«J’ai du mal à parler de mes émotions»

HumourThomas Wiesel nous assure que «Ça va» dans son nouveau one-man-show très personnel.

À 30 ans, Thomas Wiesel se confie dans son nouveau one-man-show, «Ça va». Le spectacle tournera en Suisse romande et à l’étranger.

À 30 ans, Thomas Wiesel se confie dans son nouveau one-man-show, «Ça va». Le spectacle tournera en Suisse romande et à l’étranger. Image: LAURA GILLI

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Enfin, nous y voilà. Après des mois de rodage, Thomas Wiesel a officiellement présenté son nouveau one-man-show, mercredi soir, au D! club de Lausanne. Pourfendeur des politiques et grands de ce monde dans ses chroniques caustiques, l’humoriste change de ton et livre une prestation très personnelle, à la fois drôle et touchante. Et nous assure que «Ça va», malgré ses démêlés avec ses émotions, son cerveau qui tourne à mille à l’heure et ses tracas intestinaux. Interview.

Comment est venue cette envie de parler de vous dans ce spectacle?
Je me suis rendu compte que les gens ne savaient rien de moi, mis à part mes opinions politiques. Ça me gênait un peu. La trame s’est donc imposée assez vite dans la conception du spectacle. Et là, j’ai eu l’impression de n’avoir rien à dire, ou rien de bien passionnant. Parce que ma vie n’est pas un enchaînement de fêtes et de paillettes. Ma vie, c’est un calepin, un canapé. Puis j’ai réalisé que raconter ce qui n’est pas intéressant pouvait justement devenir intéressant. Pour moi qui ai du mal à parler de ce que je ressens, c’était stimulant de faire un spectacle qui parle de mes émotions. Le challenge, c’était de rendre ça drôle.

Comment injecter ces parts d’intime dans un spectacle d’humour?
J’aime me vanner. Comme je le fais sur les autres, c’est un juste retour des choses! J’ai fait des essais, j’y suis allé à tâtons. Il faut jauger pour ne pas tomber dans la complainte, et éviter que ça fasse «J’ai du succès, quelle horreur, ma vie est terrible!» Pour ça, j’avais besoin du public, pour évaluer si tel passage était drôle ou si au contraire c’était trop pathos.

Vous n’écrivez donc pas en amont, vous créez en live?
Je n’arrive pas à écrire. Je n’ai pas de discipline, ni d’éthique de travail. C’est l’obligation d’être sur scène qui me pousse à travailler (rires). Ce spectacle a donc été créé face à des gens. J’ai participé à des shows à Montréal, puis à Paris. J’ai pu tester des choses. Puis j’ai commencé les rodages ici, d’abord trente minutes, puis cinquante. Cette méthode se pratique beaucoup au Québec, un peu en France. Pour moi, il n’y a pas d’autre option. Ou alors j’aurais mis quatre ans à écrire ce spectacle!

Le style d’humour est moins corrosif que dans vos chroniques. Une envie de faire autre chose?
Pendant longtemps, j’ai fait beaucoup de chroniques et de soirées privées, où l’écriture est toujours la même: je m’inspire d’un thème. C’est un style que j’aime beaucoup, mais ça représente 95% de mon travail, j’ai fait un peu une overdose. J’avais envie de parler de choses plus intemporelles et plus personnelles. C’est un pan de mon humour qui n’est pas très présent dans ce qui est médiatique. Ce n’est pas le même rythme, ça n’implique pas les mêmes réactions. Varier les styles me permet de garder une certaine fraîcheur.

Le spectacle va beaucoup tourner. Des appréhensions?
Je n’ai jamais joué le même texte aussi longtemps. Le risque, c’est de me mettre en mode pilotage automatique. J’ai assez envie d’injecter un peu d’actu dans le spectacle, d’écrire une chronique chaque soir et de la filmer. Sinon, je suis assez inquiet car je joue trois semaines à Paris en janvier. Là-bas, c’est la foire d’empoigne, tout le monde cherche à vendre son spectacle. Tout ce que j’aime… Ça me stresse beaucoup, d’autant plus que ce n’est pas l’émeute niveau billetterie. J’ai peur que les gens se disent: «On aimait bien quand il clouait le bec du PDG de Nestlé, mais là il parle de ses vagues à l’âme...» C’est un peu nouveau pour moi, je sors de ma zone de confort. Et en même temps c’est un challenge.

Vous présentez un gala au Montreux Comedy ce week-end avec Marina Rollman. Qu’avez-vous concocté?
On va utiliser l’écran, retracer notre amitié et nos carrières en se fichant de la gueule l’un de l’autre. Le danger est de tomber dans l’inside joke, d’autant plus que le public ne vient pas spécifiquement pour nous. C’est un style assez différent, on n’a pas le temps d’installer les choses, donc il faut frapper fort. Mais il faut dire que le Montreux Comedy est une chance. Ça nous offre une visibilité. C’est un des rares moments où Paris a les yeux tournés ailleurs que sur son nombril!

Après «Mauvaise langue», avez-vous envie de refaire de la télé?
Pas pour le moment. On m’a offert ce que je voulais, je l’ai fait, et il y avait plein de trucs qui ne me convenaient pas, comme la tyrannie du calendrier. Je n’ai pas encore déterminé comment je pourrais faire mieux. Mais ça ne me manque pas.


Critique

Déboires intimes et sphincters réfractaires

Il a beau comparer son existence à un film suisse (les cinéastes apprécieront!), Thomas Wiesel déroule allègrement sa vie sur scène dans un one-man-show rythmé et bien ficelé, aux accents intimes, loin de ses décryptages au vitriol de l’actu. Sa recette? L’authenticité. Le trentenaire ne cherche pas à déclencher l’hilarité chez le spectateur.

Avec le flegme qui le caractérise, il induit le rire tout en nuances et en finesse. Le show passe du chapelet de vannes efficaces (malgré quelques transitions certes un peu faciles) à des capsules intimes farcies d’autodérision. Touchant, il raconte ses extravagances de gamin estampillé «bizarre», amateur de listes en tout genre et doté d’un QI de 153; passe au crible ses déboires sentimentaux, ses tourments intérieurs et blâme son cerveau qui le mène à se poser des questions essentielles: «Récemment, je pensais aux Schtroumpfs. Ils choisissent leur nom à la naissance?»

Entre deux blagues mordantes — même s’il pourrait se lâcher un poil plus dans certains passages —, l’humoriste se permet quelques bulles d’improvisation avec le public. Au fond de la salle, Gaspard se fait astiquer, «avec son prénom carbone 14». La répartie est vive mais bienveillante, même lorsqu’une spectatrice (avinée) jette un froid.

Le spectacle gagne encore en puissance dans la seconde partie. Spoiler alert: Thomas Wiesel a quelques ennuis côté défécation. Ses sphincters réfractaires l’ont mené à des séances de rééducation saugrenues chez le physio. Là où d’autres auraient glissé sur une pente lourdingue, la scène est cocasse juste comme il faut.


www.thomaswiesel.com

Créé: 28.11.2019, 20h24

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