Pamuk décoiffe «La femme aux cheveux roux»

LittératureLe Prix Nobel stambouliote relit le mythe d’Œdipe à travers les folles amours d’un humble puisatier. Ivresse.

L'écrivain Orhan Pamuk.

L'écrivain Orhan Pamuk. Image: DR

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Écrivain aux sortilèges de longue haleine, Orhan Pamuk surprend avec «La femme aux cheveux roux». Lui qui arpente les méandres de l’histoire turque et des généalogies claniques en marathonien, trouve ici un souffle à l’intensité inédite. Un homme dans la cinquantaine se souvient de ses premiers émois. L’été de ses 17 ans, torride, bossant chez un maître puisatier pour financer ses études, le puceau était tombé fou amoureux d’une belle et mûre rouquine. La philosophie de son mentor et la sensualité de la courtisane bouillonnaient dans son âme. Jusqu’à l’accident fatal.

L’écrivain stambouliote rouvre la chère boîte de Pandore qu’il ne cesse de trimbaler et dont il s’expliquait dans «La valise de papa», son discours de réception au Nobel de littérature en 2006. Dans sa malle de souvenirs, la quête d’émancipation se voit sans cesse chahutée par un attachement provincial à des racines de sagesse. De «Cevdet Bey et ses fils» à «Musée de l’innocence», «Neige» ou «Mon nom est Rouge», la figure ancestrale hante son œuvre. Lui qui accumule les moindres traces du passé, le mouchoir ou le mégot d’une femme pour ne jamais oublier son parfum par exemple, dit volontiers avoir cherché dans les légendes de l’humanité entière le mystère du lien paternel. Jusqu’à être ébranlé par le mythe d’Œdipe, au gore si macabre, à qui il donne son écho oriental. «En sandwich, je me coince entre Sophocle et Freud, l’Orient et l’Occident», explique-t-il à peine ironique. Malin comme une Shéhérazade du Bosphore, lesté de convictions politiques et d’imaginaire chatoyant, le conteur balaie les théories avec un instinct sensoriel. La fable sociale se bagarre avec le roman d’apprentissage, vibre avec la sensualité d’une vamp dans un «pulp» américain. Ou un conte des mille et une nuits. De quoi crier au feu de rousses incendiaires, de Dante Gabriel Rossetti à Sylvia Plath.

«La femme aux cheveux roux», Orhan Pamuk. Éd. Gallimard, 298 p. (24 heures)

Créé: 18.03.2019, 21h38

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