Les librettistes de la Fête des Vignerons prennent de la bouteille

RencontreLe chanteur Stéphane Blok et l’écrivain Blaise Hofmann concoctent le livret de la prochaine manifestation de cette tradition séculaire.

Au Café Romand, Blaise Hofmann et Stéphane Blok dominent leur sujet: la vigne et son travail. Sans oublier de prendre le coup de Calamin à la fin de l'entretien...

Au Café Romand, Blaise Hofmann et Stéphane Blok dominent leur sujet: la vigne et son travail. Sans oublier de prendre le coup de Calamin à la fin de l'entretien... Image: ODILE MEYLAN

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«J’ai beaucoup aimé le discours d’Alain Berset qui, pour parler du patrimoine immatériel, a mentionné l’appel des chamelles en Mongolie, avec des bergers qui leur chantent des chansons.» Vendredi dernier, le chanteur et écrivain Stéphane Blok n’a pas encore tout à fait atterri des hauteurs atteintes par les libations de la veille en l’honneur de l’entrée de la Fête des Vignerons dans la liste des traditions distinguées par l’Unesco. Mais c’est ragaillardi par cette rencontre à hauteur d’hommes avec un conseiller fédéral au verbe voyageur et poétique qu’il s’assied à une table du Café Romand à Lausanne, en compagnie de son collègue l’écrivain Blaise Hofmann.

Tous deux ont accepté la mission insigne de rédiger le livret de la prochaine édition de cette manifestation qui n’a lieu que quatre fois par siècle. «Elle est devenue un événement d’envergure nationale, poursuit l’artiste. Il faut revaloriser un certain régionalisme culturel, cela permet d’échapper au show-biz de la mondialisation et de prêter à nouveau plus d’attention aux richesses de notre région. Les traditions ont l’avantage de rapprocher des gens de milieux très différents.»

Morceau de patrimoine

«Ce n’est pas un hommage recroquevillé et conservateur au Pays de Vaud, rebondit son collègue Blaise Hofmann. Autrement, cela ne durerait pas depuis plus de quatre siècles. Cette fête parle du sol, de la terre, des éléments, dans un esprit qui est le miroir de cette région et la questionne.» L’écrivain de 38 ans sait de quoi il parle, puisqu’il est fils de vigneron, même s’il admet volontiers qu’il avait totalement esquivé la Fête de 1999, son imaginaire appelé à l’époque par des horizons plus lointains. De son côté, Stéphane Blok, 45 ans, fait figure de vieux fan: «J’avais vu la précédente, je rêvais d’écrire la suivante.»

Le rêve est donc devenu réalité. Mais comment aborder ce morceau de patrimoine, si cher aux Vaudois qu’il pouvait aussi en devenir écrasant? Les deux librettistes se réclament d’un travail d’équipe, orchestré par le «maître d’œuvre» incontesté, Daniele Finzi Pasca. «Nous nous sommes d’abord tous réunis – les compositeurs, mais aussi les gens de la lumière, du son, les costumiers – avec le metteur en scène Daniele Finzi Pasca, une éponge et un accoucheur», détaille Blaise Hofmann. «Il s’agit de nourrir les impulsions de départ avec des clefs, des dessins, des couleurs, prolonge Stéphane Blok. De donner le caractère d’une scène avec des mots comme «humus» ou «brume», par exemple. Nous cherchons une partition commune, même s’il ne faut pas oublier qu’il y a des figures imposées, le répertoire de la tradition. Mais, comme c’est toujours le cas, les contraintes nous libèrent.»

«Nous cherchons une partition commune, même s’il ne faut pas oublier qu’il y a des figures imposées, le répertoire de la tradition»

Abordant les strates et les personnages qui se sont multipliés au fil des versions passées, les deux librettistes ont préféré ne pas tout réinterpréter, mais choisir les figures les plus parlantes aujourd’hui. «C’est un répertoire dans lequel puiser», commente Blok, tandis que Hofmann ose un plus leste: «Certaines choses passent à la trappe!» Les quatre saisons du travail de la terre – Morax, en 1905, ouvrait son spectacle avec l’hiver – devraient ainsi se subdiviser au gré des nombreuses activités que réclame la vigne. A cela se rajoutera un fil narratif de dimension plus humaine. «Il y a le décor et une autre histoire, entre deux personnages, de deux générations différentes, relate Blaise Hofmann. Cela permet des dialogues, parlés aussi – il n’y a pas que du chanté –, de faire vivre l’esprit de la région, de s’identifier. Et d’émouvoir.»

Les deux librettistes se sont réparti les tableaux, échangent déjà avec les compositeurs et testent parfois certaines phrases avec des chœurs pour expérimenter les sonorités musicales. «Nous allons aussi nous relire», assure Stéphane Blok. Il reste encore du temps pour écrire, peaufiner, avant de déboucher l’ultime cuvée du texte, des textes, au printemps ou à l’été 2018 au plus tard. Pour l’heure, et même si les directives de la Confrérie des Vignerons vont dans le sens de cacher les excès de la bouteille, les deux compères commandent un demi de Calamin de circonstance. Santé!

Créé: 06.12.2016, 08h18

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Le livret vigneron

Qu’un seul homme établisse, via un livret, un fil dramaturgique à la Fête des Vignerons ne remonte pas à la nuit des temps. L’édition de 1905 est la première à bénéficier d’un tel traitement avec l’homme de théâtre René Morax. A l’époque, celui qui allait fonder le Théâtre du Jorat en assure aussi la direction artistique avec son frère. Car aux origines (mystérieuses, mais au moins depuis 1600), la Fête était un cortège. Il faut attendre 1797 pour qu’une estrade accueille un spectacle. La dramaturgie est prise en charge collectivement, sans chercher à construire un propos unifié mais en avançant par tableaux, jusqu’à ce que Morax en donne sa version. Pierre Girard lui succédera en 1927, Géo H. Blanc en 1955 et Henri Debluë en 1977, avant que son neveu, François Debluë n’en fasse de même pour l’édition de 1999. D’une certaine façon, la méthode de travail initiée par Daniele Finzi Pasca, qui associe deux librettistes à un travail collectif, renoue, mais de manière très contemporaine, avec des formes plus anciennes de la tradition.

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