L'humour en deuxième vie en attendant la troisième

PortraitConvertie depuis toujours au rire, Caroline Vigneaux attendue pour l’ouverture du Montreux Comedy Festival le 30 novembre est aussi une avocate reconvertie.

A 42 ans, l'humoriste a déjà fait deux spectacles sur son ancienne vie d'avocate. Le 30 novembre, elle sera la première femme à animer un gala du Montreux Comedy Festival.

A 42 ans, l'humoriste a déjà fait deux spectacles sur son ancienne vie d'avocate. Le 30 novembre, elle sera la première femme à animer un gala du Montreux Comedy Festival. Image: FLORIAN CELLA

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À la ville, les humoristes ne sont pas tous aussi débridés et drôles que Caroline Vigneaux. Et sans cafter… de loin pas! C’est peut-être que la belle – elle cumule – ne consigne pas sa riante générosité au seul périmètre professionnel, elle en a fait un art de vivre, de prendre les choses de l’existence et de les rendre sans rien perdre de leur profondeur. Le talent séducteur – elle cumule encore – la Nantaise en a véritablement fait une présence inversement proportionnelle à sa silhouette longiligne, que ce soit dans une salle où l’artiste prend la lumière comme dans l’anonymat du lobby du Lausanne Palace. L’air est Caroline Vigneaux et l’atmosphère ne demande pas mieux!

Le 30 novembre, elle sera la première femme à assurer la présentation d’un gala du Montreux Comedy Festival. À cette seule idée, elle «kiffe», hausse le volume, affiche son empressement, insiste, bref… sort tout son éventail de stratège pour que cette petite révolution dans l’histoire de l’événement ne passe pas pour la banale réparation d’un oubli. Davantage progressiste qu’extrémiste féministe, c’est la petite-fille, la fille, la mère qui se positionne, celle qui n’aimerait pas être ramenée à un «quota» et s’active pour que le sujet «femme» n’en soit plus un. Sauf que… dans l’intervalle, au lieu de la patience, c’est l’humour qui remplace de vains débats.

Extrait de son spectacle au Palais des Glaces à Paris

«Au moment où j’ai raccroché le téléphone avec le Montreux Comedy, je me suis sentie «le roi du monde». Ce festival, je ne l’ai vu qu’en rêve pendant longtemps, jusqu’à ma première apparition en 2011. Là, je reviens en présentatrice de Game Of Drôles, autant dire j’y suis, j’y reste. Pour me détrôner, il faudra autant de perspicacité que d’imagination.» Un rapide coup d’œil au CV de la quadragénaire et ses invités apprécieront le peu de latitude à disposition. Sylphide peut-être, Caroline Vigneaux muscle sa répartie, pour ne pas dire qu’elle l’arme. Véloce. Efficace. Percutante. Ceux qui ont osé un «t’as pas le droit, t’es une fille» en ont fait l’expérience. «Ce n’est pas un droit, c’est une chance sur deux.»

Elle protège sa vie privée

La dame est aussi sportive, tenant la distance en coureuse de fond et n’hésitant pas, si le verdict kilométrique n’est pas à la hauteur, à refaire une boucle pour obtenir un chiffre rond. La petite manie confine au ridicule… et alors? Ça la fait rire. Presque autant d’ailleurs que lorsqu’en louve toutes griffes dehors, elle se barricade derrière la «jurisprudence Jean-Jacques Goldman» pour protéger vie privée et progéniture. Une pure invention? «Il n’empêche. Vous connaissez quelque chose de sa vie, vous? C’est un artiste, c’est tout.»

Le constat se confirme: Caroline Vigneaux ne s’aide pas que de son débit pour prendre le pouvoir dans la conversation, elle peut aussi compter sur son intelligence de maligne. Celle d’une ex-avocate qui a peut-être tombé la robe – huit ans de barreau quand même – mais pas sa verve, ni son bagage de battante combattante. Elle a trop aimé ça! Elle le dit, les éclats de ce souvenir dans les yeux ne lui suffisent pas. La femme de loi s’accroche encore à cette robe faite sur mesure, à ce serment prêté, à son «côté pitbull» pour assumer les similitudes avec la scène, cette adrénaline qui monte et tout ce qui va avec, à… une seule différence près: «Les juges n’applaudissent pas.» Pour les quitter, un petit bilan de vie et c’était fait, parce que c’était à faire. Implacable! Une fois encore. Il paraît que seul son banquier s’est liquéfié. Des débuts difficiles, des petites salles mais au prix fort et la longue quête d’un public.

Le bonheur d’avoir fait un choix

À 42 ans, les batteries comme neuves, l’artiste a déjà signé deux spectacles sur cette reconversion radicale, avec le bonheur extrême d’avoir fait un choix. Son choix laissant au rayon éducation le souvenir de la petite fille de bonne famille formée aux mondanités et privée du droit à l’exubérance. «Toute mon enfance, j’ai entendu «tais-toi», puis «cesse de rigoler si fort». C’est dire si je détonnais dans les rallyes…» Dans une moue, Caroline Vigneaux tente de faire croire à sa bonne volonté une fois retranchée derrière une amie de lycée que sa timidité paralysait. «Je trouvais ça tellement chic que tant qu’elle n’ouvrait pas la bouche, j’en faisais autant. Ça a duré un jour, j’ai cru que j’allais crever. Par contre, je n’ai pas encore le courage d’accepter cette idée terrible que l’on ne peut pas plaire à tout le monde, ce qui équivaut à apprendre les limites de l’amour.»

Et quand le mal est fait – c’est arrivé à ses débuts, sur une petite scène, avec des insultes violentes sur sa condition de femme – le masque reste. Les ravages, l’humoriste les garde pour elle. «Quand on monte très haut comme moi, quand on s’enflamme, on redescend aussi très bas, c’est le prix à payer. Vous avez vu? J’apprends à me connaître et m’aime de mieux en mieux.» Le voile passe. Vite. En incorrigible volubile, l’humoriste cherche le mot et l’intonation qui vont convaincre; la femme, lucide face à la difficulté de rester au firmament dans cet art, scrute l’horizon sans crainte. Il faut avancer. Remplir au maximum le temps qui passe. Et, pourquoi pas, envisager une troisième vie, cette fois dans l’humanitaire. «J’essaie, à chaque opportunité, de donner une visibilité aux associations d’aide aux femmes battues. Pour les avoir côtoyées dans ma première vie, je sais qu’on ne mesure pas l’ampleur du drame. Il faudrait une vraie prise de conscience.» (24 heures)

Créé: 23.11.2017, 08h39

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En dates

1975
Naît le 27 janvier à Nantes, son père est ingénieur, sa mère orthophoniste.
2000
Prête serment et devient membre du Barreau de Paris après ses études à Paris Sorbonne.
2001
La scène l’appelle déjà, elle rejoint la troupe de théâtre de l’Union des jeunes avocats.
2008
C’en est fini de sa première carrière, elle démissionne du cabinet américain qui l’emploie depuis 2005 et rejoint le Cours Florent.
2009
Se lance avec son premier solo Il était une fée au Théâtre des Blancs Manteaux à Paris.
2010
Pose nue sur l’affiche de son deuxième spectacle, Caroline Vigneaux quitte la robe. À ce jour, le show a conquis plus de 250 000 spectateurs.
2011
Passe derrière le micro comme chroniqueuse chez Stéphane Bern sur RTL.
2016
Tourne dans son troisième film, A fond, de Nicolas Benamou.

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