Passer au contenu principal

«Le Livre sur les Quais a grandi si vite»

A la veille du 9e Livre sur les Quais à Morges, cofondatrice et directrice, Sylvie Berti Rossi ose l’autocritique. Entre rêves et paradoxes.

Le tout premier Livre sur les Quais, Sylvie Berti Rossi s’en souvient très bien. «Nous nous demandions comment tout cela allait finir, un salon monté et bouclé en quatre mois! Nous n’imagions même pas fêter un 10e anniversaire en 2019!» Et les péripéties n’ont pas manqué pour rendre le rendez-vous morgien toujours plus précieux aux amoureux du livre. La 9e édition affiche ses rituels traditionnels, foule d’auteurs et de lecteurs communiant lors de dédicaces, débats et autre croisières. Contre vents et marées, le succès ne s’est jamais démenti. Pourtant, l’angoisse taraude encore. «Le Livre sur les Quais a grandi si vite, nous avons peiné à suivre, à calibrer le budget annuel qui corresponde à nos ambitions.» Explications.

Fidélisant public et écrivains, Le Livre sur les Quais affiche un bulletin de santé impeccable de l’extérieur. Comment imaginer sa faillite?

En 2016, nous avons atteint un seuil critique. Au fil des éditions, la dette s’était creusée, se cumulant autour de 200 000 francs. Grâce au soutien de la Ville et du Canton, à l’arrivée de Grand Chelem Event SA dans l’organisation, nous avons remis le curseur à zéro l’an dernier. Financer un festival qui table sur la gratuité, c’est toujours la quadrature du cercle.

Pourtant, le syndic Vincent Jaques juge Morges plus reconnue pour le Livre que pour la Fête de la tulipe.

Certes, le rayonnement de Livre sur les Quais augmente, son image toujours plus forte à l’étranger rejaillit sur la ville et la région. Si le modèle existait, Le Livre sur la Place à Nancy par exemple, Morges possède désormais une place unique.

Mais le succès reste fragile, dites-vous. Un paradoxe, non?

Par rapport à un open air de cinéma ou un festival de musique, nous n’avons pas de billetterie, nous ne subissons pas le verdict d’un concert, d’une séance désertée par le public. Pour nous, les fluctuations se marquent au niveau des mécènes. Nous sommes à la merci d’un sponsor qui se retire. Cette difficulté à stabiliser les rentrées financières demeure, elle nous rend toujours vulnérables.

D’où les entrées payantes en 2017?

Et une mauvaise piste abandonnée.

Combien rapporte la vente de livres?

Jusqu’ici, la grande librairie, durant trois jours, a toujours très bien fonctionné. Néanmoins, elle ne rapporte que 10 à 12% du budget, soit environ 80 à 100 000 francs. Car les charges demeurent, les droits des éditeurs, la marge des diffuseurs, le coût logistique, transport etc.

Quelles sont les conséquences de l’arrivée de Grand Chelem Event SA?

La direction artistique reste dans les mains de l’équipe de programmation. Grand Chelem a compris qu’il fallait préserver notre style d’accueil des auteurs, le cadre typique des quais, tout ce qui au fond, nous singularise depuis le début.

Qu’en est-il des rentrées externes?

Grand Chelem gère désormais cet aspect qui, je l’avoue, nous échappait, alors que le lieu offre un gros potentiel. L’espace de restauration, avec les food trucks etc., peut constituer une rentrée financière mais aussi, renforcer la qualité de la visite. Sans concessions artistiques.

Comment se concrétisent ces nouveaux aménagements?

Nous avons réalisé que des tentes plus petites coûtent moins cher qu’un énorme chapiteau. L’an dernier, nous avions «spécialisé» chaque emplacement suivant un genre éditorial. A la réflexion, il vaut mieux brasser les disciplines, fiction et non-fiction. Par contre, la zone «littérature jeunesse» a été élargie, aérée, pour que les familles puissent circuler.

Les écrivains affichent parfois des ego exacerbés. Comment gérer?

Nous avons tendu à une attractivité maximale sur les deux tentes, même si certains auteurs stars, quand ils dédicacent, doivent évidemment disposer de tables plus vastes. Nous misons aussi sur des structures mobiles. La tente historique, celle du débarcadère, accueille les hôtes d’honneur, par exemple l’Italie ou la maison Grasset. L’autre plus ludique, ouverte sur le port, près de l’espace dédié aux grands débats, pile dans le flux, générera, nous l’espérons, une dynamique sympa.

Qu’en est-il de l’épineuse question de la sélection des invités romands?

Nous refusons de décider de quotas par éditeur et autres mesures de ce genre. Loin des ghettos, nous militons pour le mélange avec les autres écrivains francophones. Malgré la réduction drastique des invités, le pourcentage des Suisses augmente. Par contre, nous tendons à varier les personnalités, à garder une vitrine représentative. Surtout, entre la première édition en 2009 et aujourd’hui, j’observe que la scène romande se bouge, avec une jeune génération inventive. D’où des demandes et des malentendus, sur la rémunération des auteurs notamment. Du coup, un atelier de réflexion est prévu ce week-end.

Comment sublimer la 10e édition?

Je nous souhaite de pouvoir à nouveau inventer. Je ne rêve pas d’être le plus grand des petits festivals. Non, seulement de pouvoir relancer ces petits «bonus» créatifs qui franchissent le cap des simples dédicaces. C’est par là qu’une édition trouve sa force.

Morges, 9e Le Livre sur les Quais divers lieux, ve 31 à di 2 sept. Programme complet sur: www.lelivresurlesquais.ch

Cet article a été automatiquement importé de notre ancien système de gestion de contenu vers notre nouveau site web. Il est possible qu'il comporte quelques erreurs de mise en page. Veuillez-nous signaler toute erreur à community-feedback@tamedia.ch. Nous vous remercions de votre compréhension et votre collaboration.