Lire, oui, mais à voix haute

EvénementAlors que la pratique gagne du terrain auprès d’un public adulte, une journée inédite rappelle ses vertus pour les enfants

Une lecture par Madiana Roy

Une lecture par Madiana Roy Image: Laurent Gillieron

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La Suisse vivra ce mercredi sa première Journée de la lecture à voix haute, avec quelque 400 événements publics, dont une septantaine en Suisse romande. La fête se déroulera aussi dans 80 classes de tout le pays. Avec cette initiative qui existe déjà notamment en Allemagne, l’Institut suisse Jeunesse et Médias souhaite souligner l’importance des histoires lues aux plus jeunes, mais aussi rappeler le simple plaisir de partager un texte avec eux.

Selon diverses études, la pratique favorise chez les petits l’acquisition d’un vocabulaire élargi et facilite ensuite l’apprentissage de la lecture et de l’écriture. En Allemagne, ces histoires partagées entre parents et enfants seraient malgré tout inexistantes dans 15% des familles. En Suisse, il n’existe pas de chiffres. «Beaucoup de parents lisent des histoires à leurs enfants, mais on constate qu’il y a aussi des foyers où le livre est absent, remarque Céline Cerny, médiatrice culturelle à la Fondation Bibliomedia, qui participe à l’événement.

Par exemple, certains parents issus de la migration ne trouvent pas d’ouvrages pour enfant dans leur langue, et maîtrisent parfois mal celle de leur pays d’adoption. Il est donc très important de leur mettre du matériel à disposition.» Partager un texte à voix haute trouve son sens même lorsque l’enfant peut dévorer lui-même de trépidantes aventures: «L’expérience partagée crée une complicité avec le livre qui dure toute la vie. Cela génère aussi une familiarité avec les récits à voix haute qui incite ensuite à découvrir des pratiques culturelles comme le théâtre ou les lectures publiques», poursuit la médiatrice.

Eugène, auteur notamment de «La Vallée de la Jeunesse», se rendra dans une école lausannoise: «Les élèves ne lisent pas forcément. Lorsqu’on se tient devant une classe, c’est un public captif, à nous de les intéresser. On peut lire un extrait, puis dialoguer avec les écoliers, leur poser des questions. Ils ne pensent pas qu’ils ont quelque chose à dire et sont surpris lorsqu’on leur donne la parole.»

Ce mercredi, beaucoup d’événements s’adresseront aux enfants, mais les adultes ne seront pas en reste, notamment à Lausanne, où la 5e édition de la Nuit de la lecture s’associe à cette première nationale. L’organisateur Xavier Vasseur confirme l’engouement du public pour ce rendez-vous, qui a rassemblé un millier d’auditeurs lors des précédentes éditions: «Face à l’omniprésence des écrans, il y a un vrai plaisir à retrouver un livre papier, mais aussi à écouter un texte et à se laisser surprendre. La lecture à voix haute a aussi bénéficié de l’effet slam.»

Aller au bout du travail d’écrivain

Si l’événement lausannois souhaite avant tout sensibiliser un public peu familier avec les livres, la lecture à voix haute devient aussi un moyen de faire exister l’écrit autrement auprès des lecteurs. De plus en plus d’auteurs lisent ainsi leurs propres textes. Pour Eugène, c’est «aller jusqu’au bout du travail d’écrivain. Je lis mon texte comme j’aimerais qu’il soit lu, on est ainsi au plus proche de la démarche d’écriture.» Il admet toutefois que «certains auteurs ne sont pas les meilleurs avocats de leurs textes». Ce qui n’empêche pas l’émotion, selon Antonio Rodriguez, écrivain et organisateur du foisonnant Printemps de la poésie: «Porter leurs textes devant le public est une nouvelle exigence un peu paradoxale pour les auteurs, car tous ne lisent pas forcément bien. Pourtant, malgré des maladresses, cela reste souvent très touchant, parfois bien plus qu’une lecture par un comédien.»

«Une autre forme d’intimité»

Les écrivains trouvent ainsi des moyens de transmission inédits avec musique et performance, comme lors des soirées au Cran Littéraire à Lausanne, ou ce book-pong de l’AJAR alliant ping-pong et lecture. L’an passé, sous l’impulsion de la Maison éclose, une cinquantaine d’auteurs ont égrené des histoires aux passagers des trains jurassiens. Ces initiatives ne s’opposent pas à la communion silencieuse avec une œuvre littéraire. Avec ses lectures en petits groupes, la Maison éclose promeut «une autre forme d’intimité partagée avec le texte», remarque Pierre Crevoisier, membre du comité. Lors de la prochaine édition du Livre sur les quais, l’association proposera de petites interventions littéraires dans les files d’attente de la manifestation. À la clé, un moment unique partagé: «Beaucoup de gens nous ont dit que ces lectures leur rappelaient les histoires lues par leurs parents lorsqu’ils étaient enfants», se réjouit Pierre Crevoisier. La boucle est bouclée. (24 heures)

Créé: 22.05.2018, 09h56

Morceaux choisis des rendez-vous dans le canton ce mercredi 23 mai

Lausanne

De nombreuses bibliothèques, centres culturels, librairies proposent une animation, dont:
Payot
Des animateurs de l’Institut suisse Jeunesse et Médias, des libraires et des auteurs dérouleront leurs textes favoris par tranches de dix minutes (14 h-18 h, place Pépinet).
Nuit de la lecture
Pour sa 5e édition, le rendez-vous lausannois déménage à la Datcha (Côtes-de-Montbenon 13). Au menu, le vernissage du deuxième volume des «Contes d’ailleurs» en 11 langues, avec lecture de textes par Carine Delfini (19 h), «Contes journalistiques», spectacle de slam de Pablo Michellod alias l’Indomptable (19 h 30), puis Alain Maillard lira «Le rêve d’un homme ridicule» de Dostoïevski (20 h 30). Suivra la projection du film «Le voyage vers la nuit», une mise en sons et en images d’extraits du livre «Le chemin vers la nuit» de John Hull, qui raconte sa perte de la vue brutale à 48 ans, alors que sa femme attend leur troisième enfant.

Montricher, Fondation Michalski
Avec «L’arbre intégral», le poète Donatien Garnier invite les enfants dans la forêt pour un jeu avec les mots et la nature (14 h-16 h, sur réservation à mediation@fondation-janmichalski.ch); le poète Christophe Manon lira des extraits de «Jours redoutables» (18 h-18 h 30); Laura Vazquez proposera sa pièce poétique sonore «La terre lente» (18 h 30-19 h 15), et Perrine Le Querrec lira «L’apparition» (19 h 30-20 h 15) (sur réservation à lecture@fondation-janmichalski.ch).

Renens
Lecture en tamoul et en français pour les 6 à 16 ans chez Globlivres (14 h 30-15 h 30, rue Neuve 2 bis).

Yverdon-les-Bains
La bibliothèque publique et les librairies proposent une lecture au fil des librairies (L’Étage à 16 h, Filigrane à 16 h 30 et Payot à 17 h), avec un bouquet final de lectures polychromes avec la comédienne Laurence Iseli (place
Pestalozzi 18 h-18 h 20).

«La lecture peut devenir un gagne-pain en soi»

Si sa participation à cette première Journée de la lecture à voix haute est bénévole, Eugène relève néanmoins qu’en plus de permettre une rencontre plus personnelle avec les lecteurs, les interventions publiques peuvent devenir des sources de revenus: «Si je lis mon texte trois à quatre fois dans une soirée littéraire, ça me rapporte autant que les droits d’auteur d’un livre tiré à 500 exemplaires, ce qui est la norme en Suisse romande. C’est donc un gagne-pain en soi.»

En Suisse allemande, les rendez-vous où l’on débourse pour découvrir des textes lus par leurs auteurs sont courants. En Suisse romande, la pratique n’est pas entrée dans les mœurs. La preuve toute récente en a encore été donnée avec Le Livre sur les quais, qui a renoncé pour son édition 2018 à son pass journalier de 15 fr. pour les rencontres et tables rondes. Le festival littéraire La Fureur de lire à Genève est aussi gratuit, et l’entrée aux soirées du Cran Littéraire à Lausanne se monte à 5 francs symboliques.

Et, tandis que la question de la rémunération des auteurs fait débat en France, l’AdS, l’association des écrivains suisses, milite pour des interventions publiques payées. C’est le cas pour les participants à la tournée des prix suisses de littérature organisée par Bibliomedia. Et pour la première fois cette année, le Salon du livre de Genève a rémunéré toutes les prestations des auteurs invités sur les scènes portées par la Fondation pour l’écrit.

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