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Au Jura, à Baulmes, la vie résiste au temps

L'établissement a perdu sa clientèle du soir, mais les fidèles affluent toujours.

Christiane Riedo et Paolo Giuliacci tiennent le dernier bistrot de Baulmes. En 1992, ils ont repris le Café du Jura, connu pour le vitrail qui encadre sa porte d’entrée.
Christiane Riedo et Paolo Giuliacci tiennent le dernier bistrot de Baulmes. En 1992, ils ont repris le Café du Jura, connu pour le vitrail qui encadre sa porte d’entrée.
JEAN-PAUL GUINNARD

Difficile de le manquer. Quand on arrive au Café du Jura, c’est sans doute la première chose que l’on voit. Ou la deuxième si notre regard a d’abord été accroché par les crêtes des Aiguilles-de-Baulmes devant lesquelles l’établissement dresse sa façade Belle Époque comme un arbre qui tente de cacher la forêt: le vitrail qui sertit la porte d’entrée du dernier bistrot du village a fait sa réputation. Il n’avait du reste pas échappé à la plume alerte de notre confrère Gilbert Salem, voilà une douzaine d’années. Dans «Pintes vaudoises, un patrimoine en péril», le journaliste lausannois y relevait l’impression colorée que la vaste œuvre réalisée en 1922 par Guignard et Schmit laisse en fin de journée: celle de se retrouver à l’intérieur d’une lanterne magique quand la lumière du soir traverse ses carreaux. On y voit des scènes champêtres, l’une agricole, l’autre viticole, comme pour rappeler que Baulmes possède, au lieu dit Le Bochet, ce qui est peut-être la vigne la plus haute en altitude du canton. Son raisin est vinifié à la cave des Treize Coteaux, à Arnex-sur-Orbe, dont les crus habillent la carte du Jura et délient les langues des clients.

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Pourtant, à l’heure de l’apéro, ils sont de moins en moins nombreux à pousser la porte de cet établissement initialement baptisé Hôtel du Globe. Les patrons, Christiane Riedo et Paolo Giuliacci, ne sont que trop bien placés pour le savoir, eux qui se sont installés derrière le comptoir de bois en 1992. «Il y a les gens du village qui viennent pour le café du matin, les ouvriers des entreprises locales qui passent avaler le menu du jour. Et puis il n’y a plus les clients du soir», soupire Christiane Riedo qui ne cuisine désormais les soupers que sur demande, ou à l’occasion de soirées spéciales «tripes», ou «chasse», par exemple. Elle énumère comme une litanie le 0,5‰, l’interdiction de fumer… et les natels qui ont fait fondre la clientèle comme la neige au soleil du printemps. «Avant, on avait rendez-vous au bistrot, maintenant on règle tout par SMS ou WhatsApp…»

Le tableau est certes plus sombre que le vitrail qui lui fait face, surtout si l’on considère que les propriétaires du Jura n’ont pas le sentiment d’avoir récupéré tout ou partie de la clientèle du Café de la Baumine, fermé voilà trois ans.

«En prenant le café, j’apprends les potins du village, qui ne sont jamais médisants»

Mais quand reviennent les beaux jours, la petite terrasse installée devant l’entrée est tout de même souvent pleine. On y est bien, avec le glougloutement apaisant de la fontaine toute proche et le doux babil de la Baumine – le ruisseau cette fois-ci – qui coule juste à côté et passe même sous les pieds des clients sans qu’ils s’en aperçoivent. La position est stratégique pour discuter avec les promeneurs et vététistes de passage, qui partent à l’assaut des pentes boisées du Jura, en direction du col de l’Aiguillon ou du Mont-de-Baulmes. Plus tard dans la journée, on peut aussi observer les Baulmérans qui rentrent au bercail après une journée de travail. «Moi qui suis plutôt casanier, j’y viens de temps en temps le matin pour boire mon café. Du même coup j’apprends les potins du village. Mais sans aucune médisance», glisse Éric Deriaz. Comme s’il avait entendu l’agriculteur, Pierre-André Bovet – un client venu de Chavornay et installé deux tables plus loin – reprend: «Ici, les tenanciers sont discrets. Et c’est appréciable.»

Assis à la «table ronde» – rectangle dans cet estaminet – Éric Deriaz reprend: «Venir ici, c’est aussi l’occasion de croiser les copains, mais ce matin, je ne sais pas où ils sont…» Et de se raviser tout sourire, en voyant Philippe Perusset, agriculteur lui aussi, pousser la porte d’entrée. Il y vient pour parler travaux agricoles. «Et lire les journaux. Enfin, ce qu’il en reste…» La dernière page tournée, il aura tout loisir de contempler la collection de poivriers exposée par la patronne dans une armoire vitrée, au mur où trônait autrefois le portrait d’Henri Guisan. Le général faisait face à une photo de chasse, qui rappelait que les disciples de St-Hubert avaient leur stamm ici. «Aujourd’hui, les sociétés ne viennent plus tellement», glisse Paolo Giuliacci. Ils sont pourtant nombreux au village à craindre la disparition du dernier troquet. «Il doit subsister pour maintenir un peu de vie sociale. Mais la plupart de ceux qui le pensent ne viennent jamais», conclut Jean-Luc Vagnières.

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