Le Kunstmuseum de Bâle s'agrandit et montre l’exemple

Musée L’institution inaugure ce week-end un nouveau bâtiment conçu en harmonie avec l’ancien, qui a été rénové.

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C’est un petit événement dans le monde des musées: le Kunstmuseum bâlois inaugure ce week-end un nouveau bâtiment, et la rénovation de son édifice principal. Alors que Genève a refusé en votation populaire le projet de rénovation et d’agrandissement du Musée d’art et d’histoire, la ville rhénane a réussi à mener le sien à bien, en respectant délais et budget, et sans subir de référendum. Ce n’est d’ailleurs pas le seul musée suisse à s’agrandir.

Mais il faut dire que les Bâlois ont eu de la chance. Héritière de l’entreprise pharmaceutique Roche, Maya Oeri a payé la moitié de la facture de l’extension, soit 50 millions. Le Canton de Bâle-Ville a pris en charge les autres 50 millions. La mécène a même acheté la parcelle sur laquelle s’est érigé l’édifice, pour 20 autres millions. Sans demander de contrepartie.

Faire rayonner la ville

Les autorités ont donc de quoi se réjouir. Et elles ne s’en sont pas privées lors de la présentation à la presse. «Le nouveau bâtiment fera rayonner la cité dans le monde entier», estime Guy Morin, président du Canton de Bâle-Ville. Quant au directeur, Bernhard Mendes Bürgi, il a souligné à quel point cette étape était nécessaire pour l’institution.

Construit en 1936, le Kunstmuseum a été conçu uniquement pour accueillir de manière permanente sa vaste collection, qui va du XVe au XXIe siècle. A chaque exposition temporaire, il fallait donc enlever des œuvres, pour les raccrocher ensuite. En outre, la collection s’agrandit constamment. En 1980, une annexe dédiée à l’art contemporain a été édifiée, à cinq minutes à pied du musée. Mais cela ne suffisait plus. En 2008, la décision est prise de construire une extension.

«Il fallait que le nouveau bâtiment soit proche de l’ancien, qu’il entre en dialogue avec lui sans l’éclipser, et qu’il s’affirme dans le contexte urbain», précise le directeur. Le concours international a attiré 200 participants du monde entier, mais c’est un bureau bâlois, Christ & Gantenbein, qui l’a emporté.

Comme un couple

«Dès le départ, nous avons considéré les deux bâtiments comme un couple, dialoguant d’égal à égal», explique l’architecte Emanuel Christ. Les références à la construction principale se multiplient: à l’extérieur, le coin en saillie, la teinte grise, ainsi que l’accent sur les lignes verticales. L’escalier monumental, le revêtement de marbre et de plâtre brut, le parquet de bois, les ouvertures vers l’extérieur, le contraste entre les lignes et les courbes, tout cela se trouve déjà à l’intérieur de l’ancien édifice.

La jonction se fait en sous-sol. Pas avec un simple tunnel, mais de vrais espaces peuplés d’œuvres d’art, qui servent également de foyer. «C’était important d’établir un lien spatial et fonctionnel entre les deux lieux, souligne Emanuel Christ. Cela se répercute dans le langage architectural, situé en continuité. Le nouveau bâtiment parle la même langue que l’ancien, mais il raconte une autre histoire.»

Un espace à forte présence physique

Car la construction possède sa propre personnalité, même si on est loin du geste architectural qui en met plein la vue. Plutôt massive, elle est animée d’une frise constituée de lumières LED situées dans les interstices des briques. «Nous avons choisi un langage universel, comme hors du temps, conçu pour durer, précise l’architecte. Un croisement entre un container pour l’art et un palais baroque.»

A l’intérieur se dévoile un camaïeu de gris, entre marbre, acier brossé, plâtre et béton. Le plafond parcouru d’arêtes et les lattes du parquet créent un rythme discret et donnent un cadre harmonieux et paisible. Les architectes ont préféré des murs fixes, créant des salles de tailles variées, à des cloisons mobiles. «L’architecture laisse la priorité à l’art, mais elle ne se cache pas pour autant, commente Emanuel Christe. Les œuvres voient leur intensité renforcée dans un espace qui a une forte présence physique.»

Un écrin à la mesure du musée

L’exposition inaugurale, Sculpture on the Move, s’intègre fort bien dans les lieux. La diversité des matériaux des sculptures fait écho à celle de l’architecture. Ce panorama du médium, de l’après-guerre aux années 70, montre son évolution et sa diversification, entre abstraction et représentation des objets du quotidien. Forcément subjective, la sélection comporte des œuvres de grands noms comme Giacometti, Calder, Beuys ou Koons.

Au milieu du parcours se glisse un étage consacré à l’accrochage permanent de la collection du musée, allant de 1950 à 1990. On y trouve notamment des Rothko, Warhol, Lichtenstein et Richter. En tout, 2555 mètres carrés d’exposition ont été ajoutés. L’exposition temporaire se poursuit à l’annexe du musée, le Kunstmuseum Basel | Gegenwart couvrant la période des années 90 jusqu’à nos jours. L’occasion de voir cet autre rejeton du musée, au bord du Rhin. Trois bâtiments, il n’en fallait pas moins au Kunstmuseum pour obtenir un écrin à sa mesure… (24 heures)

Créé: 16.04.2016, 16h26

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D’autres musées suisses font des petits

Les musées bâlois et genevois ne sont pas les seuls à se retrouver à l’étroit dans leurs murs. Toutes les vénérables institutions suisses ont été, sont ou seront confrontées à ce problème. Alors qu’à Lausanne, la solution adoptée a été de créer un Pôle muséal tout neuf qui réunira trois musées près de la gare, d’autres villes ont préféré l’option de l’agrandissement.

A Zurich, deux institutions se trouvent dans ce cas de figure. Le Musée national suisse , ce drôle de château situé juste à côté de la gare, a choisi les mêmes architectes que pour l’extension bâloise, le bureau Christ & Gantenbein. Normal, dès lors, que le concept rappelle celui du Kunstmuseum de Bâle: un bâtiment contemporain qui s’inspire des formes de l’édifice historique. Il s’agit là d’un pont sculptural reliant deux ailes du château, d’une surface de 6100?mètres carrés. En parallèle, la bâtisse principale a été totalement rénovée, ce qui n’était pas arrivé depuis son édification en 1898. L’ensemble a coûté 111 millions de francs, dont 76 millions de la Confédération, 20 millions du canton de Zurich, 10 millions de la Ville et seulement 5 millions des privés. L’inauguration est fixée au 1er août prochain.

Quant à l’agrandissement du Kunsthaus de Zurich, le quatrième depuis son ouverture en 1910, il devrait être achevé en 2020. Le projet originel de l’architecte britannique David Chipperfield a été modifié, afin de tenir compte des oppositions et de passer la rampe de la votation populaire. Finalement, les Zurichois se sont prononcés en 2012 à 54% en faveur de la contribution de 88 millions de la Ville, sur un coût total de 206 millions. Le reste a été pris en charge par le Canton de Zurich, à hauteur de 30 millions, et des privés. Bloqués par un recours contre l’autorisation de construire, les travaux ont commencé en août 2015. La nouvelle aile, édifiée en face du bâtiment actuel, se présentera sous forme d’un rectangle monolithique. Elle doublera pratiquement la surface d’exposition, avec 5000 mètres carrés supplémentaires, ce qui fera du Kunsthaus le plus grand musée d’art de Suisse. Et surtout, elle permettra d’accueillir la célèbre collection Bührle, dont les œuvres impressionnistes attireront les foules…

Le monde des musées est décidément tout petit, puisque l’extension du Musées des beaux-arts des Grisons, à Coire, a été imaginée par les auteurs du Pôle muséal lausannois, le bureau barcelonais Barozzi Veiga. Son aspect très contemporain, un cube animé par un motif de grille, tranche radicalement avec le bâtiment ancien, une villa construite à la fin du XIXe siècle dans un style néoclassique. Le mécène zurichois Henry Bodmer a apporté 20 millions au projet, pour un budget total de 28,5 millions. Mais le nouveau bâtiment vient de subir un incendie qui risque de retarder son ouverture, prévue pour juin 2016.

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