Le poète est «entré dans le français» avec l'avidité d'un enfant

LittératureDans un livre poétique, cousu de vers et de proses, l’écrivain roumain Marius D. Popescu nous immerge dans sa Lausanne adoptive.

Marius Daniel Popescu.

Marius Daniel Popescu. Image: DR

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Avec une inquiétude de fildefériste, le narrateur déambule nu-pieds, ou presque, entre les places de Bel-Air et de Saint-François. De l’asphalte des trottoirs lui reviennent des sensations anciennes de l’errance: «Je m’approchais du pont, je ne comprenais pas ce qui m’arrivait, j’essayais de savoir d’où je venais et où j’allais.» Voilà, parmi d’autres, une des silhouettes – dans lesquelles probablement il se projette – que Marius Daniel Popescu met en suspension lyrique dans un nouveau recueil de poèmes, dont certains prennent une forme narrative. Intitulé Vente silencieuse (allusion à des enchères qui se déroulent sans commissaire-priseur), il dépeint des atmosphères successives, des épiphanies joyciennes. Délicatement tactile, l’érotisme féminin le dispute aux émotions synesthétiques que lui procure, à Lausanne, l’omniprésence du Léman.

Pour rappel, l’auteur y a débarqué en 1990, non point en réfugié économique, mais pour l’amour d’une femme. Il y révélera une plume vigoureuse de romancier dans deux œuvres publiées chez José Corti, à Paris: La symphonie du loup en 2007, et Les couleurs de l’hirondelle, y a quatre ans. Voilà aussi vingt-cinq ans que les usagers des Transports publics de la région lausannoise ont l’honneur, souvent sans le savoir, d’avoir pour conducteur un écrivain important.

Dans la dernière partie de Vente silencieuse (où sont aussi rééditées des poésies anciennes de Popescu, parues en 1995 chez Antipodes), son nouvel éditeur suisse romand, Giuseppe Merrone, rappelle que cet employé des TL a été, dans son pays, un ingénieur diplômé en sylviculture. Dans la foulée, il retranscrit un riche entretien qu’il avait eu avec lui, où le Marius se délie la langue avec authenticité: «M’établir en Suisse a été pour moi comme une deuxième naissance. Il me fallait tout reprendre à zéro, tout réapprendre, mais aussi mesurer très vite ce que le désir d’une vie plus conforme exigeait. Je suis entré dans le français avec l’avidité d’un enfant qui découvre le monde.»

Créé: 07.06.2016, 15h51

Vente silencieuse

Marius Daniel Popescu
BSN Press, 162 p.

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