Images fait miroiter les papes de Mat Collishaw dans l’église Sainte-Claire

VeveyDans cette 5e édition, l’artiste anglais, représentant des Young British Artists, expose deux fois. Rencontre avec un amoureux du passé.

Dans la pluie de pixels organisée par Mat Collishaw transparaissent le pape Innocent X peint par Vélasquez en 1650 et la version qu'en a donnée Francis Bacon en 1953.

Dans la pluie de pixels organisée par Mat Collishaw transparaissent le pape Innocent X peint par Vélasquez en 1650 et la version qu'en a donnée Francis Bacon en 1953. Image: MAT COLLISHAW

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Dans la pénombre de l’église Sainte-Claire de Vevey, des taches lumineuses ruissellent sur un grand écran placé dans le chœur. Dans cette pluie de pixels, on finit par distinguer des silhouettes vaguement familières: le pape Innocent X, peint par Diego Velázquez en 1650, se transforme au gré des métamorphoses optiques en la version qu’en a donnée Francis Bacon en 1953. L’œuvre, The End of Innocence, est de Mat Collishaw, l’un des Young British Artists révélés jadis par l’exposition «Freeze» commissionnée par le jeune Damien Hirst, en 1988.

L’artiste anglais, 50 ans, s’était fait connaître à l’époque avec Bullet Hole, l’agrandissement démesuré d’un trou de pic à glace dans un crâne… A Images, à Vevey, il est venu avec encore une autre proposition, In Camera, présentée au Musée historique, qui fait briller à coups de flashs des photographies de scènes de crime de la police de Birmingham des années 1930 et 1940. Rencontre en terrasse avec cet autre enfant terrible de l’art anglais.

Qu’est-ce qui vous a attiré à Images?
C’est un festival unique par rapport à d’autres manifestations basées exclusivement sur la photographie. Et cela définit bien ma façon de travailler. Avec de la vidéo, de la peinture, de la photo, des illusions d’optique, mais toujours des images. Je suis donc sur mon territoire. Et cette petite ville est l’endroit idéal pour organiser un rendez-vous pareil. La vue y est magnifique et il y a ce lac qui, comme un gigantesque miroir, change constamment l’image que l’on a sous les yeux. Une réflexion qui ne dort jamais.

Vous intéressez-vous avant tout à l’image ou à l’idée?
J’essaie d’introduire des idées dans les images. Ce sont deux choses différentes, mais j’essaie d’en faire une seule – une sorte de sandwich d’idées et d’images.

De la même façon, cherchez-vous à «environner» le spectateur?
Je cherche surtout à créer des œuvres engageantes et accessibles. Je ne m’adresse pas aux professeurs d’art ou à des curateurs qui se veulent cool. L’idée est de toucher n’importe qui, le gamin dans la rue… D’amuser aussi, pas seulement de véhiculer des idées.

Surprenant: l’œuvre The End of Innocence ne suppose-t-elle pas la connaissance de l’histoire de l’art?
A cause de Velázquez et de Bacon? Je pense qu’il y a aussi une qualité méditative dans cette vidéo qui la rend, espérons-le, prenante et relaxante, provoque des suggestions visuelles. Un peu de Marie-Jeanne peut aider… Mais pas dans l’église! Mon travail comporte aussi plusieurs couches, il est possible d’aller plus loin que les premières stimulations.

Bon nombre de vos œuvres font en tout cas référence au passé?
Eduqué religieusement, j’ai passé des heures à lire la Bible. Mon modèle a donc été le passé, ces histoires de Nabuchodonosor, de Moïse, vieilles de milliers d’années et supposées porter des leçons morales. Il m’a toujours été naturel de retourner dans le passé pour y trouver de nouveaux liens. J’ai été fasciné par le baroque de Rome – son opulence, ses ors, ses émotions – mais aussi par l’ère victorienne.

Vous avez attiré l’attention jeune, dès 1988 avec «Freeze». Cette célébrité a-t-elle été nécessaire pour vous donner les moyens de créer?
Cela dépend de la mode: aujourd’hui la tendance est à la performance, aux interventions humbles. L’argent n’est pas la question centrale, même si je dépense jusqu’à mon dernier penny pour réaliser mes œuvres. Si je n’en tire pas de l’argent, je suis fini! C’est un luxe, mais aussi un pari qui m’ôte le sommeil. Bon, certaines œuvres ne me coûtent que 300 livres.

On peut les acheter?
Mais je les revends 15'000… Je plaisante!

Créé: 19.09.2016, 19h30

L'artiste



«Je ne m’adresse pas aux professeurs d’art ou à des curateurs qui se veulent cool.»
Mat Collishaw

Infos pratiques

Festival Images, Vevey
Jusqu’au di 2 octobre
www.images.ch

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