Le judoka a troqué le tatami pour les planches

PortraitLe Lausannois Didier Borel a lâché sa ceinture marron de judo pour la comédie musicale. Il joue, chante et danse en Allemagne.

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Serait-il tombé enfant dans le chaudron? Son grand-père, le philosophe Jean-Claude Piguet, fut l’interlocuteur privilégié d’Ernest Ansermet. Marjolaine, sa mère, s’est investie dans la formation des jeunes danseurs. Sa sœur Clémentine fut ballerine. Ses frères Renaud et Julien sont respectivement compositeur et magicien. Pourtant, ce n’est que sur le tard, à 16 ans, que Didier découvre la comédie musicale. Certes, il a bien pris des cours d’improvisation théâtrale et de piano. Mais c’est au judo que, dès l’âge de 6 ans, il a consacré l’essentiel de ses loisirs. «Ceinture marron, j’étais à deux doigts de passer ceinture noire.» Bon sang ne saurait mentir. Thierry, son père, est maître d’éducation physique.

Alors pourquoi ce garçon athlétique abandonne-t-il le tatami pour les planches? «En dernière année de gymnase, une camarade de classe m’a suggéré de suivre un cours de comédie musicale. Son école, à Moudon, cherchait des garçons. Je ne savais pas où se trouvait Moudon! Et je ne savais ni chanter ni danser.» La jeune fille insiste tant qu’il finit par accepter de l’accompagner. Mais au dernier moment il se ravise. Coup de fil pour la prévenir. «Ah non! Tu ne peux pas me faire ça. J’ai annoncé à ma professeure que j’amenais un garçon.» Sans oublier de lui signifier qu’elle lui «casse les pieds», il cède.

Les dés sont jetés. «En définitive, j’ai passé un super moment à tenter de chanter le numéro d’ouverture du «Roi lion». Suivait un cours de théâtre où l’on devait imaginer une scénette sur «Aline», la rengaine de Christophe.» C’est à cette occasion qu’il fait la connaissance des professeurs Céline Rey et Frédéric Joye. Viendra ensuite celle d’Ursula Perakis, la directrice, qui le réquisitionne pour une première comédie musicale, «La boum». «Je stressais durant toute la première partie du spectacle à l’idée de la strophe que j’avais à chanter dans la seconde…» Didier décide de travailler son chant. Cours privés avec Aude Gilliéron; puis Conservatoire de Lausanne avec Brigitte Annoff. Pour autant, il n’envisage pas une carrière professionnelle. Il entame des études de lettres. Mais réalise bien vite que l’université ne lui convient pas.

«Les misérables», signe du destin

Lui qui croit aux signes du destin en lit un dans l’invitation qui lui est faite d’auditionner pour une production des «Misérables», à Fribourg. «Je me suis dit que si j’étais retenu, je me lancerais à fonds dans la comédie musicale.» Il est engagé. C’est là qu’il rencontre Filipe Resende. Filipe joue Jean Valjean, Didier Marius. «Didier est très engagé dans son métier. Il en veut vraiment. Le milieu de la comédie musicale est assez compliqué. Autant dire qu’on apprécie d’avoir un ami artiste comme Didier, loyal et fidèle, en qui l’on peut avoir confiance.» Les deux garçons ne se perdront plus de vue. Ils se retrouveront plus tard, avec notamment Aude Gilliéron, dans le cadre du Printemps Sondheim, à Lausanne et à Montreux; du nom d’un des plus célèbres auteur et compositeur de musicals.

Pour l’heure, Didier décide de ne plus rêver sa vie, mais de la bâtir! Avec le soutien de ses parents, il entend poursuivre sa formation dans une grande école. Il auditionne à Hambourg, à Vienne et à Berlin. «J’étais très naïf. Je ne me doutais pas que pour 10 places disponibles, il y avait 200 ou 300 candidats!» Bingo! L’Université des arts de Berlin lui ouvre son cursus Musical/Show. Sans hésitation, il part s’installer dans la capitale allemande.

Le fait est que Didier parle couramment l’allemand. À l’âge de 15 ans, de son propre chef il va le perfectionner à Hambourg. «Que ce soit dans ma famille d’accueil ou à l’école, j’entendais et parlais allemand du matin au soir. Mon seul moment de répit, c’était les cours de français! J’ai beau avoir des dispositions pour les langues, ce fut une année assez difficile. Mes parents se souviennent de mes larmes au téléphone.»

Sa maturité bilingue en poche, Didier Borel souhaite s’initier à l’espagnol et améliorer son anglais. Deux mois seul au Chili, puis un mois à New York entre une école de langue et le Broadway Dance Center. Peu avant, il a été retenu pour «West Side Story», à Fribourg encore. «Noam Perakis et Céline Rey avaient les rôles principaux, Tony et Maria. Moi, j’étais Riff, le chef de la bande des Jets.» Que Frédéric Brodard, autre artiste romand de comédie musicale installé à Paris, entreprenne de lui montrer les dures réalités du métier – miniappartement, budget serré, périodes sans travail… – n’entame en rien son enthousiasme.

Claquettes, solfège et diction

Didier se sent donc prêt à affronter les quatre années d’enseignement de son école berlinoise. «C’est 10 heures du matin – 10 heures du soir, six jours par semaine. Il faut y aller à fond jusqu’à n’en plus pouvoir.» Danse classique, danse jazz, danse moderne, claquettes, acrobatie, solfège, chant, piano, diction, théâtre… Le programme est extrêmement chargé. S’y ajoutent de petits projets à monter et, en fin de formation, la participation à de grands spectacles donnés en public. Dans «Lieber tot», d’après «Roméo et Juliette», il est à la fois Roméo et Mercutio; dans l’opérette de Paul Abraham «Blume von Hawaii», il campe un chanteur de jazz; et un souteneur dans «Welcome to Hell», à l’Opéra de Neukölln. Depuis peu, plein d’enthousiasme, d’humour et d’énergie, il joue, chante et danse un astronaute dans «Mars 2036», au Stadttheater de Klagenfurt. Et caresse de beaux projets sur lesquels il reste discret. Au théâtre, prudence ou superstition, on ne parle des contrats que lorsqu’ils sont signés…

Créé: 08.01.2020, 09h59

Bio Express

1995 Naît le 12 décembre à Lausanne.
2011 Part à Hambourg perfectionner son allemand.
2012 Commence sa formation en comédie musicale avec Ursula Perakis, à Moudon.
2013 Premier show, «La boum», et cours de chant avec Aude Gilliéron.
2014 Poursuit sa formation en chant au Conservatoire de Lausanne (Brigitte Annoff).
2015 Entreprend à Berlin une formation complète en comédie musicale.
2018 Au terme de son cursus, participe au spectacle «Welcome to Hell» à l’Opéra de Neukölln.
2019 Au sein du Collectif Sondheim, joue et chante dans «Sweeny Todd» à Lausanne et «Sondheim l’Essentiel» à Montreux. Enchaîne avec «Mars 2036» à Klagenfurt.

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