JoeyStarr dévore Robespierre

Pour sa première expérience théâtrale, le comédien récite les grands textes de l’Assemblée. A découvrir jeudi à Pully.

JoeyStarr a créé au printemps à Paris «Eloquence à l’Assemblée».

JoeyStarr a créé au printemps à Paris «Eloquence à l’Assemblée».

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

JoeyStarr récitant Victor Hugo! S’il fallait une preuve que tout arrive, elle sera sur scène jeudi à l’Octogone de Pully, où Eloquence à l’Assemblée dépose le rappeur et comédien derrière son pupitre de tribun. Jérémie Lippmann a monté à Paris cette pièce qui a séduit la critique et secoué le public. Il s’en explique.

Le choix de ce thème ambitieux était-il lié à celui de l’orateur?
Non, l’idée de départ était de faire revivre l’éloquence de quelques grands hommes et grandes femmes qui ont fait la France et l’Europe. A partir de là, on a cherché la personne pour interpréter ces textes. Et le nom de Didier (ndlr: Morville, le nom civil de JoeyStarr) nous a sauté à la figure.

Vous le connaissiez personnellement avant de lui demander?
Pas du tout. Mais il était à mes yeux le genre d’artiste qui ne triche pas et joue dans la sincérité, la spontanéité, l’animalité. Et je pense que le jour où Victor Hugo ou Robespierre sont montés à la tribune, ils partageaient cette manière «physique» de s’exprimer. Ce n’était plus seulement une affaire de jolis mots.

Comment avez-vous convaincu JoeyStarr?
J’espérais que le projet le titillerait. Je savais aussi qu’il voulait se lancer dans le théâtre mais qu’il avait refusé plusieurs projets. Il a accepté après avoir découvert les textes.

Le bad boy en rhéteur citoyen: vous savouriez d’avance le «coup» promo d’un contre-emploi?
Je n’ai évidemment pas pensé comme cela. Au contraire, produire cette pièce a été une belle galère car les gens me regardaient comme un fou. Mais bosser avec Didier fut un vrai bonheur d’écoute et d’échange. C’est un artiste — je pèse mes mots — et les artistes ne sont heureusement pas tous lisses. J’espère que cette aventure lui a donné envie de continuer. La scène, c’est sa vie, en musique ou en théâtre, il a le même incroyable charisme.

Comment avez-vous choisi parmi les milliers de textes prononcés à l’Assemblée?
Nous avions en effet énormément de matériau. De nombreux discours ont été éliminés lors des répétitions, d’autres sont devenus une évidence. Je ne voulais pas monter une pièce «politique», mais avant tout faire revivre les mémoires, faire résonner à nouveau ces superbes textes. Avec Didier et Pierre Grillet, le coauteur, on a bossé en artisans, en élaguant parfois pour plus de fluidité.

Qu’avez-vous appris de cette plongée dans le verbe national?
Je me suis surtout rendu compte à quel point le personnel politique actuel a perdu en qualité de discours. Tout ça manque de panache, et je ne vous parle même pas des fautes de syntaxe… Le dernier grand orateur était pour moi Robert Badinter. Aujourd’hui, on écrit des tweets. En réaction, se plonger dans un discours de Tocqueville ou de Lamartine est un régal.

En quoi un discours de Robespierre peut-il être accolé à celui de Simone Veil, deux cents ans plus tard?
Ce qui les réunit, c’est la nécessité d’être dit! On ne saute pas deux siècles, on reste sur la même énergie, la même implication vitale de s’engager au risque de son intégrité physique. Au lendemain de son discours à l’Assemblée, Robespierre était exécuté!

Quel fut votre challenge de mise en scène, dans un format si sobre?
Mon boulot était justement que les gens ne voient pas la mise en scène et se sentent en proximité directe avec l’orateur et son texte. Du brut. A Paris, on a constaté des mouvements parmi les spectateurs: la force d’expression de Didier et la puissance des mots doivent déranger, créer de la tension. (24 heures)

Créé: 15.09.2017, 14h19

Le spectacle

JoeyStarr félicité par Le Figaro: qui l’eût cru? Le barbare des banlieues craint par la France bourgeoise, qui heurta le politiquement correct par le seul nom de son groupe de rap, Suprême NTM (pour Nique Ta Mère), qui chanta Paris sous les bombes avant de devenir un héros des pages faits divers pour drogues et violences domestiques, poursuit sa réhabilitation de comédien doué avec Eloquence à l’Assemblée, créé à Paris.
Au cœur de la République, pas moins! Lors de rares interviews, Didier Morville au civil, décrit comme un acte citoyen cette façon de plonger dans les grands discours du patrimoine politique et moral de la France, récitant seul en scène, avec sa voix d’ogre, des textes de Victor Hugo, de Simone Veil, de l’abbé Grégoire, d’Aimé Césaire, de Malraux ou de Robespierre.
Le «bad boy» avait déjà joué les flics dans l’excellent Polisse: le voilà qu’il se fait tribun, pour l’amour de malaxer la belle langue.
Victor Hugo («L’époque où vous êtes est une époque riche et féconde; ce ne sont pas, Messieurs, les intelligences qui manquent, ce ne sont pas les grandes aptitudes; ce qui manque, c’est l’impulsion sympathique») ou JoeyStarr («Ce soir faut que ça brille, faut qu’on enquille, je veux du freestyle, je veux que tu stimules mon côté bestial»), deux manières d’appeler à l’action!

Pully, Octogone

jeudi 21 septembre (20h30)
Tél.: 021 721 36 20
Loc.: Fnac et aux guichets du théâtre

www.theatre-octogone.ch





























































Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actu croquée par nos dessinateurs, partie 4

Ce week-end à Lausanne, les coureurs du semi-marathon et du marathon se verront proposer une bière (sans alcool) à l'issue de la course. Les organisateurs suivent ce qui se fait en Allemagne ou en Suisse alémanique. Car la bière est isotonique, riche en vitamines B10 et B12, et passe mieux que certaines autres boissons.
(Image: Bénédicte) Plus...