Passer au contenu principal

Kimou Meyer, le graphiste romand qui tutoie Converse

L’artiste, connu sous l’alias Grotesk, s’est taillé une jolie place dans le monde du streetwear. Récit d’une réussite new-yorkaise.

«Darwin was a baller», l'installation réalisée par Kimou Meyer dans le magasin Converse de Manhattan.
«Darwin was a baller», l'installation réalisée par Kimou Meyer dans le magasin Converse de Manhattan.
DR
«Darwin was a baller», l'installation réalisée par Kimou Meyer dans le magasin Converse de Manhattan.
«Darwin was a baller», l'installation réalisée par Kimou Meyer dans le magasin Converse de Manhattan.
DR
Joachim Meyer tel qu'en lui-même.
Joachim Meyer tel qu'en lui-même.
Justin Hogan
1 / 7

Dix-sept ans d’exil américain ne l’ont pas libéré de ses charmantes inflexions genevoises. Mais si la voix de Kimou Meyer, au téléphone, trahit sa naissance carougeoise, son travail s’est tricoté aux pelotes de la culture de rue new-yorkaise. Débarqué dans la Grande Pomme en 1999, à l’âge de 25 ans, le graphiste a signé, dès ses débuts, un parcours professionnel sans faute, collaborant avec tout ce que la mode urbaine et sportive compte de grands noms, de Nike à Spike Lee.

Dernier trophée épinglé du bout de son crayon à son tableau de chasse: Converse. La marque culte l’a invité à imaginer des motifs destinés à habiller la légendaire basket montante Chuck Taylor. Le fabricant de chaussures a en outre donné carte blanche au designer romand pour une installation artistique dans son magasin de SoHo, à Manhattan. Les chanceux et les voyageurs peuvent y contempler ce vaste ensemble de sculptures de bois, intitulé Darwin was a baller, jusqu’au 4 avril.

Grand bain de bricolage

Cette toute récente création constitue en quelque sorte un retour aux sources pour Kimou Meyer. «Mes parents étaient maquettistes, raconte-t-il. Ce sont eux qui ont réalisé une bonne partie du projet de la grande maquette de la Ville de Genève. Notre maison respirait l’art et la culture, et j’ai baigné dans une ambiance d’atelier et de bricolage depuis tout petit.»

Une fois sa matu artistique en poche, Joachim poursuit sa formation à l’Ecole nationale des arts visuels de La Cambre, à Bruxelles. Le succès le cueille durant ses études déjà, quand il remporte, en 1998, le concours d’affiches du Paléo Festival. «Ça a été une opportunité formidable, qui m’a permis de me familiariser avec la conception d’objets pour la scène, par exemple, ou d’apprendre à dialoguer avec un client.»

Dix-huit mois plus tard, son talent le catapulte outre-Atlantique. Impressionné par son travail de diplôme, un membre du jury, par ailleurs directeur créatif du studio Base Design, lui propose de participer à l’ouverture d’une filiale à New York. «Un rêve de gamin pour moi. J’étais très investi dans la musique hip-hop et dans le monde du skateboard, se souvient celui qui sévissait également en tant que DJ, à l’Usine, entre autres. Aller à New York, c’était comme visiter La Mecque!»

Plongé dans un univers trépidant, Kimou fait valoir son trait épuré de graphiste helvète, fort respecté à l’étranger. «J’étais le Suisse de l’agence, sourit-il. Ici, on est vu comme des footballeurs brésiliens!» Parallèlement aux mandats institutionnels qu’il réalise dans le milieu du luxe et de la mode, le designer ne néglige pas ses amours alternatives, se liant avec des graffeurs et élaborant, en freelance, t-shirts et skateboards pour des marques underground. «A cette époque, ma femme a commencé à travailler pour la boutique Alife, le premier concept store new-yorkais, explique le quadragénaire. L’artiste de rue Banksy y a passé et j'y ai croisé des tas de gens qui m’ont permis de faire des rencontres déterminantes.»

C’est aussi dans cet environnement que naît son pseudo: Grotesk, un clin d’œil à la police de caractère dont provient l’Helvetica, symbole de la typographie suisse, doublé d’une allusion à certaines situations caricaturales que le designer vit dans l’univers fashion. Milieu dont il se lasse rapidement. En 2001, il saute donc sur la proposition que lui fait le graffeur Marc Ecko de devenir directeur artistique chez Ecko Unlimited, sa griffe de vêtements. Kimou Meyer continue d’y enrichir son carnet d’adresses et y développe des collaborations avec le réalisateur Spike Lee ou le rappeur 50 Cent.

Le temps de la réflexion

Après trois ans, un chouïa désenchanté des pantalons baggy, Grotesk accepte un poste chez Zoo York, une marque de skateboards propriété d’Ecko. «Entre 2004 et 2007, j’ai pu créer un fantastique réseau d’artistes, souligne-t-il. C’est là que j’ai fait mes premiers pas avec Nike, puis Converse, tout en continuant à dessiner des centaines de t-shirts.»

Lorsqu’en 2007, la compagnie est vendue aux Chinois, Kimou, devenu père par deux fois, en profite pour souffler un peu. Après un temps de réflexion, il fonde, avec deux partenaires, l’agence créative Doubleday & Cartwright, spécialisée dans le sport et la culture, devenue fissa aussi prospère que les précédentes entreprises du génial illustrateur – une succursale s’est ouverte à Los Angeles en 2012. «Ça a été un moment clé dans ma carrière. Maintenant, j’emploie des Américains qui font du design suisse mieux que moi! J’ai trouvé l’équilibre, le boulot que je fais à l’agence me permet aussi de me faire plaisir dans mes projets personnels.»

A l’instar de son actuelle mission pour la marque Converse. «En été 2015, j’avais participé à son programme Blank Canvas à Boston, qui invite des artistes à peindre des murs dans des quartiers défavorisés. Ma fresque lui a plu, alors elle m’a proposé les chaussures.» Eléphants biscornus, autruches ventrues ou tapirs pressés, Grotesk a notamment imaginé, de son trait dépouillé et percutant, une faune croquignolette bien qu’étrange pour orner les souliers de toile. Deux motifs, disponibles en bleu roi ou en noir, peuvent être assemblés diversement, afin de personnaliser la basket.

Le bestiaire inventé pour Converse s’éloigne un peu de l’esprit urbain qui constituait l’ordinaire de Kimou Meyer. Un signe de maturité? «Je suis un peu fatigué du rap et de tous ces petits personnages de rue, concède le résident de Brooklyn. Mais quand on aime cette culture, on reste ado pour la vie…»

grotesknyc.com

Cet article a été automatiquement importé de notre ancien système de gestion de contenu vers notre nouveau site web. Il est possible qu'il comporte quelques erreurs de mise en page. Veuillez-nous signaler toute erreur à community-feedback@tamedia.ch. Nous vous remercions de votre compréhension et votre collaboration.