Kurt Masur, l’adieu d’un géant

ClassiqueLe chef d’orchestre allemand s’en est allé ce samedi à 88 ans. Grande figure artistique et morale, il a marqué l’histoire d’un pays

Le chef d'orchestre allemand Kurt Masur s'en est allé.

Le chef d'orchestre allemand Kurt Masur s'en est allé. Image: Reuters/ Victor Fraile

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

C’était à tout point de vue une carrure imposante, Kurt Masur. De ses traits distinctifs , on remarquait d’entrée celui-là, si éclatant lorsqu’il foulait la scène et qu’il prenait place sur le podium: un physique considérable, aux dimensions athlétiques, et un visage large et bienveillant. Mais chez lui, il y avait le reste aussi, tout ce qui importait au fond, pour faire dire que, dans le paysage de la musique classique, le personnage comptait beaucoup: son envergure morale et intellectuelle et son parcours artistique qui, scruté aujourd’hui, a les allures d’un sans faute. Le chef d’orchestre allemand est donc entré à son tour dans le royaume des légendes qu’on célébrera longtemps encore, lui qui s’en est allé ce 19 décembre à Greenwich, dans le Connecticut. L’homme était âgé de 88 ans et souffrait depuis de nombreuses années de la maladie de Parkinson.

Que dire de son parcours sinon qu’il est intimement lié à l’histoire de quelques grands orchestres du Vieux Continent et d’outre-Atlantique? Kurt Masur est entré dans l’Olympe des maîtres de la direction à Leipzig, dès 1970. C’est là, à la tête de l’Orchestre du Gewandhaus (qui fut celui de Jean-Sébastien Bach et de Felix Mendelssohn) qu’il a façonné son aura et qu’il a fini par devenir l’un des «maestri» les plus recherchés. En vingt-sept ans de règne - de 1970 à 1996, soit une éternité musicale - il a encré ses protégés dans le répertoire germanique, en labourant les terres symphoniques de Beethoven, de Brahms, de Bruckner, de Mendelssohn ou de Schumann. Du premier, il avait une prédilection hors mesure, qu’on retrouve dans deux intégrales gravées avec le même orchestre, et par des considérations lapidaires: «Beethoven demeure le coeur de la musique symphonique, a-t-il déclaré un jour à la presse, chaque orchestre se trouve nu devant lui.» Ses exotismes se comptaient sur les doigts d’une main: Max Bruch, par exemple, compositeur insuffisamment considéré à ses yeux. Ou encore quelques Russes, dont Tchaikovsky, placé par dessus tous.

Chef souvent débarrassé de partitions et toujours défait de baguettes, Masur aurait probablement fait un grand pianiste si une malformation d’un tendon de la main droite ne l’avait obligé à se tourner vers d’autres horizons. Natif de Brieg, en Haute-Silésie (en 1927), dans une terre qui fut en son temps allemande et qui est aujourd’hui polonaise, le musicien comptait suivre les traces de ses soeurs pianistes. Et il pensait sans doute trouver là, avec les notes et les portées, une alternative à la vie d’électricien qui s’offrait à lui par le biais de son père. Avec ses prodigieuses facultés musicales, il finira par bâtir une carrière qui l’a vu triompher un peu partout. Son savoir faire a ainsi enluminé le New York Philharmonic Orchestra (de 1991 à 2002), le London Philharmonic (de 2000 à 2007) et l’Orchestre national de France (dès 2002 et à titre honorifique, jusqu’à sa disparition).

Le musicien aimait soutenir les jeunes talents et leur ouvrir les portes des grandes scènes. Des pianistes comme Hélène Grimaud ou Fazil Say, par exemple, lui doivent beaucoup. Kurt Masur avait pour lui, aussi, une stature morale. Un aura qui le plaçait au centre de l’agora politique et sociale allemande. Sa voix était écoutée, c’est un fait. Ce fut plus le cas durant les mois qui ont précédé la chute du Mur de Berlin. Alors que tous les lundis, le peuple de Leipzig - comme celui de Dresde et d’ailleurs en ex-RDA - descendait dans les rues pour réclamer la démocratie, Kurt Masur faisait de la salle du Gewandhaus un lieu de rencontre, de parole et d’échange apaisé. Ses appels au calme ont été salués et suivis. Avec son départ, le monde du classique perd ainsi une de ses dernières figures tutélaires. Et dit surtout adieu à un grand humaniste.

Créé: 19.12.2015, 21h31

Articles en relation

Le chef d'orchestre Kurt Masur est mort

Carnet noir Le chef d'orchestre allemand était âgé de 88 ans. Il avait longtemps dirigé le New York Philharmonic. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.