De Tintin à Corto Maltese, les grands héros de la BD changent de sexe

Salon du livre Une exposition savoureuse pointe l’équilibre des genres dans la bande dessinée.

Revu et corrigé par Hélène Becquelin, Corto Maltese devient Coco Maltese. Une aventurière qui voyage seule et s'en tire très bien.

Revu et corrigé par Hélène Becquelin, Corto Maltese devient Coco Maltese. Une aventurière qui voyage seule et s'en tire très bien. Image: hélène becquelin

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Bien sûr, il y a des exceptions. Et pas des moindres. Celles-ci se nomment Mafalda, Adèle Blanc-Sec, Natacha, Lou, Yoko Tsuno ou Tamara. Sans oublier Bécassine, ancêtre des héroïnes de bande dessinée. Pourtant, dans la vaste galaxie des personnages liés au neuvième art, les femmes se retrouvent souvent très seules, reléguées au rôle de faire-valoir. Minnie sert la soupe à Mickey, la Castafiore brise les tympans de Tintin et Nadia file des gifles à Titeuf. Il fallait que ça change! Partant du principe que 70% des modèles d’identification actuels proposés aux lecteurs (et lectrices) de BD sont des figures masculines, Jean-Christophe Deveney a décidé de secouer le cocotier.

Actif dans la BD et l’animation, cet auteur lyonnais par ailleurs professeur de scénario a demandé à une ribambelle de dessinateurs et dessinatrices de renverser les genres, inversant librement les sexes de figures mythiques de la bande dessinée francophone et internationale. Il en résulte une exposition savoureuse, Héro(ïne)s, d’abord présentée au Lyon BD Festival en en 2015, à Delémont BD en 2016 et désormais au Salon du livre.

Tintine à couettes

A Palexpo, juste à côté de la scène de la BD, Chantal Montellier revisite les fameuses pages de garde des albums Tintin, incluant dans la galerie de portraits une Tintine à couettes et une capitaine Haddock à la poitrine conquérante. Dans le même esprit, Florence Dupré Latour réinvente la couverture de Tintin et les Picaros. Sa Tintine en short et débardeur a des airs de Lara Croft. La Vaudoise Hélène Becquelin, elle, transforme Corto Maltese en Coco Maltese, parce qu’il le vaut bien, tandis que Catel maquille Astérix et Obélix dans un pastiche d’Astérix et Cléopâtre. Plus loin, le célèbre pilote automobile Michel Vaillant devient Micheline Vaillant, conductrice émérite d’un bolide carrossé en rose. L’aviateur Buck Danny prend l’allure (et la carrure) de Buck Danielle, pendant que le Viking Thorgal se mue en Thorgirl. La plus gonflée? La version radicale de Virginie Augustin, qui a choisi de travestir Conan le barbare en une Conass the barbarian aussi musclée que le modèle original.

«L’une des vertus de l’inversion est qu’elle permet de porter sur les images un regard neuf, de réactiver notre faculté critique en nous confrontant à une représentation inhabituelle», relève sur un des panneaux de l’exposition Isabelle Guillaume, une des contributrices. Jean-Cristophe Deveney, lui, avait envie de se frotter au stéréotype du premier rôle tenu par des personnages masculins pour «tenter de le renouveler et le faire entrer en résonance avec notre époque et notre société».

Pour les garçons

Mais au fond, pourquoi, près de 180 ans après sa naissance, la BD connaît-elle si peu de véritables héroïnes? Epineuse question. «La bande dessinée a longtemps mis en avant des histoires de garçons pour les garçons», avance l’auteur Jérôme Jouvray, dont la série fétiche, Lincoln, fait partie du panel de couvertures parodiées présenté au Salon du livre.

Ancien patron du festival lausannois BD-FIL, Philippe Duvanel constate que la représentation minoritaire de la femme se retrouve dans d’autres domaines. «Le cinéma manque lui aussi d’héroïnes. Le grand écran met plus souvent en avant des personnages incarnés par Keanu Reeves, Matt Damon ou Brad Pitt. Du côté de la littérature en revanche, il me semble que la parité existe davantage. En bande dessinée, personnellement, je lis autant de femmes que d’hommes. Parmi d’autres, le travail d’Aude Picault ou de Catherine Meurisse me ravit.»

Désormais concepteur de superbes expositions liées au neuvième art – on se souvient de l’accrochage dédié au Marsupilami l’an dernier au château de Saint-Maurice – Philippe Duvanel a organisé l’an dernier des visites guidées de l’expo Héro (ïne)s au festival Delémont BD. «J’ai demandé à des enfants de me citer les héros qu’ils appréciaient. Les noms de Tintin et de Titeuf revenaient fréquemment. Quand je leur posais la même question pour les héroïnes, il y avait un grand silence. Hormis la Schtroumpfette, on ne m’en citait aucune.» Il y a encore du pain sur la planche…

Salon du livre, Palexpo, jusqu'à dimanche 30 avril

Créé: 26.04.2017, 16h40

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