Dans les antres des chauves-souris

NatureYves Bilat capture ces ambassadeurs de la nuit sans les déranger. En résulte le bel ouvrage photo «Ballet nocturne»

C’est dans la grotte de Nahin, à Cléron, dans le Doubs, qu’Yves Bilat a saisi en vol cette espèce baptisée minioptère de Schreibers.

C’est dans la grotte de Nahin, à Cléron, dans le Doubs, qu’Yves Bilat a saisi en vol cette espèce baptisée minioptère de Schreibers. Image: YVES BILAT

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Ils ne sont vraiment pas grands mais suscitent autant de crainte que de fascination. Avec leurs quelque 15 grammes pour 7 centimètres, les chiroptères, toutes ailes déployées, cultivent une part de mystère, associé aux grottes sombres et à la nuit. Alors, chaque année, la Nuit de la chauve-souris, qui aura lieu le 24 août à Sauvabelin, prend soin de démystifier ce petit mammifère nocturne. Animal qui, par un heureux hasard de la vie, est aussi devenu depuis 2004 un champ d’investigation sans fin mais surtout un défi photographique pour Yves Bilat. Ce Chaux-de-Fonnier, formé en écologie des sols à l’Université de Neuchâtel et reconverti en artisan touche-à-tout, s’est lancé dans la photographie animalière depuis une quinzaine d’années. Et plus intensivement en Argentine, où il a séjourné dix ans. Dans son ouvrage «Ballet nocturne», il livre un regard poétique, esthétique mais aussi engagé sur ces ambassadeurs de la nuit en utilisant une démarche photographique respectueuse de leur environnement et habitat. En résultent de magnifiques clichés noir et blanc réalisés en plein vol et sans capture préalable, principalement dans l’arc jurassien mais aussi en Franche-Comté. Un travail de treize ans.

Eviter les nuisances

«On photographie bien ce que l’on connaît», confirme Yves Bilat. En rejoignant le Centre de coordination et de protection des chauves-souris de sa région, il s’engage d’abord dans le recensement des chiroptères et participe à la sensibilisation du mode de vie de ces petits mammifères auprès du grand public, en particulier des enfants. Il découvre leurs repères, leurs habitudes mais aussi les nombreuses sources de dérangement qui perturbent leur équilibre.

L’écologiste de cœur tient lui aussi à éviter au maximum toute forme de nuisance. Même en se limitant à trois séances de prise de vue par site et par année, il comprend que ses flashs illuminent trop ces animaux nocturnes. Lui vient alors l’idée d’utiliser la technique de l’infrarouge en installant un filtre sur son boîtier. Il crée un piège photographique avec un émetteur et un récepteur. Une fois que l’animal a traversé un petit fil de couleur, l’appareil se déclenche sans l’éblouir. Généralement en rafale. «On ne sait pas ce que l’on va obtenir mais, sur une cinquantaine de clichés, je peux en garder dix lors des belles sorties. J’arrive ainsi à prendre des plans serrés à 60 ou 80 cm de l’animal.» Un dispositif qu’il a affiné pendant deux ans.

Des étangs aux clochers

Pour saisir les chiroptères en liberté, il s’installe près de leurs endroits privilégiés: étangs où ils viennent s’abreuver, entrées de grottes, sorties de gîtes où la colonie s’est installée dans les sous-toits ou encore clochers. «Dans cet endroit en particulier, il faut être très vigilant de ne pas les déranger.»

C’est en mars, à l’heure où l’horloge interne de ces petits mammifères se réveille, que pipistrelles, oreillards et murins repartent chasser la nuit. Yves Bilat les suit à toutes les saisons. «J’installe mon matériel avant le crépuscule. Dans certains lieux, notamment en forêt, il m’arrive de dormir sur place. Quand je veux capturer des bêtes qui quittent leur gîte, je sais que je dois être rapide, car elles sortent en moins de quinze minutes.» Au-delà de son défi photographique et d’une recherche esthétique très présente dans ses clichés, Yves Bilat s’inquiète des répercussions de la pollution lumineuse sur ces petites bêtes auxquelles il s’est progressivement attaché au cours de ses longues heures d’attente et d’observation. «Depuis une dizaine d’années, il y a de plus en plus de lumière dans les clochés et de nombreuses colonies ont ainsi disparu. À l’époque, on voyait des chauves-souris voler autour des lampadaires. Elles venaient y attraper des insectes. Depuis l’arrivée des LED, beaucoup trop violente, elles fuient ces lieux. Elles souffrent également de l’intensification de l’agriculture et de la suppression des haies. Mais aussi des meilleures isolations des bâtiments, qui rendent l’accès aux combles impossible.»

Il reste toutefois encore quelques clochers protégés, à l’instar de celui de l’église d’Ocourt sur la commune de Clos du Doubs, où le photographe a assisté à un ballet mémorable: des grands murins qui virevoltent pendant plus d’une demi-heure entre les cloches, totalement indifférents au déluge sonore à l’heure de l’angélus. Magique!

(24 heures)

Créé: 11.08.2018, 17h01

«Ballet nocturne»
Yves Bilat
Éd. de la Girafe, 144 p.

Une trentaine d’espèces vivent en Suisse

«La particularité des chauves-souris est que leurs ailes sont formées d’une membrane de peau qui recouvre l’entier du corps, jusqu’aux doigts, détaille Yves Bilat. Une trentaine d’espèces vivent en Suisse, mais il en existe plus d’un millier à travers le monde.» Les femelles donnent naissance à un petit par année, qu’elles élèvent pendant un mois et demi. Dans les colonies, il peut y avoir une dizaine d’individus jusqu’à un millier, précise le photographe. Les chiroptères peuvent vivre «jusqu’à 30 ans, d’où l’importance de protéger au maximum les colonies». Les mâles servent juste à la reproduction. Chacun chasse sur son propre territoire. Ils sont dotés d’un sonar qui leur permet de se déplacer dans l’obscurité et de capturer leurs proies. «Certains individus dotés de balises ont montré qu’ils pouvaient parcourir jusqu’à 50 kilomètres pour se nourrir.» S’ils se régalent d’insectes, ils n’attaquent pas l’humain, précise le spécialiste. Les espèces les plus connues sous nos latitudes sont la pipistrelle commune, longue de 4 cm, le murin de Daubenton, qui chasse sur les étangs, ou encore l’oreillard roux, reconnaissable à ses grandes oreilles. R. M.


Lausanne, Sauvabelin
22e Nuit de la chauve-souris
Ve 24 août (19-23 h). Entrée libre
Rens.: 021 315 57 15
wwwww.lausanne.ch/nature

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