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Lars Kepler voit au-delà

Sous ce pseudonyme, un couple suédois collectionne les succès avec d'énergiques romans noir macabre. Question de vie ou de mort, il largue ses héros habituels et mate le surnaturel.

Alexander, 50 ans, et Alexandra, 51 ans, couple dans la vie et en polar.
Alexander, 50 ans, et Alexandra, 51 ans, couple dans la vie et en polar.
Thron Ullberg

Avec son allure de mutant androgyne translucide sorti de Twilight, Lars Kepler publie depuis 2009 de sanglantes enquêtes criminelles gorgées de cadavres et de tueurs en séries. D’où la surprise de Playground, une aventure qui flirte avec le surnaturel sur le mode maternel. Cette fois, pas de corps mutilés ou de zombies détraqués. Surtout, ce sixième roman exile les héros habituels, Joona Linna, le duo du flic introverti mais habile à faire causer l’hémoglobine, et de l’experte Saga Bauer, jolie comme un cœur et ronchonneuse patentée.

Depuis L’hypnotiseur, progressant dans les zones troubles de la conscience humaine grâce à des médiums et autres mages peu conventionnels, ce sexy tandem du bourru hypersensible et de la princesse finaude a développé une technique imparable. Leur succès, mondial, se chiffre en tirages millionnaires. Et pour cause, Joona et Saga ne tombent pas du ciel. Ils traînent même de lourds antécédents.

Ce mystère des origines s’est éventé aussitôt qu’ils furent inventés. Sous le pseudonyme Lars Kepler œuvrent des écrivains chevronnés, les époux Ahndoril. Désavouant un look lifté de play-boy mûrissant, monsieur a publié en solo une œuvre sérieuse, près d’une dizaine de romans, des scénarios, pièces de théâtre etc. Il possède même une respectable réputation de spécialiste du sombre réalisateur Ingmar Bergman.

Aussi inattendue sous ses apparences d’ancienne comédienne peu gratifiée par la gloire, madame a été primée pour ses biographies. Elle y débat entre Ptolémée et Copernic avec le penseur astronome et astrologue Tycho Brahe, évoque les secrets intimes de la légendaire Sainte-Brigitta de Suède. Dans Playground, les hypothèses sur l’au-delà puisent dans l’œuvre de ces glorieux fantômes. De quoi réveiller les morts.

Expérience de mort imminente

Grièvement blessée lors d’une mission au Kosovo, le lieutenant Jasmine Pascal-Anderson reste inanimée durant quarante secondes. Persuadée d’avoir vécu cet instant fatal dans l’au-delà, et non subi la banale conséquence hallucinatoire d’un arrêt cardiaque, la jeune femme craint de passer pour folle. Mais des souvenirs émergent, lui semblent tangibles. Elle se rappelle avec force d’une ville chinoise squattée par des gangs et des réfugiés, où il importe de sauvegarder le précieux visa pour un potentiel retour à la vie.

Quand son fils doit subir un arrêt cardiaque à des fins opératoires, la militaire veut l’accompagner dans ce dangereux territoire. Et elle ne peut s’empêcher de reparler de ses visions. Alors que les médecins diagnostiquent un délire psychotique, Jasmine, confortée par la mythologie asiatique, s’échappe de la logique occidentale.

A ce stade, le récit prend la tangente. Faiblesse de Playground, Lars Kepler se contente d’un formidable terrain de jeu. En arrière-plan, les questions paranormales demeurent mais ne provoquent plus vraiment. Paradoxalement, cette suspension de l’incrédulité mesure à la fois la force et la faiblesse de ces Suédois.

Mariés depuis plus de trente ans, Alexander et Alexandra - ça ne s’invente pas, avancent plusieurs mobiles quant à leur coquetterie patronymique. «Lars» rend hommage au regretté Stieg Larsson qui au tournant du siècle, révolutionna la littérature policière scandinave avec Millénium. «Kepler» salue l’astronome allemand, Johannes de son prénom (1571-1630), dont les travaux sur les orbites annonçaient Newton et la théorie de la gravitation.

Mission accomplie

Conjuguant la fibre journalistique et l’extrapolation scientifique, la griffe Lars Kepler matérialise ainsi leur ambition de jongler sur l’imaginaire plausible. Avec humour, les auteurs avouent aussi qu’à leurs débuts, ils s’engueulaient beaucoup et que la création de Lars Kepler a permis d’adoucir leur relation. «Nous avions tenté d’écrire à deux un livre pour enfants. Nous ne sommes jamais parvenus à nous entendre sur le style. On a failli divorcer!»

Sur leur site, plaisantant à peine, ils décrivent le lascar comme «un prof d’école barbu et pépère, avide de lecture, bossant dans un refuge de sans-abri la nuit et écrivant avec passion le jour». Plus que jamais convaincus de son existence, ils concluent: «Cet écrivain s’inscrit dans la tradition scandinave mais tente d’y insuffler un fort tempo cinématique. Il croit aussi que le roman noir est un répertoire optimiste puisqu’une fois le livre refermé, les mystères sont résolus, les coupables identifiés et l’ordre restauré.» Rassurés, Alexander et Alexandra peuvent rentrer à la maison. Leur complice a assuré une fois de plus la mission.

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