Des stars du polar écrivent pour les préados

Livres jeunesseMarc Voltenauer et Nicolas Feuz déclinent leur plume sombre pour les 10-13 ans, un créneau peu occupé par les auteurs d’ici.

Nicolas Feuz (à gauche) et Marc Voltenauer, stars du polar en Suisse romande, se mettent à la littérature jeunesse.

Nicolas Feuz (à gauche) et Marc Voltenauer, stars du polar en Suisse romande, se mettent à la littérature jeunesse.

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Un cabri se volatilise dans l’alpage de Taveyanne. Ni une ni deux, un garçon et une fille filent à sa recherche, fourrant leur nez dans une affaire bien plus louche. Ces détectives en herbe ne sont pas Maëlys et Lucien, espiègle duo des très populaires «Enquêtes de Maëlys», mais Mélissa et Adam, 13 et 11 ans, fratrie au cœur de «Taveyanne, la porte au diable», le premier roman jeunesse de Marc Voltenauer.

Pour répondre à une sollicitation d’Auzou Suisse, l’auteur du «Dragon du Muveran» a délayé l’encre de sa plume, s’amusant à mettre en scène les neveux et le chien d’Andreas Auer, le héros de ses polars adultes. On ne sera donc pas surpris que l’intrigue, que l’auteur a imaginée avec son compagnon Benjamin Amiguet, se passe sur les hauts de Gryon.

Les têtes chercheuses partagent avec Maëlys un flair affûté, mais aussi un ancrage local, ADN de la collection suisse de leur éditeur, la maison française Auzou. Seul le public cible varie. Le noir en couverture de la nouvelle collection Frissons Suisses annonce la couleur: «Auzou Suisse avait jusqu’ici des titres pour les lecteurs de 2 à 10 ans, avec les Maëlys pour les 8-9 ans, puis les livres d’Olivier May pour les 9-10 ans, mais rien pour les plus grands», motive Luc Feugère, diffuseur des Éditions Auzou dans notre pays.

Deux titres pour le baptême de Frissons Suisses

Coup double pour le baptême de la collection: le premier roman jeunesse de Nicolas Feuz, autre grand vendeur du polar romand et procureur neuchâtelois, sort aussi sous la bannière Frissons Suisses. Plus sombre, «Black Justice 1.0» aborde le harcèlement scolaire et l’addiction aux jeux vidéo, avec pour décor un collège neuchâtelois.

Nicolas Feuz n’a pas eu à chercher l’inspiration bien loin. Outre un gros clin d’œil à son métier, il a pu compter sur son fils de 14 ans pour lui dévoiler les rouages de «Minecratft» et de «Fortnite». «J’ai voulu aborder un thème qui suscite l’inquiétude de nombreux parents mais de manière ludique, faire un ouvrage 100% didactique ne m’intéressait pas.» Anna Morier-Genoud, libraire spécialisée au rayon jeunesse chez Payot à Lausanne, conseille son roman plutôt pour les 12-13 ans, tandis que celui de Marc Voltenauer peut être lu dès 10 ans.

Très encadrés par l'éditeur

Peu familiers de l’écriture à destination des jeunes lecteurs, Marc Voltenauer et Nicolas Feuz ont été très suivis dans leur travail par l’éditeur. Si le volume, le chapitrage et l’illustrateur étaient imposés, ils ont choisi leurs thématiques. Les familiers de leurs polars reconnaîtront ainsi leur patte respective, adaptée à l’âge des lecteurs. Pas de serial killer ou de détail sanguinolents ici.

«Ce qui a posé le plus de problèmes, ce n’est pas l’intrigue que j’ai proposée, mais le vocabulaire. On m’a notamment demandé d’enlever les anglicismes», remarque le Neuchâtelois. Quant à Marc Voltenauer, il avoue: «Le plus difficile a été de construire une intrigue qui tienne la route avec le nombre de signes imposés. On aurait bien ajouté quelques chapitres.» Les deux textes ont été relus par des enseignants de l’entourage des auteurs, puis d’autres avec qui travaille l’éditeur.

Harry Potter reste indétrônable

Hasard du calendrier, le chanteur lausannois Jérémie Kisling a publié récemment «Aurore» pour la même tranche d’âge, chez l’éditeur français Slalom (lire encadré). Les trois titres se placent ainsi sur un créneau peu occupé par les auteurs romands. Si les livres pour les 10-12 ans marchent très fort, la production est nourrie dans une écrasante majorité de titres traduits de l’anglais, avec Harry Potter en indétrônable. Anna Morier-Genoud cite aussi la saga de fantasy «La guerre des clans» ou, du côté français, la série «Les enquêtes au collège».

Le créneau promet en tout cas de s’étoffer en Suisse romande, puisque Auzou invitera d’autres noms du polar romand à faire frissonner les jeunes lecteurs. Une aventure signée Catherine May sortira au printemps, tandis que Marc Voltenauer et Nicolas Feuz se disent déjà prêts à rempiler.

Créé: 10.11.2019, 10h56

Les livres

«Taveyanne, la porte au diable»
Marc Voltenauer
Éd. Auzou Suisse, 104 p.

«Black Justice 1.0»
Nicolas Feuz
Éd. Auzou Suisse, 96 p.

La fable poétique de Jérémie Kisling

Aurore, 15 ans, apprend à cause d’une porte qui ferme mal qu’elle a été adoptée. La voilà fuyant ses proches, lancée dans la ville puis en forêt, sa révolte en bandoulière, avec un Sliman aussi perdu qu’elle comme bouée de sauvetage.

Pour son premier roman jeunesse, écrit à la demande de l’éditeur français Slalom, Jérémie Kisling livre une fable sensible et poétique. Ceux qui cherchent un témoignage réaliste sur l’adoption et l’immigration n’y trouveront pas leur compte. Ce n’était d’ailleurs pas le but: «Il existe déjà suffisamment de romans tristes, je souhaitais offrir un regard décalé», raconte le chanteur lausannois, au téléphone depuis Paris où il vit.

Poète dans l’âme, le compositeur-interprète avait déjà écrit des contes pour les petits. «L’univers enfantin m’a toujours beaucoup plu. Même dans mes chansons, c’est une émotion que j’essaie de garder. J’aime cette candeur, cette naïveté.» Avec le récit d’Aurore, 15 ans, l’éditeur vise les 10-12 ans. «Il est fréquent que les héros aient deux à trois ans de plus que les lecteurs», précise la libraire Anna Morier-Genoud.

Jérémie Kisling ne s’est pas vraiment posé cette question, il a suivi le fil de ses envies. Il en ressort un texte tendre, poétique, bourré d’humour et de jeux de mots.

"Aurore"
Jérémie Kisling
Ed. Slalom, 157 p.

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