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Le Grand Palais se recycle en pépinière de jardinistes

A la fois artistes et jardiniers, ces créateurs fous du règne végétal passionnent, d’expositions en essais littéraires. Le printemps n’explique pas tout.

«Assemblée dans un parc» (1716), de Jean-Antoine Watteau. A voir dans «Jardins» au Grand Palais, à Paris.
«Assemblée dans un parc» (1716), de Jean-Antoine Watteau. A voir dans «Jardins» au Grand Palais, à Paris.

Un pot de fleurs géant et doré signale «Jardins» à l’entrée du Grand Palais. «L’appellation, énigmatique par son pluriel, veut couvrir un terroir de surprises», insiste Laurent Lebon. Ce commissaire anticonformiste, 47 ans, organisa jadis l’expo «Nains de jardin» à Bagatelle. Il fut de la jeune garde qui importa le plasticien Jeff Koons dans les ors et les verdures du château de Versailles.

Pour ce féru du mouvement Dada, la promenade chez les jardinistes se devait de casser les habitudes. Pas de thématique classique, de récupération militante façon «la COP 21 s’expose». «L’écologie apparaît mais il y a déjà tant de manifestations sur le sujet. Nous traquons un imaginaire avec l’espoir de ragaillardir les esprits dans des temps si graves. Une célébration du jardin, «territoire mental d’espérance» comme le définit Gilles Clément.» Pari gagné, ce bol d’air euphorise la sinistrose ambiante.

De la Renaissance à nos jours

«Pour des raisons conjoncturelles (ndlr: un budget de moins de 1 million d’euros), «Jardins» se limite à la France et l’Europe, démarre à la Renaissance, quand la botanique explose, jusqu’à nos jours, avec le Land-Art. Pour l’anecdote, le premier parc botanique date de 1545, à Padoue. «Pour la première fois, le jardin s’ouvre sur le paysage en Italie, devient alors «jardin planétaire» au sens physique». Voyez Durer prendre un malin plaisir à décrire les plantes une à une!»

Une première partie s’ancre dans les éléments de base, eau, ciel, plantes, terres. Viennent ensuite les réalisations jardinistes proprement dites, avec des œuvres de David, Cézanne, Klimt, Monet, etc. Le philosophe Kant rumine dans ces jardins, lui qui édictait dans son Critique de la faculté de juger, que «l’art des jardins est l’une des deux catégories de la peinture». L’une et l’autre disciplines se métamorphosent en symbiose, les jardins baroques muant en jardins paysages «arcadiens», puis prenant des aspects tachistes suivant les impressionnistes, etc.

Scénographie

Si un savant catalogue multiplie les approches sur cette «techno-nature», Laurent Lebon cependant, privilégie une approche plus allègre. Pragmatique, cet expert du patrimoine n’oublie pas de présenter une collection d’arrosoirs. Mais «Jardins», c’est surtout une question de perspectives. En allées cavalières, bosquets et autres tonnelles s’organisent des points de vue. Un belvédère est ainsi dédié aux jardins dans leur sens le plus architectural, vus d’en haut ou en maquette. La scénographie prend alors tout son sens. «Comme le jardiniste, nous sommes nous aussi, dans cette exposition spécialement, «dans la re-présentation» des éléments.»

Voir ainsi ces images de Meurtres dans un jardin anglais, de Greenaway, Shining, de Kubrick, qui recadrent en permanence. La malice de L’arroseur arrosé, des Lumière, se cale par exemple sur Acanthes, de Matisse (1953). «Autre parallèle, à côté d’une de nos «vedettes», la toile de Fragonard, cette scène d’après l’orage, en feuillages détruits, mélancoliques, nous montrons un extrait du Parrain. Puis vient le tableau érotique de Picasso, une marotte (ndlr: Lebon dirige le musée du génie cubiste), vital et joyeux. J’aime ce foisonnement de l’expo, sa touffeur de sens.»

«Mon côté dada et touche à tout»

Lebon, metteur en scène excentrique de folies picto-végétales mais efficient fonctionnaire de l’Etat, pousse son terrain de 1000 m2 à fructifier. Et pas seulement autour de rock stars de l’art. Le Parisien, autre excentricité, s’est formé en province. En réseautant, il a déniché un original Vieux jardinier, d’Emil Claus (1885), à Liège, ou de subtiles Herbes, du Bernois Frank Gertsch (1996). «C’est mon côté dada et touche à tout, sourit-il.»

Ainsi encore de la grotte feutrée où règnent les photos d’Eugène Atget, sur un parc délaissé par la main humaine, où persistent des ronces griffées par Victor Hugo. «Comme pour indiquer que le temps continue son œuvre. Le jardin meurt après nous, comme cette exposition d’ailleurs.» Reste l’émerveillement de la mémoire. «Le jardin, écrivait Michel Foucault, c’est la plus petite parcelle du monde. Et pourtant c’est sa totalité.»

Paris, Grand Palais, «Jardins» Jusqu’au 24 juillet www.grandpalais.fr

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