«J’aime fouetter la mémoire et me nourrir de ce que je vis»

Prix des lecteurs de la ville de LausanneLe Lausannois Marc Agron est le premier des six nominés à rencontrer le public. Sélectionné pour son deuxième roman.

Marc Agron, sélection pour le prix des lecteurs de la ville de Lausanne, avec son deuxième roman

Marc Agron, sélection pour le prix des lecteurs de la ville de Lausanne, avec son deuxième roman "Le carrousel du vent". Image: Sébastien Agnetti

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Exactement comme dans son livre, même si ce lundi l’heure est à la pause de midi à Lausanne, des clients, des flâneurs poussent la porte de l’Univers, à la fois lieu de passage et sanctuaire pas si silencieux de livres anciens. Et exactement comme le libraire-écrivain de «Carrousel du vent», son deuxième roman paru à la rentrée (L’Âge d’homme, 221 p.), Marc Agron s’intéresse à chacun d’eux, attentif. L’écoute est d’abord passive, il attend, laisse surgir les petites anecdotes du quotidien, ces histoires qui viennent ricocher avec la sienne, telle l’ultime écume d’une vague sur la plage. Soudain, l’une d’elles touche dans la cible, le cœur… l’émotion monte. L’aléatoire des synchronismes, la porosité de l’esprit à toutes les curiosités qu’elles soient humaines ou intellectuelles, Marc Agron en a fait un art d’écrire. De tisser les cultures et de croiser les existences.

Une année après son succès en primo-romancier avec «La mémoire des cellules», cette immersion aussi critique que jouissive dans les tranchées d’une certaine vacuité artistique, l’auteur retourne cette fois sur ses propres pas. Un père capitaliste, «un homme délicieux, un intellectuel», une mère intrinsèquement «juive» mais profondément catholique, des frères, des sœurs, tous fondus dans une incroyable farandole humaine. La famille de Marc Agron, bien né et élevé dans la Yougoslavie de Tito, celle, aussi de Maks, le narrateur. «Je dois le dire, glisse-t-il, les noms ont été changés au dernier moment, j’avais besoin d’écrire au plus près de la réalité.» Mais l’intimité oxygénant «Carrousel du vent», si elle trouble parfois, n’est pas excluante. Lancé dans l’écriture comme dans un pèlerinage, le quinquagénaire qui s’avoue volontiers mélancolique – «et de plus en plus avec l’âge» – s’y est retrouvé. Il raconte la perte du père, le traumatisme de l’instant où la police est venue annoncer son décès dans un accident de voiture. Le voyage, le très long itinéraire au propre comme au figuré, pour se rendre aux funérailles. «Bien incapable de monter une intrigue, j’aime fouetter la mémoire et me nourrir de tout ce que je vis. Ce sont littéralement des faits divers qui peuvent devenir de la littérature par l’utilisation de la fiction.»

La vie avant tout

L’aventure est cathartique, le roman se lit comme un kaléidoscope d’humanités attachantes, cocasses ou encore énigmatiques. Mais avant de réfléchir cette improbable alliance entre baroque et surréalisme, avant que le lecteur n’emboîte le pas de l’écrivain baladeur d’âmes sensibles, de références érudites et d’impressions pointues du monde, l’histoire prend le temps de se nouer dans une ville qui ne dit pas son nom, mais qui pourrait être Lausanne, au milieu des livres anciens. Sincère, l’histoire elle-même avoue ses difficultés d’être, de se matérialiser en récit. L’allégorie a pris le pouvoir. Mais l’univers de Marc Agron, tourbillonnant avec le vent poète autant qu’entre les déliés d’une plume fertile, l’inspiration va naître et la vie va reprendre toutes ses couleurs. Du désir au secret. Du bizarre à l’humour. D’un certain fatalisme à l’ironie. Métissé de tous ces niveaux de lecture, le fil narratif embarque l’imaginaire lorsqu’il conte, surprend et intrigue, il ne transporte pas toujours.


Rencontre avec l’auteur Lausanne Palace, sa 13 oct (11 h), entrée libre sur inscription à prixdeslecteurs@lausanne.ch www.lausanne.ch/prixdeslecteurs (24 heures)

Créé: 09.10.2018, 09h51

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… qui vous a donné envie d’écrire?

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ce sont des antihéros et il est extrêmement doué pour cet art de raconter un monde, de le critiquer «mine de rien» avec un détachement sans pareil.

… que vous aimez offrir?

C’est toujours le même depuis des années, et depuis des années, les gens se demandent pourquoi je leur offre «Le Quatuor d’Alexandrie» de Lawrence Durrell. Un livre magnifique mais il compte 1000 pages. Je dois d’ailleurs en être le principal acheteur!

… que vous rajoutez à votre bibliothèque?


Il vient s’empiler sur d’autres. Il n’y a pas d’ordre de rangement. J’aime l’idée de la pile.

… avec lequel vous ne voulez pas être vu?

Ce n’est pas une histoire de honte, mais autant je déteste l’homme qu’est Céline, autant j’ai aimé «Voyage au bout de la nuit». Par contre, je n’ai lu aucun autre de ses livres et ne le ferai jamais.

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