Johnny prend Paléo à grand coup de rock

CritiqueJeudi, le grand champion du trémolo post yéyé a choisi le format sobre pour attaquer la Grande Scène. Résultat rustique, sans chichi, efficace, honnête comme jamais.

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Un jet de fumigène, une lumière, puis la silhouette familière du grand gars au cheveux sans âge. Il ne fallait pas plus d'effets pour introduire Johnny Hallyday au public de Paléo, jeudi en tête d'affiche de la soirée la plus rock'n'roll de cette 40e édition.

Après le néo surf rock des Genevois Duck Duck Grey Duck, après le blues trash de leurs concitoyens Hells' Kitchen, en passant par le blues tout court mais très rock également de Gary Clark Jr puis, enfin, le rhythm'n'blues vieux style de Ben Harper, que ne voulait-on encore pour parfaire à cet alignement de musiciens en prise avec l'histoire musicale du Delta ? Johnny, ce bon vieux canasson qui ne dit jamais assez son attachement aux racines, arrivait donc ce soir-là non pas en messie de la cantate cotonnière, ni même en virtuose des gammes pentatoniques - auquel cas, ses seize accompagnateurs, guitariste, organistes, harmoniciste, cuivres, choeurs et tambours, faisaient largement l'affaire - mais tel qu'en lui-même, naturellement porté vers l'idiome rock.

Il est venu sur l'Asse il y a 19 ans déjà, saluant le public du cru par un « Bonsoir Genève » d'anthologie. Il est revenu en format hyper hexagonal pour tenter de convaincre de sa carrure bonne à faire les stades. Grande pompe, grandes orgues, braillements intempestifs, romance à deux francs six sous... Les fans adoraient le Johnny s'en-va-t'-en-guerre des années cloutées. Les mêmes étaient - mais pas seuls et de loin - présents jeudi à Paléo. Pour découvrir, avec les autres, les tièdes, les curieux, les amateurs d'autre chose, un chanteur rendu à sa matière première. Le rock, donc, en tenue de chauffeur graisseux. Guitare, basse, batterie et claviers en guise de cadre, simple comme d'antan. Johnny, l'homme des circonstances extraordinaires, l'athlète des scènes géantes, allait-il s'adapter ?

Il a balancé du Chuck Berry (O Carole), des Beatles (Got to Get You into my Life, traduit en 1966 en Je veux te graver dans ma vie), Le pénitencier bien sûr, et puis encore et encore ces traductions anciennes du rock américain qui faisait fureur au tournant des années 50 et 60. Ce qu'il faut retenir de pareil choix? «Ces dix dernières années encore, l’éternel sauvage figé dans le strass du?showbiz n’a certes jamais manqué de voix. Les excès, le pathos, toutes choses poussant les refrains vers le catalogue plombé de la variété sans fond, en revanche, le chanteur en a carrément eu en surplus.» Or, ce soir-là, à Paléo, Johnny s'est conformé aux règles du rock. Face à celui qui annonce à chacune de ses apparitions, et depuis des lustres, avec ou sans décorations post romantiques, post-apocalyptiques, que « toute la musique vient de là, vient du blues », croiser sa toison à peine élimée de grand mâle dominant en format soudainement si humble, et noble, faisait plaisir à voir.

Il y eut bien encore un Que je t'aime, mais toujours dans ce même esprit, carré, sans effet de manche, ou si peu. Quant aux derniers efforts studios du chanteur, dûment coachés par de jeunes mercenaires plus ou moins fameux, ce Au café de l'avenir (« Je me suis mis minable... ») valait bien son quota d'électricité à l'ancienne. A Paléo jeudi, Johnny Hallyday, ce roublard de 72 ans, s'est remis à l'essentiel, prenant l'Asse presque par surprise dans ce qui ressemblait à un lâcher prise salvateur. Comme une seconde jeunesse. La dernière sans doute.

Créé: 24.07.2015, 07h23

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