«J’enseigne le travail à cheval comme un art»

SpectacleL’Académie équestre de Versailles, dirigée par Bartabas, présente «La voie de l’écuyer» à l’Arena.

L’escrime fait partie de l’enseignement de la compagnie école de Bartabas à Versailles.

L’escrime fait partie de l’enseignement de la compagnie école de Bartabas à Versailles. Image: AGATHE POUPENEY

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Il lui a fallu douze ans, à Bartabas, pour «prouver que l’art équestre est un art majeur». Douze ans à redonner du lustre à la Grande Ecurie du château de Versailles, où l’homme dont la légende dit qu’il est à moitié cheval dirige son Académie équestre, en plus de sa compagnie de théâtre Zingaro installée à Aubervilliers. «Beaucoup se sont moqués, n’y ont pas cru.» Le combat aura porté ses fruits: l’an prochain, l’académie devrait être reconnue par l’Etat comme Centre chorégraphique national. Les douze élèves qui la composent seront à l’Arena au début d’octobre avec une trentaine d’équidés pour présenter La voie de l’écuyer.

Expliquez-nous tout d’abord en quoi consiste ce spectacle.
L’académie fonctionne comme un corps de ballet. L’une de ses activités est de jouer ce spectacle de répertoire, qui compte un opus différent chaque année. Son thème, c’est l’académie elle-même, sa philosophie. Il balaie toutes les possibilités techniques – le chant, la danse, l’escrime, le tir à l’arc japonais, le tout à cheval. Il ne s’agit jamais d’illustrer le mouvement de l’animal mais la relation qui l’unit à l’homme.

Pourquoi vous êtes-vous lancé dans cette académie?
Je l’ai créée afin d’enseigner le travail à cheval comme un art et non comme un sport, ce qui est assez unique. Après des années de Zingaro, où j’ai inventé une nouvelle forme de spectacle, je me suis rendu compte qu’il n’y avait pas d’école qui formait des cavaliers artistes. Je me retrouvais dans la situation d’un chorégraphe qui pour fonder une compagnie de danse serait obligé d’engager des gymnastes. Le fait que l’académie soit devenue une compagnie école prouve sa réussite.

Une compagnie école?
Absolument. Une des originalités de l’institution, c’est qu’il n’y a pas de cursus. Les écuyers peuvent y rester tant qu’ils se sentent à leur place. Et ils sont payés: l’éducation n’est due à personne, il faut donner pour recevoir. La philosophie de vie, à l’interne, est aussi importante que celle du travail. L’entraide est au centre. Je les forme à travailler en compagnie: ils gèrent les spectacles, les répétitions, le dressage des chevaux, le déplacement en tournée. Le bon maître sait se rendre inutile. C’est très différent de Zingaro, qui est liée à moi entièrement. Le jour où je casserai ma pipe, la compagnie s’arrêtera instantanément. Ses spectacles sont éphémères et n’existent que dans la mémoire des gens qui les ont vus. A contrario, j’espère que l’académie me survivra. D’ailleurs, elle est à Versailles, dans la pierre, alors que Zingaro est en caravane!

Effectivement, entre les caravanes d’Aubervilliers, dans la banlieue parisienne, et Versailles, c’est le grand écart!
Le rendu esthétique est différent mais la philosophie, la passion, l’abnégation restent les mêmes où que l’on soit.

En quoi consiste votre technique équestre?
C’est un travail sur l’écoute, la douceur. Nos chevaux ne sont pas forcément des athlètes de haut niveau, d’abord parce que nous n’en avons pas les moyens, ensuite parce qu’on les choisit pour leur robe. Nous n’imposons jamais un rythme au-dessus de leurs capacités. Le respect de leur intégrité physique et psychologique est à la base de tout. C’est en cela que je ne suis pas d’accord avec la compétition. Il ne sert à rien de chercher le cheval parfait puisqu’il n’existe pas. Il est comme un miroir: il te renvoie ce que tu as été capable de construire avec lui.

L’Etat finance-t-il l’académie?
Très peu, à moins de 15%. Par contre, nous avons des mécènes. Mais ce qui nous permet de fonctionner, avant tout, ce sont les représentations, les tournées, les soirées privées. C’est une bonne chose. Les écuyers apprennent qu’ils doivent gagner leur croûte tous les soirs, devant le public.

«La voie de l’écuyer» Du 2 au 7 oct. à l’Arena. Infos: points de vente Ticketcorner ou www.livemusic.ch

Créé: 25.09.2015, 18h17

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