«Je vous invite en coulisses»

ScèneDepuis plus de deux ans, Michel Drucker se met en scène dans «Seul avec vous». A 75 ans, il savoure ce contact direct avec son public, comme ce samedi au Métropole.


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Ils ont beau être nombreux, Michel Drucker n’a pas l’intention de se reposer sur ses lauriers, quand bien même il prend du plaisir à énumérer ses titres de popularité: «Personnalité préférée des seniors, personnage emblématique de l’histoire de la télévision pour les 50 ans de l’ORTF avec Léon Zitrone et Jacques Martin, et ce qui me fait le plus plaisir, c’est que je suis encore vivant! Je suis tellement étonné que je me suis dit qu’il serait bon d’aller vérifier tout cela sur scène.» Cela n’empêche pas le journaliste devenu homme de télévision, bileux, de toujours s’inquiéter de ce que l’on écrit sur lui, de toujours remercier l’auteur de l’article personnellement après publication, et d’avoir besoin de la reconnaissance permanente du public comme une fleur de la lumière du soleil.

Une reconnaissance qu’il reçoit désormais directement, dans la salle de spectacle puis dans sa loge et dans les halls des théâtres, depuis qu’il sillonne les routes de France et d’ailleurs à l’affiche de Seul avec vous, ce one-man-show au succès monstre, dans lequel il raconte ses anecdotes avec passion à un public qui en redemande.

Ce qui est pratique, avec un monument comme Michel Drucker, même seulement joint par téléphone, c’est que comme avec la télévision, il suffit d’appuyer sur «on» et de s’installer confortablement.

Seul avec vous vous apparaissait comme un pari fou, mais c’est une affaire qui roule, non? C’est surtout une aventure surprenante, à laquelle je pensais depuis longtemps. Là je vous appelle de Provence, où je passe beaucoup de temps avec mes amis Jean-Claude Brialy, Charles Aznavour, Jean Reno et, jusqu’à il y a peu, Jean-Marc Thibault. Il y a une douzaine d’années environ, je les retrouvais après le repas. Pendant qu’ils mangeaient, moi, je faisais du vélo. Ils me disaient «va te changer, rejoins-nous pour le café et raconte-nous…» Alors je parlais pendant plus d’une heure, une heure et demie, ce qui les étonnait. Ils pensaient que je n’étais que celui qui posait les questions. Brialy me répétait qu’il voulait faire un dernier tour de piste qui se serait appelé J’ai oublié de vous dire, où il serait sur scène… Cette idée m’a plu.

Un réel besoin de vous rapprocher du public le plus possible, après la distance de la télé et des livres? Une forte envie en tout cas. Je ne voulais pas attendre d’être un vieillard impotent pour le faire. J’ai demandé conseil à Ruquier. Il m’a dit: «Mais qu’est-ce que vous risquez? De déplaire à la critique? Aux copains? Le juge de paix sera le public, la communication se fera par le bouche à oreille. Et en commençant en province, si vous vous plantez, ça ne se saura même pas à Paris!» Il avait raison, et lui et Laurent Gerra m’ont aidé dans mon aventure. Je me souviens encore, la première à Rennes était programmée le 29 janvier 2015, soit juste après la tragédie du Bataclan. Dix jours avant, seules 250 places sur 600 avaient trouvé preneur. Je me suis dit «c’est pas grave, j’y vais quand même, c’est autant de monde qu’un bon café-théâtre parisien». Et je ne sais pas ce qui s’est passé par la suite, mais entre le bouche à oreille et Internet, la salle a fini par être archibourrée! J’ai enchaîné avec 50 villes en 2015, 80 l’an dernier. J’ai joué au Liban, dans les pays qui reçoivent TV5 Monde… Je ne vous dis pas le vertige que j’ai ressenti à Beyrouth devant 1000 personnes. J’avais l’impression d’être quelqu’un d’autre. Mais c’est aussi ce que je recherchais: ressentir ce que ressentent les gens que j’ai pour habitude d’interviewer. J’avais énormément d’appréhension, mais au final, les gens m’aiment bien. Ils ne voulaient pas que je me plante.

La sélection d’anecdotes a dû être douloureuse, pour quelqu’un qui cumule plus de 5000 heures d’images? C’est certain, alors j’ai commencé par un zoom sur les incontournables que sont Johnny, Delon ou Depardieu. Des souvenirs forts comme Belmondo, ou encore des politiques avec Chirac, Giscard, Mitterrand. Il y a évidemment aussi un hommage aux disparus. Au départ, les gens pensaient que parce que c’était un one-man-show, ce serait un spectacle comique, mais ce n’est pas du tout ça. Il y a plus d’ironie et d’autodérision que de blagues, plus de tendresse que de nostalgie. De toute façon, quoi que j’y fasse, mon album de souvenirs ressemble malheureusement à un cimetière.

Au final, c’est un cadeau pour le public ou pour vous? Alors, clairement, pour les deux! Je suis totalement stupéfait de cette deuxième carrière sur le tard. Même si on ne s’en rend pas compte, j’ai énormément bossé pour donner cette impression de décontraction, pour dire au public: «Venez, je vous invite en coulisses, ensemble on va feuilleter une partie de mon album personnel.» Je veux donner une impression d’improvisation totale, alors qu’en fait le spectacle est très écrit. Surtout que même si je tente quelques piètres imitations, je suis seul sur scène pendant plus de deux heures, heureusement accompagné de quelques images fortes projetées sur un vieil écran.

Un écran que vous vous félicitez d’avoir quitté? Ah, mais je ne l’ai pas quitté totalement. La semaine, je retrouve mon canapé et mon vrai métier! Mais c’est vrai que cette aventure m’a donné beaucoup de pêche. J’ai commencé à relativiser l’importance de la télévision dans ma vie, après 54 années! J’ai toujours ressenti le besoin de me mettre en danger, vous savez? Commencer Champs-Elysées, une émission de variétés le samedi soir à 20 h 30, c’était inimaginable. Comme succéder à Jacques Martin le dimanche après-midi: personne ne voulait y aller. J’ai eu de la chance: mes émissions ont toujours eu du succès, et là c’est au tour de la pièce. Aznavour n’arrête pas de me répéter que le meilleur est encore à venir. Je veux bien le croire!

Dans les halls des théâtres au terme de la représentation, ce sont des familles entières qui viennent à votre rencontre? C’est exactement ça, et cela m’émeut toujours autant quand trois générations viennent poser pour une photo. Tiens, en parlant de générations, de jeunes et de décalage, j’ai une anecdote pour vous. L’autre jour dans le train, je vois arriver deux jeunes filles un peu délurées à la gare. Vous voyez le genre, cheveux rouges, téléphones verts, strings apparents. Des «cagoles», comme on dit à Marseille. Elles s’installent en face de moi, me saluent avec respect avant de feuilleter le magazine de la SNCF avec Christophe Dechavanne en couverture. Elles devaient avoir 20 ans, je pense, et s’exclament «Ah, Dechavanne, toute notre jeunesse!»

J’attends l’arrivée en gare avant de les interpeller. «Si Dechavanne c’est toute votre jeunesse, je suis quoi, moi, alors?» et elles me répondent avec leur joli accent chantant «Ah, mais vous, c’est pas pareil, vous avez été vendu avec le poste!»

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Créé: 04.10.2017, 06h54

Michel Drucker en dates



1942 Naît le 12 septembre à Vire. en Normandie.
1965 Fait son entrée à l’ORTF comme journaliste et commentateur sportif.
1970 Commente au Mexique la première de ses 5 Coupes du monde de football.
1973 Epouse l’actrice Dany Saval à Las Vegas.
1974 Entre à RTL, où il restera jusqu’en 1982 avant de passer à Europe 1.
1982 Champs-Elysées voit le jour. L’émission durera jusqu’en 1990.
1990 Le début de quatre ans d’exil sur TF1, notamment pour Stars 90.
1994 Retour sur France 2 avec Studio Gabriel (jusqu’en 1997), puis avec Vivement dimanche et Vivement dimanche prochain.
2007 Il sort la première partie de son autobiographie, Mais qu’est-ce qu’on va faire de toi? (Ed. Robert Laffont).
2010 Rappelle-moi, la seconde partie, arrive dans les librairies.
2013 Sort De la lumière à l’oubli (Ed. Robert Laffont), sur ses 50 ans de carrière.
2015 Monte sur scène le 29 janvier pour la première de Seul avec vous à Rennes. Publie Une année pas comme les autres.

Le spectacle

Lausanne, Métropole
Sa 7 oct, 20 h 30
Billetterie: www.ticketcorner.ch
www.sallemetropole.ch

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