Quentin Mouron se plaît dans la veine satirique et prévoit de revoir Vesoul

LIttératureL’auteur vaudois rencontre samedi 5 octobre le public dans le cadre du Prix des lecteurs de la ville de Lausanne. Avant-propos.

Dans son livre

Dans son livre "Vesoul, le 7 janvier 2015", Quentin Mouron brocarde les travers de la société contemporaine.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Jeune trublion de la littérature romande, le frais trentenaire Quentin Mouron, qui a fait une entrée fracassante sur la scène littéraire romande en 2011 avec «Au point d’effusion des égouts», a pris le virage de la farce satirique avec «Vesoul, le 7 janvier 2015». Sorti en début d’année, le roman (lire l’encadré) a été retenu pour le Prix des lecteurs de la Ville de Lausanne. Son auteur ouvre les feux des rencontres avec le public, ce samedi 5 octobre.

Le Lausannois semble avoir trouvé ses aises dans cette veine satirique: «C’est une forme que je trouve pertinente. J’ai d’ailleurs commencé une suite, mais ce ne sera pas une satire pure, il y aura une continuité des thématiques développées, mais je vais incarner davantage les personnages. Dans «Vesoul», ce sont des caricatures.»

L’écrivain s’est en effet plu à façonner ses personnages en picaros de la modernité. Il conserve le côté aventurier et voyageur de cette figure espagnole du XVIe siècle, mais en fait un être respectable et envié, qui peut être homme d’affaires, plasticien ou même écrivain. Celui auquel se lie le narrateur est cadre financier, adore la vitesse, le jazz, la peinture classique et les produits du terroir. Il semble être ni beauf ni bobo mais un peu des deux: «J’ai voulu sortir de ces catégories très politisées, et former cette idée de picaro parce que c’est celui qui est mobile, qui sait s’adapter, celui qui gagne symboliquement à l’époque actuelle, sans être forcément celui qui est le plus argenté.» Une figure caractérisée dans le même temps par son néant: «Oui, car s’il est si mouvant et adaptable, c’est aussi parce qu’il est très léger, vide.»

Aujourd’hui, n’est-on pas tous un peu picaro? À commencer par l’auteur lui-même? Né à Lausanne et installé depuis peu à Vevey, il a passé son enfance au Québec, parle plutôt bien anglais, voyage avec deux passeports et apprécie la Suisse, entre autres, pour son côté central en Europe… «Je ne m’exclus pas du tout de cette catégorie. Quant aux lecteurs, qu’ils s’y reconnaissent ou pas, le but est de faire réfléchir à notre société.»

Dans le récit qui file à vive allure, le maître et son disciple s’agitent dans tout Vesoul jusqu’au drame de «Charlie Hebdo». L’auteur pointe alors les réactions immédiates, l’obligation «d’être Charlie». Il écrit: «Contre une douzaine de dessinateurs has been, nous donnerions au monde une leçon de tolérance, de domination.» Alors qu’il redoutait les réactions sur cette partie du livre, c’est paradoxalement celle qui lui a valu le plus de félicitations: «Beaucoup de lecteurs m’ont dit que ça leur avait permis de mettre de mots sur ce qu’ils avaient vécu après le drame, sur cette difficulté à se recueillir dans des conditions sereines alors que tout était devenu un immense spectacle.»

«Houellebecq suisse»

Ce roman est d’ailleurs celui sur lequel Quentin Mouron a eu le plus de retours de lecteurs en général. «Un polar comme «Trois gouttes de sang et un nuage de coke» s’est mieux vendu, notamment parce qu’il est sorti en poche. Mais «Vesoul» a davantage touché le lecteur. C’est un livre qui a été débattu et c’est ce que je recherche.» Un lectorat qui le suit aussi bien en Suisse romande qu’en France, où on l’a surnommé le Houellebecq suisse. Un rapprochement qui lui fait plaisir: «Même si j’ai été un peu moins emballé par ses deux derniers livres, «La carte et le territoire» est pour moi un des grands livres des années 2000. J’ai aussi pour ambition de comprendre le monde ultracontemporain, mais mon écriture est plus excessive, plus baroque.»

En attendant de reprendre la route de Vesoul, il a écrit un long poème accompagnant les images du photographe valaisan Claude Dussez, qui a capturé l’aspect fantomatique de la côte ouest après le rêve américain. L’ouvrage «Lost», à paraître d’ici à la fin de l’année, se pose en intermède qui n’a rien de secondaire pour Quentin Mouron, car, s’il écrit de la poésie depuis longtemps, il n’en a encore jamais publié.

Créé: 03.10.2019, 09h39

Infos pratiques

Lausanne Palace
Rencontre avec l’auteur
samedi 5 septembre. à 11h
Entrée libre sur inscription à
prixdeslecteurs@lausanne.ch

www.lausanne.ch/prixdeslecteurs

Articles en relation

Quentin Mouron et Roland Buti en lice pour le Prix des lecteurs de leur ville

Littérature Six auteurs romands devront gagner les faveurs d’un jury de Lausannois présidé par Romaine Jean. Plus...

Quentin Mouron s’amuse de ses héros picaresques

Livre L’auteur suisso-canadien signe une jolie farce tragique et désabusée. Plus...

Quentin Mouron entre coke et dandy sadique

Littérature Dans son nouveau roman, un polar, l’auteur vaudois met en scène un misanthrope. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actualité croquée par nos dessinateurs partie 7

Paru le 16 décembre 2019
(Image: Bénédicte) Plus...