«J’ai toujours su que j’avais de la voix»

MusiqueStar pop aux frontières des genres mais aussi artiste entier au parcours chaotique, Boy George a vécu cent vies. Coup de fil enjoué avant sa venue sous le Cervin, avec Culture Club.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Un long et sonore «heeeeello» pour démarrer la conversation téléphonique; un «au revoir mon petit chou-fleur», en français dans le texte, pour la clore. Boy George est de bonne humeur. Il semble en tout cas bien loin de ses abîmes personnels, il y a onze ans, quand le chanteur de Culture Club, star internationale de la chanson pop devenu proie idéale des tabloïds, écopait de la prison pour avoir molesté un amant selon lui malintentionné. Depuis sa création en 1982 et son presque immédiat succès bâti sur la voix et la personnalité de son leader tout en robes, frous-frous et autres extravagances emperruquées, le groupe a alterné joyeuse flamboyance et scandales glauques, en symbole définitif de cette décennie qui consumait la chandelle par les deux bouts et dont il ne vit pas la fin.

À 57 ans, l’Anglais s’est réconcilié avec ses camarades, mais il reste le chef. C’est sous le nom de «Boy George & Culture Club» que le chanteur apparemment rangé des voitures s’installera sous le Cervin, jeudi 11 avril, pour un concert acoustique qui fait l’ADN du Zermatt Unplugged. «Je sors de répétitions, je suis vraiment enchanté d’entendre nos morceaux sonner ainsi. Tout nus, un peu modifiés mais reconnaissables. Une bonne chanson reste une bonne chanson, n’est-ce pas?» Une bonne voix aussi.

Si vous deviez expliquer en quelques mots Culture Club à un ado de 2019?
Oulà! (Rire) C’est un groupe dont les musiciens ont voulu mélanger tout ce qui leur tombait entre les mains. Je pense que c’est vraiment le plus important. Nous venions tous d’environnements culturels et sociaux différents, moi d’une famille irlandaise installée en Angleterre, le bassiste d’origine jamaïcaine, le batteur juif, le guitariste typiquement britannique. Nous sortions du punk, à l’époque, la musique était en plein chambardement.

Avant de devenir un symbole de la pop portée par MTV, Culture Club est effectivement né du mouvement postpunk et néoromantique, dont vous étiez une figure underground…
Le punk m’intéressait pour la liberté qu’il permettait. De tous les groupes de cette période, The Slits (ndlr: les Fentes) étaient mon favori: un quartette féminin qui écoutait aussi du reggae. Alors que certains groupes punk voulaient imposer un style et un comportement très codifiés, je trouvais la démarche des Slits superosée et motivante. Cela m’a décomplexé. J’ai osé dire à mes potes que j’écoutais aussi Sly and the Family Stone, ou Sam Cook, ou de la country irlandaise! On arrivait au local de répétition avec les trucs les plus disparates possible, comme si on se faisait un devoir de ne ressembler à rien.

Votre famille vous a donné le goût de la musique?
Mes parents écoutaient un peu de jazz. Je trouvais ça intéressant. Je ne me suis jamais construit «contre» une musique ou une autre, j’écoutais de tout. Je préférais les musiques chantées, évidemment. J’ai toujours su que j’avais de la voix. Après, qu’elle soit belle ou non, ce n’était pas expressément mon problème (Rire). Je chantais tout le temps, pour faire mon intéressant. Ma sœur hurlait: «Shut up!» C’était une manière de m’affirmer. Quand il a fallu chanter dans un micro, j’ai su quoi faire.

Étiez-vous également conscient de l’impact de votre image, quand vous avez commencé à porter des vêtements féminins?
Je n’avais pas vraiment envie de provoquer, ni d’affirmer une orientation sexuelle. Je voulais surtout me singulariser en toute liberté. Je ne comprends pas qu’un adolescent n’ait pas comme but premier, en se levant chaque matin, de ne ressembler à aucun autre. C’était aussi une façon de me chercher, en cassant les codes et les limites. J’y allais tête baissée, sans recul sur ce que je voulais vraiment. Pareil pour les concerts. Aujourd’hui, j’apprécie mieux mes prestations.

Est-il devenu plus facile d’être Boy George en 2019?
Bien sûr. Déjà – évidemment – parce que je n’ai plus de camions de journalistes devant la maison, ou des grappes de groupies dormant dans mon jardin. Ça l’est aussi parce que je suis mieux avec moi-même. Je sais qui je suis. J’ai travaillé sur moi: je pratique le yoga. Je suis toujours très intéressé par les philosophies hindoues.

Votre nouvel album avec Culture Club, «Life», le premier depuis 1999, dévoile aussi une voix plus solide que jamais dans ses intentions soul.
C’est un tout. En tant que chanteur aussi, je sais où je veux aller. Se connaître soi-même est une merveilleuse sagesse. Quand le succès m’est tombé dessus du jour au lendemain, j’avais 22 ans. C’est une expérience impossible à décrire, un tel choc. Tu rencontres soudain en vrai les stars que tu adulais dans ta chambre d’ado et tu peux risquer de te croire aussi solides qu’elles, ce qui n’est que rarement le cas à cet âge-là.

Sur le plan musical mais aussi de l’affirmation de soi, votre parcours a influencé des milliers de jeunes gays. Antony, devenue Anohni, a toujours raconté combien votre exemple l’a aidée. Vous avez d’ailleurs chanté avec elle en 2006, sur la chanson «You are my Sister», qu’elle vous dédie…
Je lui serai toujours reconnaissant de m’avoir invité sur son album, et bien entendu sur cette chanson en particulier. C’était une période très sombre de ma vie, j’étais vraiment au plus bas et je trouve que cela s’entend sur mon chant. Je vous conseille d’aller écouter sur YouTube une version plus récente que nous avons enregistrée pour une émission télé (ndlr: The Jonathan Ross show, en 2009). Un moment vraiment émouvant.

Vous sentez-vous bien dans la musique de 2019?
C’est un grand brassage. Je suis content de constater qu’il reste des tribus «physiques» qui se créent hors d’internet. Par exemple de jeunes goths qui reviennent à la mode dans certains clubs.

Vous sortez toujours autant?
Ça dépend des périodes et de l’endroit où je me trouve. Souvent, quand je suis dans un club, c’est pour y mixer. C’est toujours assez marrant parce que les danseurs se fichent de celui qui se trouve derrière les platines. Ils me croisent plus tard avec des grands: «Oh my God, c’était toi?».

À quel endroit préférez-vous vivre?
J’habite à Londres actuellement. J’ai longtemps résidé aux États-Unis, un pays qui autorise plus de libertés mais qui sait aussi être très dur… Je connais bien la Suisse pour y avoir beaucoup mixé, notamment à Lausanne. Là, je vais grimper le Cervin.

Créé: 06.04.2019, 08h48

Infos pratiques

Zermatt Unplugged
En concert jeudi 11 avril (20h30)

www.zermatt-unplugged.ch

En dates

1961 Naissance de George Alan O’Dowd à Londres

1980 Vedette de la nuit londonienne néoromantique

1982 Forme Culture Club, avec Mickey Craig (bassiste), Jon Moss (batteur) et Roy Hay (guitariste). Succès immédiat du premier disque, porté par le single «Do You Really Want to Hurt Me?»

1983 Deuxième disque, «Colour by Numbers», numéro 1 mondial

1986 Le 4e album souffre de l’addiction de Boy George à l’héroïne et de sa liaison tapageuse avec Jon Moss

1987 Séparation de Culture Club

1991 Période Krishna, petits succès en solo

1994 Commence une carrière de DJ house florissante

2002 Joue à Londres dans la comédie musicale «Taboo»

2005 Designer de sa ligne de vêtements

2008 Condamné à quinze mois de prison pour violence sur un escort mâle. Libéré après 4 mois

2014 Reformation de Culture Club

2018 Nouvel album, «Life»

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actualité croquée par nos dessinateurs partie 7

Paru le 18 septembre 2019
(Image: Bénédicte) Plus...