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Le libertin pop ne lira plus Playboy

Hugh Hefner, décédé à 91 ans mercredi, sera inhumé près de Marilyn Monroe. Fidèle à sa réputation un poil mégalo.

Le fondateur de Playboy Hugh Hefner, pionnier de la presse érotique, est décédé mercredi à l'âge de 91 ans. (Jeudi 28 septembre 2017)
Le fondateur de Playboy Hugh Hefner, pionnier de la presse érotique, est décédé mercredi à l'âge de 91 ans. (Jeudi 28 septembre 2017)
Le 1er numéro : Marilyn Monroe, décembre 1953.
Le 1er numéro : Marilyn Monroe, décembre 1953.
Avril 1973.
Avril 1973.
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En 2009, Hugh Hefner a acheté sa tombe au Westwood Memorial Park de Los Angeles. Sa dernière demeure se situe dans le voisinage stratégique du sex-symbol du siècle, Marilyn Monroe, une vieille complice qui en 1953, prête sa plastique dénudée au premier numéro de Playboy. Pour l’anecdote, il s’agissait de photos d’archives. Cette édition au budget rédactionnel de 8000 dollars et au tirage de 50 000 exemplaires, promet du piment et une «Sweetheart» mensuelle. La «petite chérie» de décembre se transforme dès le mois suivant en «Playmate» plus explicite. Décédé mercredi, à 91 ans, le magnat de Chicago, fils de conservateurs protestants, restera, au-delà d’un maître de l’opportunisme commercial, l’intime de millions de puceaux que sa passion pour les chairs féminines déniaisera.

Les abonnés de Playboy peuvent vanter les mérites des brillants articles inclus dans le magazine – Malcolm X, Jean-Paul Sartre et autres penseurs du siècle y sont interviewés. Les ligues de vertu ou Edgar J. Hoover ont pu exiger sa censure, le traîner en justice. Les mouvements féministes hurlent encore face à sa politique d’objectification et de dégradation de la femme. Qu’importe, les garçons jouent toujours. Et les stars, de Sharon Stone, Kim Basinger, Pamela Anderson etc. se sont déshabillées pour eux en bonnes copines.

Le légendaire logo à nœud pap' est devenu une industrie qui le décline en casinos, maison d’édition, studios audiovisuels et artefacts de toute espèce jusqu’au service de limousines. La marque périclite néanmoins au 21e s., érodée par la concurrence et par Internet. En 2015, la circulation de la nudité sur la Toile pousse Playboy à supprimer de ses pages ce qui en avait fait la réputation. Deux ans plus tard, Cooper, le fils de Hugh Hefner revient à la formule classique.

Défenseur des droits civiques

Avec le recul, le succès à sa création s’explique, même si le premier numéro ne porte pas de date, son fondateur craignant qu’il n’y en ait jamais de deuxième. Dans la seconde moitié du 20e s., encore obscurcie par le Maccarthysme, Playboy va mener une Amérique pudibonde par le bout du nez (et des fesses duveteuses) des fameux Bunnies. Le pape du libertinage pop s’érige encore en défenseur des droits civiques, bataille dans un pays qui juge alors criminelles fellation et masturbation, lutte contre les discriminations raciales et sexuelles. Il en serait presque sanctifié au panthéon des bons apôtres de la liberté de pensée, tant son action a participé de la révolution sexuelle. Le costume de la lapine à queue de coton est d’ailleurs exposé au Smithsonian Institution à Washington, D.C.

Car plus qu’une revue de filles nues et recettes de cocktails, Playboy a influencé les opinions. Ainsi, Hefner cible «le mâle de la pop culture». Soit, selon Todd Gitlin, sociologue à la Columbia University, auteur de Sixties, «ce type jeune, viril et vigoureux, indifférent aux responsabilités traditionnelles, qui swingue à la suite de James Bond et Robert Kennedy.» Paradoxalement, le gourou des bunnies rejoint même les féministes quand il prône l’émancipation des archétypes, la mère au foyer etc., vante le sexe hors du mariage, les droits à la contraception et l’avortement. «J’étais un féministe avant même que le féminisme existe!» ironise-t-il. N’empêche, les militantes lui proposent de tester sa dignité en public, une touffe fixée sur le derrière.

Dans les années 70, «Hef» déplace son activité à Los Angeles, dans la Mecque du cinéma où il construit son manoir, le Playboy Mansion West. Sa compagnie produit les films de Roman Polanski, découvre les Monty Pythons. Son «sweet home» acquiert la réputation sulfureuse d’un lieu de bacchanales délirantes où le maître roderait en robe de chambre satinée écarlate, un cigare dans une main, l’autre sur le postérieur griffé de blondes juvéniles. En 1985, juste avant ses soixante ans, une crise cardiaque corrige son mode de vie. S’il continue à convoler, le magnat s’adonne désormais au cola light. Ultime excentricité, Hugh Hefner, qui s’enorgueillissait d’être arrivé vierge en premières noces à 22 ans, réussit enfin, en 2012, à conclure un troisième mariage. Crystal Harris, de soixante ans sa cadette, s’était enfuie cinq jours avant la cérémonie prévue un an auparavant.

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