kettel et Albert Grivel, auxquels fut confiée
la mission de montrer l’entreprisesous son meilleur jour. Leurs images respirent l’ordre, le calme et la discipline. Un idéal de perfection qui aurait pu prendre le chemin de la poubelle lors du rachat par ABB, en 1995, si des employés à l’âme d’archiviste n’avaient pas confié ce fonds à la Fondation du Collège du travail et son coordinateur Patrick Auderset, qui l’a à son tour remis à la BGE.

Jusqu’au 26 octobre
Jeudi 19 septembre à 18 h, explications et témoignages sur l’entreprise Gardy, dans l’Espace Ami Lullin

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