«L’hypnose n’a rien à voir avec la magie!»

ScèneMessmer, hypnotiseur de foule, est à Morges-sous-rire, jeudi, avec «Hypersensoriel», son spectacle créé en mars au Québec. Interview.

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Messmer est de retour. Après être déjà passé par Genève et Lausanne ainsi que Montreux, le showman (48 ans) présente «Hypersensoriel» à Morges cette semaine, son dernier spectacle que «24 heures» avait pu découvrir fin mars 2018 à Québec. Sur scène durant plus de deux heures, le fascinateur – qui détient le record du monde d’hypnose collective – s’amuse à plonger dans l’inconscient une quarantaine de volontaires. Par la voix, par les sens olfactif ou visuel également. Pour la première fois au monde, le Québécois repousse même les limites de sa performance en proposant un numéro dirigé par son propre avatar qui, en réalité virtuelle, interagit avec un spectateur. Celui qui a remis l’hypnose au goût du jour fascine les foules autant qu’il crispe certains scientifiques ou thérapeutes. Sans ambages, il répond aux critiques. Avec passion, il défend cet art qu’il perfectionne depuis ses 8 ans.

Quelle est votre recette gagnante pour réussir à hypnotiser un volontaire en deux secondes ou quelques centaines de spectateurs en quelques minutes, alors que cela prend du temps en cabinet?
J’ai mes recettes personnelles, développées lorsque j’avais 10-12 ans, comme l’exercice des doigts qui s’approchent et se soudent complètement. Beaucoup m’imitent, désormais, mais c’est mon truc à moi. Celui-ci me permet d’aller chercher dans une foule les gens les plus sensibles à l’hypnose. Tout le monde l’est, mais 10 à 20% de la population font partie des hyperréceptifs et s’abandonnent facilement. Ces exercices sont mon passage obligé. J’aime les faire car ils sont assez impressionnants pour quelqu’un qui n’a jamais vu un show d’hypnose. Pour sélectionner la quarantaine de volontaires qui participeront aux numéros, je réalise ce test avec toute la salle.

Aucun trucage ou complice?
Beaucoup de gens pensent que ce qui se passe n’est pas réel. L’hypnose n’a rien à voir avec la magie! On peut penser que 20 personnes jouent la comédie mais comment croire qu’il y a trucage quand ce sont plusieurs dizaines de spectateurs qui entrent en état hypnotique, voir 200 ou 300 comme dans mon numéro final? Au début de chaque partie du spectacle, avec ceux dont les doigts sont restés coincés et qui décident de monter sur scène, j’effectue ensuite un second test pour éliminer des gens moins sensibles à la suggestion, ceux qui viennent pour épater la galerie, etc. Les volontaires sont alors près de moi. Je sens, je vois leur rythme cardiaque s’accélérer, leurs pupilles s’activer. Avec ces réactions, je repère les émotifs ou les imaginatifs. À ce stade, leur esprit est ouvert. Il ne me reste qu’à les cueillir. Je fais mon tri en fonction des numéros et des «rôles» prévus dans le show.

Vous affirmez vouloir enlever la couche d’ésotérisme qui entoure l’hypnose. Pourtant, dans vos émissions de télévision comme sur scène, l’imagerie ou le discours cultivent cela en permanence!
Quand je fais les émissions de télé, je m’évertue à dire aux présentateurs – comme à Arthur, en France – d’arrêter de parler de «contrôle» ou de «mystère». Mais, au final, cela me permet à chaque fois de remettre les pendules à l’heure, d’expliquer que l’hypnose ne constitue ni un pouvoir ni un don. Il s’agit d’une technique que l’on développe – personnellement depuis bientôt 35 ans – et à laquelle nous sommes tous sensibles et réceptifs à des niveaux différents. Aujourd’hui, je pense avoir trouvé un équilibre entre le travail de vulgarisation et la dimension spectaculaire nécessaire à mes shows. Car le public se déplace pour venir s’amuser, attiré, c’est vrai, par la part de fascination qui reste collée à l’hypnose. J’en profite pour faire passer mes messages.

En voyant votre spectacle qui n’hésite pas à aller titiller la part de ridicule qui sommeille en chacun, ne rit-on pas plus que l’on s’instruit?
C’est clair que je n’aurais jamais vendu 1,3 million de billets si je me contentais de proposer une conférence scientifique! J’ai remis l’hypnose au goût du jour. On sait qu’elle peut être une alternative au-delà de la médecine traditionnelle, par exemple. Le public en redemande et ce n’est pas pour rien si, aujourd’hui, des recherches scientifiques très sérieuses sont menées, si partout les cabinets d’hypnothérapeutes sont pleins!

Justement, certains praticiens vous reprochent de laisser, une fois le rideau tombé, les volontaires seuls avec leur expérience de perte de contrôle. Une expérience qui peut s’avérer perturbante…
Certains thérapeutes se font surtout de la publicité sur mon dos! Si un volontaire se sent mal, au lendemain de l’un de mes spectacles, ce n’est vraiment pas compliqué de me contacter pour m’en parler directement, via mon site Internet. Ma femme, qui m’accompagne sur scène, comme les ouvreuses ou tous mes techniciens sont formés pour réagir lorsque quelqu’un se sent mal. Nous avons des yeux partout et, quand je joue dans une salle à 4000 personnes, deux assistants supplémentaires sont présents. Je demande d’ailleurs aux personnes souffrant de troubles psychiatriques ou de dépression profonde de ne pas pratiquer les exercices collectifs car ce sont elles qui peuvent capter l’hypnose de façon négative. Je le répète, l’hypnose, à la base, n’est pas dangereuse du tout. Certes, elle peut libérer certaines émotions enfouies. Mais… ne faut-il pas s’autoriser à vivre ces moments-là?

Impossible de pousser quelqu’un à agir contre son gré ou d’ouvrir les zones d’ombre d’une personnalité fragile?
Chacun a des barrières personnelles qu’il ne peut dépasser, en fonction de son vécu, de son éducation, de son savoir, de sa culture. J’imagine des numéros qui vont jouer avec ces limites-là mais sans jamais aller trop loin. Je ne connais jamais réellement la personne qui monte sur scène. Je n’oserais donc pas demander à quelqu’un de se mettre tout nu! Même si la majorité d’entre nous ne le ferait jamais devant 2000 spectateurs, il y a toujours le risque qu’une personne avec moins de pudeur se lâche. (Il rit.) On reste donc, du début à la fin, dans le politiquement correct. Tout est bon enfant. Et quand quelque chose de surprenant arrive, lorsque deux hommes s’embrassent, comme cela est arrivé une fois, une seule fois, à Nice… c’est que l’un des deux n’y voyait aucun problème… et que le second s’est pris au jeu.

Faire voler à 10 mètres du sol quelqu’un qui a le vertige ou confronter un autre à ses pires phobies n’est-il pas risqué?
En réalité, personne ne peut aller contre son gré. Sous hypnose, on garde toujours son libre arbitre. Chacun a déjà vécu l’expérience de se réveiller en vivant un cauchemar trop intense. Sitôt que l’expérience hypnotique devient trop émotive ou physiquement impossible à réaliser, c’est la même chose: on remonte au conscient. Le volontaire bloque la suggestion ou reste immobile. Comme un somnambule, il ne perd jamais ni sa capacité de protection ni la connaissance de l’environnement qui l’entoure.

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Qu’est-ce que l’hypnose, alors?
C’est décider ou accepter de se laisser guider par une autre personne, de façon consciente ou inconsciente. En autohypnose, on le fait par soi-même. La sophrologie – le yoga, également – nous a depuis longtemps appris à devenir conscients dans un état second, lié au subconscient. Cela révèle la puissance de notre cerveau, les zones que l’on peut atteindre et qui repoussent nos limites. L’hypnose, elle, met en connexion deux personnes, comme le ferait une borne wi-fi. Cela se joue au niveau des ondes cérébrales qui se synchronisent entre différents sujets. Avant, on parlait de magnétisme. Aujourd’hui, ce phénomène a pu être observé de manière tout à fait scientifique. Je participe actuellement à d’autres recherches, avec le CNRS en France, et lorsque les résultats seront totalement bétonnés et publiés, je vous garantis qu’on va faire du bruit.

(Cet article a été publié la première fois le 29 mai 2018)

Créé: 18.06.2019, 00h57

Dates

Théâtre de Beausobre, jeudi 20 juin (19 h) - complet.
Infos: www.morges-sous-rire.ch

«J’ai lutté mais je suis tombé dans le filet tendu par Messmer»

Témoignage

C’est quand on s’y attend le moins que l’effet Messmer nous saisit! Aux côtés d’une dizaine d’autres journalistes de France et de Belgique, départ pour la ville de Québec. Armé d’un indécrottable désintérêt pour tout ce qui touche à l’ésotérisme, mais convaincu que le subconscient est une «terra incognita» aux incroyables potentiels, je suis allé découvrir le nouveau spectacle du grand fascinateur. Avec le regard censeur du chroniqueur théâtral – rentré en Suisse peu convaincu par le rythme et la mise en scène de cet «Hypersensoriel», certes encore en rodage à la fin de mars. Avec l’esprit critique du journaliste – très vite dérangé par les loufoqueries trop souvent cultivées par le maître de cérémonie. Avec, surtout, une légère conviction que l’hypnose, amenée sur scène comme un grand show de magie, ne se fait pas sans complices dans la salle. Mais j’ai joué le jeu.

Au premier exercice collectif (qui consiste à se relaxer puis à serrer fortement les deux mains), je m’exécute comme les 1400 spectateurs autour de moi. Les questions tournicotent dans ma tête. Mes voisins gloussent. Impossible de me concentrer. Nada! Mes deux mains s’écartent sans effort. Sur scène, une vingtaine de volontaires assureront la première partie du spectacle. Après l’entracte, place à l’exercice des deux index qui s’attirent et se soudent. Cette fois-ci, je sens bien l’attraction «extranaturelle»… qui dure à peine trois secondes. Serais-je une créature bassement rationnelle? Le spectacle déroule son flot de numéros – qui, il faut le dire, sont souvent fascinants, quand ils ne deviennent pas hilarants. Puis arrive le coup fatal! Vers 22 h 45, Messmer offre un dernier morceau de bravoure à son public.

J’aborde cet ultime exercice – relâcher les poignets et tourner rapidement les mains, yeux ouverts – avec la certitude de ne faire partie d’aucune caste d’hyperréceptifs. La fatigue, le jet-lag, la faim… mes garde-fous ont cédé. Soudain, une incroyable sensation me submerge. Impossible de contrôler les mouvements de mes poignets! La transe hypnotique gagne mon esprit. La confiance s’est établie malgré moi: l’envie d’exécuter toutes les actions dictées à la cinquantaine d’hypnotisés, bloqués comme moi avec leurs mains tournoyantes, devient irrésistible. Ce sentiment d’abandon est agréable. Consenti, toujours. Dans ma tête, des voix se mélangent. Jusqu’à ce que celle qui me réclamait de ne pas (trop) me ridiculiser me ramène clairement à la réalité. Ces quelques minutes m’ont émotionnellement chamboulé. Et définitivement convaincu que, dans l’hypnose, il n’y a rien de sorcier.

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