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Honneur à celui qui sait planter un platane

À 50 ans juste frappés, le trublion Eric Judor se voit sacré par le Vevey International Funny Film Festival d’une médaille en chocolat qu’il partagera avec son fidèle comparse Ramzy. Émotions.

Même au quinzième degré, Éric Judor avoue douter. «C’est une énorme entourloupe, hein? Inspirée par la courbe déclinante de nos succès publics! Tant qu’avec Ramzy, nous n’aurons pas vérifié sur place, nous n’y croyons pas.» Et pourtant. Pour sa 4e édition, le Funny Film Festival de Vevey a sacré le duo invités d’honneur. Alors que l’auteur fourbit une nouvelle saison de «Platane» tout en rêvant de taillader le Z de «Zorro» à la pointe de son humour noir, le frais quinqua se raconte.

Vevey, siège international du groupe Nestlé ou dernière demeure de Chaplin?

Nestlé, j’ai toujours adoré ces produits sains et nourrissants. Ma mère m’a allaité avec leurs gros tubes de lait concentré. Je les tétais. Du subliminal! Le sucre me coule encore dans les veines. Chaplin, bof. Nous en débattons souvent avec Jamel Debbouze qui me bourre la tête avec ça. Je reste tiède, je préfère de loin les Marx, tendance Harpo. Le clown absolu, candide, sans méchanceté dans ses gags stupides.

Ne l’avez-vous pas cloné à l’occasion?

J’aime passer pour un doux débile, j’entretiens une filiation avec les fous au regard vide mais souriant. Pouet! Avec soudain, un coup de klaxon! Ce truc qui tombe toujours «mal à propos» et qui paradoxalement, est le bon timing, la clé de la comédie.

Mais c’est loin, votre période «gogol», non?

Dans la rue, je suscite toujours deux types de réactions. Les uns m’abordent avec l’accent des cités: Hé mec, tu m’as mis des barres de rire avec «H», tu m’as tué avec «La Tour Montparnasse». Et les autres qui pincent les lèvres, «Excellent votre «Platane», et Quentin Dupieux, mon cher, réalisateur excellent!» J’avoue que les premiers restent plus nombreux.

Ne cristallisez-vous pas le fossé entre la gaudriole populaire et l’humour décalé?

Hormis quelques accidents heureux, comme «Intouchables», personne n’a encore trouvé le secret du rire universel mais pointu. Un humour singulier qui toucherait hommes, femmes, homos, lesbiennes, transgenres, mômes, vieux, tout en gardant de la saveur. Il n’y a que les burlesques, se prendre une porte, glisser sur une peau de banane…

Pourquoi alors rester scotché à la comédie?

Le domaine me passionne, que j’explore avec plus ou moins de succès, sans me cantonner dans un genre. J’ai donné dans l’humour bordélique, intello, mainstream, troupier etc. Non seulement pour ne pas m’ennuyer mais aussi pour ne pas embêter ceux qui me suivaient.

Ramzy s’est essayé au drame. Vous à peine…

Ah là là la! Le mélo, le tragique, c’est pour Ramzy, il y excelle. Moi, je suis trop sensible. J’ai essayé un peu de comédie dramatique avec «Roulez jeunesse» mais l’exercice fut douloureux. J’avais l’impression de me foutre à poil. C’était perturbant. Non pas que je sois un Daniel Day-Lewis qui vit dans une boucherie pendant six mois pour égorger un cochon… mais à chaque scène dramatique, je devais puiser en moi de vrais moments de ma vie. À toutes les prises en plus!

Au point de refuser le titre d’acteur.

Ça, je suis, et je reste un amateur. Je n’ai pas suivi de cours, fait de stages, sollicité de profs. Avec Ramzy, nous sommes tombés dedans par hasard, les expériences se sont enchaînées, nous avons accumulé du savoir-faire. Mais je ne peux pas me raccrocher à une technique, à un réflexe.

Faut-il y voir la sagesse de la cinquantaine?

Les 50 ans, j’en ai eu peur. Puis comme Nemo, le poisson-clown, quand il doit passer le mur de bulles dans son aquarium, bing! je me suis cogné de l’autre côté. Pour ceux que ça intéresse, ça n’a pas révolutionné ma vie. J’avais le crâne rasé avant, pareil après. Autre confidence, qui s’attendrait à vous voir en fan de l’écrivain Witold Gombrowicz? Quand on fait le gogol, forcément, on est jugé. Ramzy par exemple, est encore plus cultivé que moi, fasciné par les mecs cassés comme John Fante ou Charles Bukowski. Moi, par ma mère traductrice, j’ai grandi dans la littérature russe, Tolstoï, Dostoïevski et tous ces gars qui ont le sens du tragique. Mais c’est vrai, à mes yeux, Gombrowicz les survole tous en matière de condition humaine.

Jean-Luc Bideau, après la série «H», a critiqué Jamel et autres collègues. Sauf vous, qui trouviez grâce: «Éric, un mec littéraire».

Je me fiche qu’il l’apprenne mais je ne trouve pas très élégant de dénigrer des partenaires. Et l’expression «mec littéraire», c’est le genre de compliment qui t’écrase. En revanche, je peux comprendre son agacement. A l’époque, nous nous conduisions vraiment comme des sales gosses, un vrai boys band sans la ponctualité suisse, la rigueur académique du texte. Les autodidactes et les pros, deux écoles. Après, Jean-Luc Bideau cultive son schtroumpf grognon mais je l’aime vraiment beaucoup.

D’autres scoops, la raison de votre abandon du tennis pour le curling, par exemple?

Blessure, manque de talent. Et le curling… ah, quel sport étrange. Je n’arrive pas à m’en moquer, pas assez spectaculairement drôle. Ni à en être subjugué. Pourtant mais ces mecs en train de trouer la glace me tirent irrésistiblement des sourires en coin. L’invention du curling reste une énigme qui ouvre des perspectives. Déjà par le concept, comment un balai, de la glace, une pierre, se sont-ils trouvés réunis? Ça demeure un mystère insondable quand même.

Comme d’en remettre une couche à 50 ans. Vous voilà père de jumelles depuis septembre.

Ah ça… encore heureux que j’ai du soutien logistique avec moi. Car avoir un enfant, c’est ridiculement facile, arrêtez de chialer. Deux, avec une armée, c’est juste tenable. Des triplés, je n’ose pas imaginer le taux de suicide parental. Quant à des quintuplés, il n’y a plus qu’à descendre acheter des cigarettes.

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