Guy Marchand publie un nouvel ouvrage

RencontreGuy Marchand s’est lancé dans l’écriture en 2007. Il sort aujourd’hui, à 78 ans, son 5e ouvrage, «Carnet d’un chanteur de casino hors saison», qui revient sur ses pérégrinations dans les salons littéraires.

Guy Marchand un artiste complet: chanteur, acteur et écrivain.

Guy Marchand un artiste complet: chanteur, acteur et écrivain. Image: Steeve Iuncker-Gomez

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A 78 ans, Guy Marchand n’a rien perdu de son franc-parler. Sa verve intacte coule dans ses livres, puisque depuis 2007, il a ajouté le métier d’écrivain à ceux de chanteur et d’acteur. Dans Carnet d’un chanteur de casino hors saison, le Nestor Burma du petit écran livre ses impressions sur le milieu littéraire, entre autres élucubrations philosophiques et souvenirs d’enfance.

Dans votre dernier ouvrage, vous relatez vos expériences des salons littéraires. Quelle est votre vision de ce milieu?

Effectivement, ce récit porte sur mon voyage chez les cons intelligents. J’ai une vision pacifique, de moins en moins paranoïaque, mais néanmoins négative sur le milieu de la littérature, notamment en raison de tous les regards malveillants auxquels j’ai été confronté. Un chanteur de variétés qui arrive avec son livre sous le bras, pensez donc… A la réflexion, je m’en fous. Simplement, quand je sens que j’énerve, je fais tout pour exaspérer. Mais tout cela n’est pas important, je n’attends pas de reconnaissance. J’écris pour moi, cela me procure du plaisir. Et je me fous qu’on me réponde ou pas.

Les femmes sont toujours présentes dans vos livres. Et dès que l’une d’elles est belle, vous la comparez à Ava Gardner. Vous avez même donné son prénom à votre chat…

Oui, Ava Gardner, c’est pour le symbole. Ma première femme lui ressemblait étrangement. Jamais je n’aurais osé aborder les belles femmes qui ont traversé ma vie. J’ai les pieds plats, je ne suis pas particulièrement beau. J’ai toujours eu besoin de leur côté maternel. Elles ont toujours voulu me protéger. Toutes les choses positives de ma vie viennent d’elles.

Et de votre mère, avant tout. Quel regard portait-elle sur votre carrière?

Bien sûr, elle m’a fait naître, je suis sorti de ses jambes, c’est une sainte. En plus, elle était belle, belle, belle. Par contre, ma carrière, elle s’en foutait. Elle me disait plutôt d’aller me faire couper les cheveux! Elle trouvait que j’étais mal habillé, mal ci, mal ça. Ce qu’elle voulait, c’est que je me nourrisse bien. Elle me demandait s’il y avait de bonnes cantines sur les tournages. La Légion d’honneur que j’ai reçue? Elle ne savait pas ce que c’était! Et moi non plus, d’ailleurs. Sinon que, comme disait Louis Jouvet dans Entrée des artistes, «cet accessoire vestimentaire me donne un certain prestige aux yeux des imbéciles».

Dans votre livre, vous évoquez souvent votre âge. Avez-vous eu l’impression, un jour, de ne plus être jeune?

Jamais. A l’âge de 11 ans, je ne l’étais déjà plus. J’avais un costume croisé comme celui-ci – il ne manquait que le chapeau. Ma mère m’habillait comme un petit homme. J’avais l’impression de ressembler à un voyou. Je n’ai jamais été vraiment jeune, mais j’ai toujours été un enfant. La musique m’a permis de le rester.

Vous dites aussi que votre métier vous a permis d’oublier la boulangerie d’Alger. A quoi faites-vous référence?

La boulangerie d’Alger, c’est quand j’ai vu des connards tirer sur des musulmanes qui faisaient la queue pour acheter du pain. J’avais 26 ans. Je faisais mon service militaire en Algérie. Sur les djellabas blanches, des rafales de mitraillettes, cela peut rester longtemps gravé dans la mémoire. Cela a aussi alimenté mon féminisme naturel.

Enfant, vous étiez souvent malade. Vous avez notamment eu la tuberculose. Avez-vous conservé une santé fragile?

Non, heureusement. Par contre, l’idée de la mort m’est apparue tôt. L’avantage, quand on l’affronte, c’est qu’on en a moins peur. Enfant, je n’étais pas tranquille. Je courais dans les rues, j’attrapais tout. J’étais souvent couché. Ma mère a pris une importance capitale en se penchant sur mon lit. Mon amour des infirmières découle de cela. Tout vient de ce que vous vivez enfant.

Par contre, avec votre père, vous êtes moins tendre…

J’aimais beaucoup mon papa, mais je dis toujours «mon con de père», parce qu’il a trompé ma mère, qu’il était sévère, qu’on est toujours un petit garçon parricide. Même si le jour de sa mort, je me suis écroulé.

C’est de lui que vous avez hérité l’amour des grosses voitures?

Oui, il avait une espèce de garage, ou plutôt un tas de vieilles bagnoles dans lesquelles je rêvais. Il y avait des voitures américaines, que je voyais dans les films. Mais mon père m’a aussi fait aimer la musique, il était fou de jazz. Il réparait les bagnoles des gitans, des musiciens. Il m’emmenait quelque fois voir des répétitions d’orchestres.

Il y a aussi, dans votre livre, le souvenir de ce jour où vous êtes arrivé trempé par la pluie à votre cours de piano, qui vous faisait quitter Belleville pour les rues chics de la capitale…

Il y a des choses comme celles-ci dont on se souvient toute sa vie. Ces filles qui apprenaient le violon à côté de moi, elles étaient fines, distinguées, équilibrées – des filles de la rue de Ponthieu. Moi, je prenais une douche une fois par semaine aux douches municipales – nous n’avions pas de salle de bains. Donc les beaux quartiers, c’était magique. On les traversait en voiture quand on partait en vacances. Je me suis retrouvé dans ces cours de piano avec des enfants de bonnes familles. Et un jour, alors que j’étais en espadrilles, j’ai pris l’orage. On aurait dit un petit gitan, un petit chien tout mouillé, qui laissait des traces dans les grands salons à moquettes. Ah, les regards. Les regards de ces demoiselles jolies comme des cœurs, qui avaient 14 ou 15 ans, que j’aurais voulu séduire. C’est peut-être cela qui m’a rendu agressif et fier. Fier de mon quartier, de mon accent, de ma vulgarité.

C’est cela qui vous a donné envie de réussir, aussi?

Réussir, non. Gagner de l’argent, oui.

Comment vous étiez-vous retrouvé dans ces cours de piano?

Mes parents étaient des pauvres parmi les misérables. On vivait dans une seule pièce mais mon père avait une voiture, il travaillait, ma mère faisait ses robes elle-même, et mes habits aussi. Elle était très adroite. Mes parents m’aimaient beaucoup, donc ils m’ont offert des études, une culture. J’ai fait mes humanités, mon latin, même si ça me faisait chier. J’ai vulgarisé cette culture avec l’air de ma rue. C’est très proche d’Audiard, tout cela. Ce mélange fait de moi ce que je suis. Et la façon dont j’écris.

Vous écrivez aussi qu’il n’y a jamais de quoi s’affoler. C’est toujours vrai, après les attentats du 13 novembre?

Je ne peux pas en parler. Ma fille, enceinte de huit mois, était sur une terrasse à côté de l’une des fusillades. Des gens adorables l’ont fait monter avec son compagnon dans un appartement, et ils ont dormi là. Voilà ce dont je me rappelle. Et mon fils a deux amis qui sont restés là-bas. Il aime beaucoup le groupe qui jouait ce soir-là. S’il avait habité Paris, il aurait pu y être. Et puis, les gens qui sont partis, ils sont jeunes, ils n’ont pas des âges où il faut mourir. Qu’il y ait des vieux cons comme moi qui y restent, qu’il y ait des morts héroïques, c’est une chose. Mais pas cette jeunesse.

Créé: 16.01.2016, 18h14

Bio express

Guy Marchand est né en 1937 à Paris. Il débute dans la chanson en 1965 avec un tube, La passionata. Quelques années plus tard, le chanteur se lance dans le cinéma. On le verra dans d’innombrables productions, au cinéma ou à la TV. En 1982, Garde à vue de Claude Miller lui vaut le César du meilleur second rôle. Dès 1991 et durant douze ans, il endossera le costume de Nestor Burma. En 2007, il épouse Adelina, de 40?ans sa cadette, en deuxième noce. Et se lance dans l’écriture. Carnet d’un chanteur de casino hors saison est son cinquième livre.

Quatre questions binaires. Etes-vous plutôt…

Midi ou minuit?
Midi. Je suis mal en forme quand je me couche tard. J’aime dormir et j’en ai besoin. Je suis comme mes chiens et ma chatte.

Mickey ou Michel-Ange?
L’art pour moi est vital. Je n’y connais rien, mais je n’arrête pas de me cultiver. J’ai mis beaucoup de temps pour différencier Manet de Monet. Ma culture est pleine de trous, toute fraîche, ce n’est pas comme quand on l’acquiert enfant.

Militant ou midinette?
Midinette, sans hésiter. Militant, ça ne veut rien dire.

Dominant ou Dominé?
Dominé. Sacha Guitry disait: «Je veux bien concéder aux femmes qu’elles sont supérieures, si cela les dissuade d’être nos égales.» Non, sérieusement, être dominé par une femme, érotiquement, c’est beaucoup plus marrant. A.VA.

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