Un Johnny raide du bassin

MusiqueDisque surprise «De l’amour» tire sur les racines rockabilly de l’idole. La bonne idée se dilue dans une production mal inspirée et trop sage.

Johnny, toujours sur la route du rock(abilly), mais sans accélérations excessives…

Johnny, toujours sur la route du rock(abilly), mais sans accélérations excessives… Image: AFP

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Sur un tempo de contrebasse, Johnny revient. Rockabilly, le renard de 72 ans! Joli coup. On ne s’attendait pas à un hommage à sa jeunesse, tout comme on n’avait pas anticipé ce nouvel album. Annoncé à la surprise de ses fans le mois passé, ce 50e effort studio (!) paraît une année après le convenu (mais fort rentable) Rester vivant , grassouillette variété rock produite par l’Américain Don Was. De l’amour, la ruade 2015 du parrain français, a été enregistré en dix jours à Los Angeles. Mais son compositeur et producteur vient du pays du yé-yé et se nomme Yodelice. C’est là qu’est l’os, dirait Bourvil, à peu près autant rockabilly dans La grande vadrouille que le musicien susnommé. Mais reprenons.

Johnny, donc. Une légende. Le patron qui, dès 1960, remua du bassin dans l’Hexagone et fit le premier «bi bop euh loula» devant la jeunesse en furie. Vince Taylor, Eddie Cochran, Bill Haley, Gene Vincent, Elvis bien sûr, il les a tous écoutés, et repris pour la plupart. Tant pis si le rockabilly originel du «King», franchi l’Atlantique, se popularisa en inoffensive vague «twistée» dont Johnny fut roi. L’oiseau a beau avoir ensuite flirté avec toutes les modes, il conserve auprès des foules et de l’histoire une authenticité rock indéniable. Graver son 50e geste studio dans le bois du rock’n’roll blanc, puiser à sa propre jeunesse, étonner son monde avec un éclat bravache et sans artifices, autant d’excellentes idées qui auraient pu donner un grand disque et illuminer une année faste (Johnny a donné deux concerts en Suisse et annoncé sa venue à Sion l’été prochain).

Le décor fifties y est

La chanson-titre fait l’introduction et résume le malaise. Rythmique matoise, slap de contrebasse, sonorités acoustiques, déroulés de blues tonique, tout le décor fifties y est. Mais le décor seulement. «On pensait qu’on était partis pour des années/comme le boulot qu’je venais de trouver/Mais la patronne ne peut plus embaucher/il ne me reste plus qu’un seul projet: de l’amour, de l’amour, de l’amouuur (ad lib.).» Les paroles sont un tel amas de clichés que Johnny les susurre du bout des lèvres, qu’il a larges. Miossec avait déjà épuisé tous les stéréotypes de la Suisse sous la neige quand il avait prêté sa plume au Genevois Polar. Avec Johnny, il bat des records de niaiserie dans le genre prolo-qui-va-turbin-mais-c’est-pas-facile. D’autres auteurs (Delerm, notamment) s’en tirent mieux.

Hélas, tous se heurtent à Yodelice, compositeur et arrangeur de l’album qui commença dans le métier en gourou du girl band L5 avant de composer le R&B le plus franchouillard pour le navet Alive, en 2003. Depuis, il se rêve en ténébreux rock, féru de Hendrix et de Johnny Cash. Offert à une telle girouette, le disque confond inspiration et imitation: chaque chanson évoque une autre plus connue, dans ses ambiances ou dans ses riffs. Chercher l’influence en devient ludique. Dans la peau de Mike Brown doit tout à L’enfant roi de Noir Désir, Tu es là remercie Love Me Tender d’Elvis, Avant de frapper évoque Be-Bop-A-Lula de Gene Vincent, L’amour me fusille fait sonner ses trémolos de six cordes à la façon du Bang Bang de Nancy Sinatra, Des raisons d’espérer nagent dans La nouvelle vague de Richard Anthony, elle-même reprise des Three Cool Cats des Coasters, Mon cœur qui bat claque sa gratte comme Desire de U2… ouf!

Face à cette devanture de colifichets rock’n’roll, Johnny Hallyday se la joue discret, comme gêné. Il offre des prestations vocales limites, essoufflées sur Mike Brown ou mélodiquement pauvres sur Valise ou cercueil. Un peu de rage, un peu de crasse et de sueur auraient pu rendre l’ensemble plus captivant et attiser l’urgence revendiquée de l’enregistrement. Mais la production, sage et proprette, fige au contraire le disque dans son glacis de superficialité, parvenant à aseptiser le seul (mais immense) élément rock’n’roll en sa faveur: Johnny lui-même. Un exploit.

Créé: 15.11.2015, 09h21

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