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Huit stations pour un chemin de croix érotique et plastique

La performeuse genevoise La Ribot avance d’un cran dans la transgression des codes du spectacle avec «Another Distinguée», présenté à Lausanne lors de la Fête de la danse.

Avec «Another Distinguée», La Ribot poursuit une série entamée dans les années 1990
Avec «Another Distinguée», La Ribot poursuit une série entamée dans les années 1990
Anne Maniglier

A l’ouverture des portes de la salle, vous vous engouffrez dans les ténèbres, trouées ici ou là par des spots aveuglants. Vous vous répandez dans l’espace dépourvu de sièges, circulant avec vos camarades spectateurs autour d’une vaste installation noire, îlot de forme non-identifiable recouvert d’une bâche en sac-poubelle. Vous tâtonnez, toutes antennes dehors, tandis que des sons electro font monter le suspense avant l’avènement d’une performance attendue. Surgissent deux figures masquées, enrobées de collants en nylon: une masculine, une féminine. Une troisième viendra bientôt se greffer. Au sol, l’une s’écartèle dans une position offerte; penchée au-dessus, une autre, armée de ciseaux, taillade les couches de textile, arrachant les peaux successives de cet oignon à silhouette variable.

Ailleurs dans l’obscurité, vous retrouvez peu après les corps nus du danseur Thami Manekehla et du comédien Juan Loriente, couchés sous un drap que La Ribot, performeuse genevoise, vient équarrir le long d’une ligne qu’elle trace au marker. Plus loin, l’artiste ira s’étendre sur un rebord de la sculpture géante, tête en bas, jambes ouvertes, pendant que ses partenaires tireront à tour de rôle un trait parcourant l’intérieur de ses cuisses. Puis l’artiste enchaînera avec l’un ou l’autre des gaillards des mouvements de va-et-vient ritualisés, évoquant un coït ininterrompu. Enfin, elle enduira leurs strates vestimentaires de peinture rouge appliquée grossièrement, qui ajoute à l’allusion érotique une dimension sanguinolente…

Née à Madrid en 1962, la performeuse installée au bout du lac alimente depuis vingt-trois ans son projet des Pièces distinguées. Indéterminé dans sa temporalité, donc, le cycle joue également sur les conventions liées à l’espace scénique, comme sur les points de vue accordés au public. Ses audaces formelles et thématiques, sa radicalité, le rapprochent du travail théâtral de l’Hispano-Argentin Rodrigo Garcia ou de la Catalane Angélica Liddell, tous marqués par la «movida» post-franquiste.

La dernière partie en date de cette série, Another Distinguée, créée à Lille en juin 2016, accueillie à Genève en première nationale lors des récentes Journées de danse contemporaine suisse (dont La Ribot était membre du jury de sélection) puis lors du festival Antigel, et programmée cette semaine au Théâtre de Vidy à l'occasion de la Fête de la danse, renouvelle la proposition. Notamment en jouant sur les ombres, qui brouillent un peu plus les limites entre acteurs et spectateurs, éveil et rêve, visible et invisible. Articulé en huit chapitres, ce volet est aussi somptueux dans sa plastique que puissant dans son éloquence corporelle.

Note: Lausanne, Théâtre de Vidy. Du 3 au 7 mai. Rés.: Rés.: 021 619 45 45, www.vidy.ch.

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